Christophe Bourbier (Limonetik) "Limonetik lève 5,1 millions d'euros pour améliorer le marketing du paiement en ligne"

Limonetik rend valables sur les sites marchands les moyens de paiement alternatifs à la carte bancaire. Son DG explique ce qu'il compte faire des 5,1 millions d'euros que vient de lever la start-up.

JDN. Après une première levée de 1,8 million d'euros en 2008, vous annoncez aujourd'hui un second tour de table de 5,1 millions. Auprès de qui ?

Christophe Bourbier. Majoritairement auprès des fonds Newfund (Learnissimo, Yoopala, Mobpartner...) et Orkos (MXP4, Allociné, Scoop.it, Liligo, Linkfluence...) ainsi que de la financière Norbert Dentressangle. Des investisseurs historiques ont réinvesti et sont rejoints par de nouveaux business angels : Régis Bouyala, auteur d'ouvrages de référence sur l'e-paiement, Olivier Mathiot, cofondateur et directeur marketing de Priceminister, et Laurent Nizri, spécialiste de la monétique.

 

Qu'allez-vous faire de cette somme ?

En France, nous avons branché un maximum de moyens de paiements sur notre système. Nous voulons répliquer cela en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie, en Belgique et en Suisse. Notre objectif est d'ouvrir un premier pays avant la fin 2011, c'est-à-dire d'y annoncer les premières signatures avec des marchands. Nous en ouvrirons ensuite deux autres.

"Jusqu'à maintenant, personne n'a prêté la moindre attention à la page de paiement"

Plusieurs éléments vont aider notre expansion européenne. D'abord, nous travaillons avec des partenaires comme Pixmania qui sont très forts en Europe et nous connaissent déjà bien. Nous travaillons également avec des opérateurs de cartes cadeau, de cartes de prêt, des programmes de fidélité, qui eux-mêmes ont une dimension européenne. C'est par exemple le cas du programme de fidélité FSR – Food Service Reward - qui regroupe tous les gros acteurs de l'alimentaire : Danone, Coca, Nestlé... Présents en Allemagne et au Royaume-Uni, ils désirent aussi que notre solution se développe rapidement.

 

Et en France, quels sont vos axes de développement ?

Nous pensons qu'il est possible d'apporter beaucoup de valeur ajoutée au processus de paiement sur les sites marchands. A côté de l'international, notre deuxième grand chantier réside donc dans l'anticipation des innovations futures en matière de moyens de paiement en ligne. A la base, Limonetik permet aux moyens de paiement alternatifs à la carte bancaire de travailler facilement avec les e-commerçants : nous assurons l'interface, ceci sans intégration pour l'e-commerçant et sans demander aux acheteurs de renseigner des codes de réduction bizarroïdes. Jusqu'à maintenant, personne n'a prêté la moindre attention à la page de paiement. Mais selon nous, il y a beaucoup d'innovations marketing à apporter.

Par exemple, l'opérateur du moyen de paiement devrait pouvoir dire "j'offre 3% sur les achats de chaussures sur tel site, si en outre les achats depuis 3 mois dépassent 300 euros j'offre 10 euros de réduction, et si en outre le client n'avait pas acheté depuis 6 mois, je lui offre la livraison". Autre exemple : pourquoi ne pas modifier l'ordre d'affichage des moyens de paiement disponibles sur un site marchand ? Par exemple pour proposer en priorité le paiement par carte cadeau si la commande est inférieure à 50 euros, ou encore ne pas déclencher l'authentification 3D Secure si l'acheteur est un ancien client. Toutes ces possibilités sont révolutionnaires et ces briques marketing qu'on ajoute au paiement commencent à intéresser les marchands aussi. Mais ce n'est que le début, il y a encore beaucoup à faire.

 

Revenons sur l'exemple d'une réduction offerte lors d'une commande dépassant un certain montant. Comment cela fonctionne-t-il ?

Avant, il aurait par exemple fallu paramétrer le back-office du site marchand pour qu'il regarde, à l'achat de telle paire de chaussures Adidas par un porteur de carte Cofinoga, si le client a dépensé plus de 300 euros dans les 3 mois. Les sites marchands ne savent pas faire : ils ne savent pas appliquer une réduction spécifique à un moyen de paiement.

Avec Limonetik, imaginons que Cofinoga offre 10 % de réduction sur une paire de chaussures à 100 euros. Limonetik va aller chercher 90 euros sur le compte Cofinoga de l'acheteur et 10 euros sur un compte prévu par Cofinoga pour financer ces réductions. Pour le client, c'est transparent.

 

"En 2011, 35 millions d'euros de transactions passeront par Limonetik"

Ces innovations marketing portant sur le paiement tournent-elles surtout autour des réductions ?

