Andrew Mason (Groupon) "Groupon demande une période d'exclusivité aux commerces partenaires"

A Paris pour l'eG8, le fondateur et PDG du site de coupons est revenu sur ses relations avec les marchands partenaires et sur la sortie prochaine de Groupon Now en France. Rencontre.

JDN. S'ajoutant aux nombreux clones de Groupon, bon nombre d'e-marchands se lancent aussi dans le business des coupons. Comment allez-vous garder l'avantage ?

Andrew Mason. Notre principal atout vis-à-vis de nos concurrents réside dans la qualité des business locaux qui sont nos partenaires. Ce qui marche, ce sont les deals que les consommateurs ne trouvent pas ailleurs. Pour ne pas retrouver les mêmes partout, il est important d'avoir une période d'exclusivité, pendant laquelle les partenaires s'engagent à ne pas travailler avec nos concurrents. Nous inscrivons cette période d'exclusivité dans les contrats que nous signons avec eux.

 

Jusqu'à quelle part de vos revenus comptez-vous développer les deals nationaux ?

Ce qui rend amusante l'expérience d'achat sur Groupon, ce ne sont pas les réductions à valoir dans les grandes chaînes de magasins, mais bien le business local qui propose une activité à laquelle on n'avait pas forcément pensé. Forcément, les deals nationaux plaisent à nos clients. Mais nous considérons que cela n'est pas notre cœur de métier. Notre raison d'être est le local, qui a encore une gigantesque marge de progression sur Internet. En effet, dans le monde, 80 % du pouvoir d'achat est dépensé dans un périmètre de 10 miles autour de chez soi.

C'est dans cette optique que nous avons lancé le service mobile Groupon Now en avril aux Etats-Unis. Il regroupe des offres en temps réel, qui ne sont valables que pendant quelques heures. Les marchands les déclenchent eux-mêmes via une plate-forme libre-service. Et les utilisateurs affichent sur leur smartphone les deals disponibles à proximité de l'endroit où ils se trouvent. C'est par exemple parfait pour les salles de cinéma qui constatent être encore à moitié vides avant une séance. Groupon Now arrivera en France cet été.

 

Comment avez-vous vécu le "bad buzz" qui présentait Groupon comme une société s'enrichissant sur le dos de petits commerçants vulnérables, vous qui avez lancé Groupon comme une déclinaison de ThePoint.com, dont l'objet est de fédérer les gens autour de grandes causes sociales ?

Lorsque vous êtes le pionnier d'une industrie, la route est inévitablement chaotique. Nous avons donc appris. En particulier, nous avons travaillé plus directement avec les marchands partenaires. Le plus souvent ils n'ont pas fait un MBA : ce sont avant tout des artisans passionnés par leur métier. Nous consacrons beaucoup plus de temps qu'au début à les accompagner, notamment pour mieux évaluer leur capacité d'accueil. Quant à notre commission, nous fonctionnons sur un business model publicitaire. Elle est donc totalement justifiée.


Andrew Mason, 30 ans, est diplômé en musique de la Northwestern University. Il devient rapidement développeur informatique et développe Policy Tree, un outil de visualisation du débat public, avant de remporter une bourse de la Harris School of Public Policy de l'université de Chicago en 2006. Il quitte ce cursus au bout de trois mois seulement pour créer The Point, plate-forme d'action collective lancée en novembre 2007. L'année suivante il fonde Groupon, en utilisant la technologie d'achat groupé développée pour The Point. Il est aujourd'hui le PDG de Groupon et de The Point.

Groupon / Eg8