Le '.tel' peut-il devenir un annuaire global ?

C'est une extension Internet complètement atypique, sans sites et sans e-mails, qui a en plus la bonne idée de sortir en plein milieu de la crise. Pourtant, le '.tel' semble rencontrer le succès. Son but : devenir l'annuaire universel du Web.

A quoi peut bien servir une extension Internet sur laquelle il est impossible de faire fonctionner des sites web ? Le '.tel' c'est une page unique listant vos coordonnées (numéros de téléphone, adresses e-mail, identifiants variés), qui permet de tout gérer et de tout regrouper sous un identifiant unique.
 
Le '.tel' est basé sur le même système DNS (Domain Name System) que les autres extensions, mais il utilise ce système différemment. C'est la première extension à ce point différente lancée depuis la création de l'Internet.
 
Au siècle dernier, l'Internet est né avec un certain nombre d'extensions. Elles furent appelées "génériques". Leur chef de file, le '.com', est devenu le synonyme de l'Internet (ne dit-on pas "génération .com" ou encore "dot-com bubble" pour la bulle Internet ?). Ces extensions génériques, censées à l'origine représenter une activité (le COMmerce, l'interNET ou les ORGanisations), ont dû cohabiter avec les "nationales", aussi appelées "points pays". Les créateurs de l'Internet moderne ont en effet attribué à chaque pays son extension, par exemple le '.fr' pour la France ou le '.de' pour l'Allemagne.
 
Depuis, la situation n'a guère changée du côté des nationales (on remarquera juste la création d'un '.eu' en 2005). En revanche, pour les génériques le panorama a considérablement évolué. L'Icann, le régulateur de l'Internet, a lancé deux cycles de création de nouvelles extensions. Le premier, en 2000, nous a donné des '.info' ou encore des '.biz'. Le suivant, en 2003, a permis la création de territoires Internet plus ciblés, comme le '.asia', le '.mobi' ou le '.tel'.

Refusé dans un premier temps
Ce '.tel', justement, visant à défricher un nouveau terrain, est initialement incompris de tous. Même l'Icann refuse en 2000 la candidature de Telnic, la société montée pour administrer l'extension. Il faudra attendre une évolution des mentalités pour voir le '.tel' finalement accepté lors du cycle de 2003.
 
Aujourd'hui, le '.tel' sort enfin. Depuis le 24 mars 2009, après une période d'enregistrement prioritaire pour les détenteurs de marques (voir ma tribune : La sunrise : une cerise sur le gâteau des noms de domaine, du 19/03/09), nous pouvons tous, particuliers comme entreprises, acheter notre '.tel'. Mais pourquoi le ferions-nous ?
 
Mieux que tout long discours, un film publicitaire récemment réalisé par Telnic met en avant la différence du '.tel'. On y voit une superbe créature prendre l'Eurostar. Pendant le voyage, deux hommes rivalisent d'astuces pour attirer son attention. A l'arrivée, la fille est déjà sur le quai, tandis que les deux soupirants restés dans le train veulent absolument la revoir. Le premier tente de griffonner son numéro de téléphone sur un bout de papier. Le deuxième se contente de dessiner "ben.tel" avec la mousse de son cappuccino sur la fenêtre du train. Ni une, ni deux, la fille se connecte sur son Smartphone et par le biais de son '.tel', peut téléphoner à Ben sans avoir besoin de connaître son numéro !
 
L'astuce du '.tel' est là. On n'utilise pas son nom de domaine pour pointer vers du contenu web, mais pour y stocker ses informations personnelles. Le principe est alléchant. Je déménage, je change d'e-mail, j'ouvre un nouveau compte sur un service de chat... je ne passe pas trois heures à en informer tous mes amis. Je mets juste à jour les informations sur mon 'van-gelder.tel' et voilà. C'est le seul contact que j'ai à donner.  Pour appuyer ce message, les commerciaux de Telnic se sont d'ailleurs fait faire des cartes de visite sur lesquelles ne figure qu'une chose : leur '.tel'. Efficace.
 
Mais pour fonctionner, cette nouvelle extension doit atteindre une masse critique. Le '.tel', c'est un peu l'iPhone des noms de domaine. C'est tout nouveau et très différent, mais sa pérennité passe par le volume. Plus Apple vend son téléphone, plus les gens ont envie de développer des applications spécifiques pour l'iPhone, et plus il devient un outil de communication incontournable. Idem pour le '.tel'. Si assez de gens l'utilisent, tout le monde le voudra et, dans quelques années, on ne donnera plus son numéro de téléphone, on donnera son .TEL.

Début encourageant 
Le premier pronostic est plutôt bon. Deux jours après l'ouverture, le 26 mars, j'ai eu le patron de Telnic Khashayar Mahdavi au téléphone. "Dès les premières minutes, nous avons reçu plus de 250 000 demandes d'enregistrement pour environ 70 000 noms," m'a-t-il dit, en précisant que certains noms sont demandés plusieurs fois (mais attribués qu'une seule fois bien sûr), ce qui explique cette différence entre les deux chiffres. "Aujourd'hui, nous sommes déjà au-delà des 100 000 noms enregistrés."
 
Comparé à un autre lancement d'extension récent, celui du '.mobi', le chiffre du '.tel' est encourageant. Ouvert en 2006, le '.mobi' avait mis environ 10 jours pour atteindre les 100 000 noms. A une époque où la crise n'était pas là et la spéculation sur les noms de domaine battait son plein (voir ma tribune : La fin de l’exubérante spéculation sur les noms de domaine, du 19/02/09). 
 
Le '.tel' semble donc commencer à trouver son public. De plus, sa commercialisation attire de nouveaux acteurs vers l'industrie du nommage. Ainsi MySpace, British Telecom ou encore iWelt (un important service de pages jaunes allemand) ont annoncé qu'ils allaient distribuer le '.tel'. "Que des sociétés aussi importantes se positionnent d'emblée sur le '.tel', c'est pour nous le signal d'une vraie révolution de notre industrie," affirme Khashayar Mahdavi.
 
Une révolution le '.tel' ? Rendez-vous dans un an pour en tirer un premier vrai bilan. D'ici là, si le million de '.tel' est dépassé, le pari sera sans doute gagné. Celui d'un annuaire global  sur l'Internet.

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