Non, les possibilités sont beaucoup plus larges. On peut aussi "faire du Groupon", par exemple ! Groupon n'est finalement qu'un moyen de paiement, au même titre qu'une carte cadeau. Sa réussite donne envie aux moyens et paiement et aux sites marchands de proposer la même chose. Prenez Cofinoga et ses 3 millions d'utilisateurs. On peut imaginer que Cofinoga émette des coupons offrant 50 % de réduction sur les achats réalisés sur Priceminister.

Cette problématique se retrouve également dans le mobile. Limonetik a conçu pour Wonderbox des bannières publicitaires mobiles qui se transforment en mini-boutiques permettant un achat "one click" avec Paypal. Mais les Buyster, Boku ou Zong ont aussi ce besoin d'être valables sur les sites marchands, ce qui est la raison d'être première de Limonetik.

 

Que devient Pimengo ?

Pimengo est la vitrine de ce que nous savons faire sur le prépaiement et la création de nouveaux moyens de paiement. Car si nous travaillons avec les moyens de paiement existant, de nouveaux se lancent sans cesse aussi : Leetchi, Lilyliste... C'est également le cas des compagnies d'assurances, qui travaillent sur des porte-monnaie électroniques qui permettraient à l'assuré, au moment d'un sinistre, d'être indemnisé de façon immédiate, sur une sorte de Paypal bis, afin qu'il puisse acheter immédiatement sur Internet ce dont il a besoin. Les assureurs ont donc besoin d'être valables sur les sites marchands mais aussi de savoir gérer les comptes des clients. Finalement, Pimengo nous sert à dire "Vous voulez monter un moyen de paiement ? Nous pouvons vous aider, en le rendant valable sur les sites marchands et en vous permettant de lui associer des opérations marketing."

 

Quelles sont vos ambitions pour 2011 ?

En 2010, un peu moins de 4 millions d'euros de transactions ont été rendues possibles par Limonetik. Sur les trois premiers mois de 2011, nous en étions déjà à 5 millions d'euros. Pour l'ensemble de l'année 2011, nous visons 35 millions. D'une part du fait de la forte augmentation du nombre de transactions en fin d'année, mais aussi parce que nous sommes en train de brancher de gros moyens de paiement à notre plate-forme, en particulier plusieurs acteurs des cartes cadeau. Nous l'annoncerons dans quelques semaines.

"Nous nous insérons dans l'écosystème des moyens de paiement sans être en frontal avec eux"

En France à l'heure actuelle, une trentaine d'e-commerçants utilisent notre solution. Mais ces prochains partenariats vont nous amener beaucoup de marchands. Nous devrions être à 160 sites marchands d'ici deux ou trois mois. Quant aux moyens de paiement, nous fonctionnons avec une vingtaine et en mettons actuellement en place six de plus. A la fin 2011, nous devrions en être à 40. La phase d'évangélisation de 2009 et 2010 a été un peu longue, mais nous commençons à générer des volumes intéressants, qui permettent d'ailleurs de réaliser des opérations marketing nouvelles. Maintenant, les sites marchands nous apportent des moyens de paiement et inversement. La pompe a été amorcée.

 

Comment se rémunère Limonetik ?

Nous prenons un pourcentage sur les transactions générées grâce à notre plate-forme : 2 % au début, puis un taux dégressif. Et lorsque nous intégrons une brique marketing, nous la facturons sous forme d'abonnement. Par exemple, si un marchand souhaite afficher tel moyen de paiement en haut de page pour les utilisateurs qui viennent de tel e-mailing, selon la technologie retenue, cela lui coûtera entre 300 et 700 euros par mois.

 

Qui sont vos concurrents ?

A ma connaissance, nous n'avons pas de concurrent direct. Nous nous insérons dans l'écosystème des moyens de paiement sans être en frontal avec eux. Du côté des plates-formes de paiement comme Atos ou Ogone, puisque Limonetik transforme des moyens de paiement alternatifs en carte bancaire, nous leur apportons des flux en plus. Quant à Paypal, nous lui permettons d'être valable sur certains sites. Mine de rien, ajouter Paypal à son processus d'achat peut se révéler très complexe. C'est pour cela par exemple qu'il n'est pas valable sur Voyages-Sncf : la Sncf doit déjà gérer beaucoup de problématiques de paiement, entre l'achat en ligne, les bornes et les guichets qui tous doivent être reliés...

 

Pourquoi ne pas avoir levé plus que 5,1 millions d'euros ?

Un fonds britannique qui voulait effectivement investir encore beaucoup plus. Toutefois, nous estimons qu'après avoir fait nos preuves en France, la somme de 5 millions d'euros est bien dimensionnée pour aller planter plein de drapeaux en Europe. Si nous avions levé davantage, nous risquions de faire trop de choses en parallèle et d'échouer. Et bien sûr, nous aurions été davantage dilués dans le capital.

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