La révolution tactile : une opportunité pour la "French Touch" ?

Comment les start-ups françaises vont pouvoir tirer parti de la sortie de l’iPad. Analyse des réactions que l'événement a suscité, notamment de la part de Google.

Diffusées opportunément au moment de la sortie de l'iPad, des photos (voir photos : http://www.chromium.org/chromium-os/user-experience/form-factors/tablet) qui sont en fait des études de design révèleraient ce que Google aurait en tête en terme de tablettes. Si tel est le cas, le moins qu'on puisse dire est que les développeurs de Google semblent manquer cruellement d'imagination, car on y retrouve essentiellement un mix de ce que propose déjà Microsoft sur sa table "Surface" ou Apple sur l'iPad/iPhone.

 

Il s'agit vraisemblablement d'un nouvel épisode de la lutte d'influence que se livrent les deux géants - comme quand Microsoft avait révélé ses prototypes de souris "multitouch" au moment de la sortie de la souris Magic Mouse.  Ce qui est frappant, c'est qu'on oppose des prototypes à des produits déjà commercialisés, accentuant encore l'impression qu'Apple a pris une longueur d'avance dans le domaine.

 

Pourtant, les produits d'Apple et Google sont loin d'être parfaits.

 

Dans les deux cas on a l'impression de produits beta, destinés à prendre place et surtout à capter l'écosystème de développeurs qui en feront de vrais produits. Prenons le clavier tactile par exemple, qui prend la moitié de l'écran... et qu'on ne peut utiliser qu'en posant la tablette sur un support ou sur ses jambes ? Est-il vraiment adapté à un usage tablette "mobile" ?

Steve Jobs lui même semble ne pas en être convaincu en proposant un clavier physique en option...  Google propose à peine mieux en répartissant les touches de part et d'autre (en constatant en effet que nos mains n'ont pas grossi autant que l'iphone devenu ipad..). Comment fera-t-on alors pour utiliser la tablette debout, avec sa connexion 3G ? Ne pourrait-on pas inventer un système qui permette d'interagir tout en tenant la tablette à 2 mains ?

 

Ou la consultation de pages internet. On nous promet une expérience sans précédent en "tenant l'internet entre ses mains comme on tient un journal". La promesse est alléchante... mais comment tourne-t-on les pages du grand livre de l'internet si on tient la tablette à deux mains ?

 

Ne va -t-on pas retomber dans les travers du bureau de notre bon vieux PC ou Mac encombré de fenêtres, avec la possibilité de "survoler" les fenêtre réduites avec la souris en moins ? De même pour les icônes d'applications qui commencent à faire des petits sur notre écran d'accueil de l'iphone à force de télécharger la énième application dont on n'a pas besoin .. mais  qu'on a récupéré simplement "parce qu'il y a une application pour tout" comme dit la pub ?

 

Néanmoins autour de ces multiples interrogations, ne certitude à la lumière de ces échanges de bons procédés : la guerre du tactile est ouverte.

 

Et si les géants y consacrent leur énergie, c'est que les enjeux sont de taille. La bonne nouvelle, c'est qu'ils ne semblent pas avoir réponse à tout. Laissant à d'autres le soin d'inventer l'ergonomie qui va avec ! Avec l'iPad, nous sommes entrés de plein fouet dans l'an II du tactile. La sortie de l'iPad marque incontestablement un tournant pour les usages domestiques.

 

Extérieurement, c'est un gros iPhone qui reprend les codes esthétiques d'Apple et qui ont si bien fonctionné. Entrainant au passage la déception de ceux qui  s'attendaient à ce que Apple nous étonne ...

 

Ce qui est vraiment révolutionnaire, ce que démocratise désormais Apple, c'est une nouvelle manière d'interagir avec le monde numérique :

 

-         Une nouvelle génération d'équipements, qui se manipule directement et intuitivement avec ses doigts (la souris a définitivement disparu), où le contenant est réduit à sa plus simple expression - un écran - et où la valeur est dans le contenu.

 

-         Une nouvelle manière de consommer, immédiate, impulsive, « over the air », héritée directement des succès d'iTunes puis de l'AppStore, qui gomme les frontières, fait tomber les verrous et décoller  les usages ...

 

Si Steve Jobs réussit son pari, il entraîne toute l'industrie derrière lui et c'est l'écosystème tout entier qui bascule dans le tactile, en créant une brèche dans laquelle de nouveaux acteurs peuvent aussi s'engouffrer.

 

Le marché des écrans tactiles affiche une croissance vigoureuse et génèrera au total plus de 4,4 milliards de dollars en 2012. Partout où il y a de l'électronique grand public et professionnelle, les écrans tactiles vont se multiplier, avec deux technologies qui s'affrontent : le "mono-point" et le "multi-point". Ce dernier, défendu par Apple, devrait rapidement prendre le dessus sur le mono-point aujourd'hui encore majoritaire, notamment sur les téléphones portables.

 

Le "multitouch" ouvre de nouveaux usages, dont les fameuses "tables tactiles" de Microsoft, avec un prix encore prohibitif pour le grand public mais dont les coûts de fabrication chuteront avec la démocratisation des usages. S'ouvrira alors une nouvelle voie, avec une nouvelle ergonomie, et la nécessité de refondre les logiciels en profondeur pour tirer parti de ces capacités d'interaction révolutionnaire.

L'avènement du "Touch", une aubaine pour les startups françaises ?

Et c'est là que nos start-ups françaises, particulièrement en pointe dans le domaine du tactile et de ces nouveaux usages, peuvent tirer parti de cette nouvelle donne et tenter d'imposer ce que l'on appelle déjà la "french touch"*.

 

Plusieurs de ces startups sont déjà reconnues internationalement et peuvent tirer leur épingle du jeu. Que ce soit dans le domaine du hardware - avec les écrans tactiles multipoints, les technologies d'ondes acoustiques ou de lumière infrarouge pour la détection des mouvements des doigts - ou dans le domaine du logiciel - avec une pléiade d'acteurs déjà positionnés sur de nouvelles interfaces innovantes, les Français font leurs armes et engrangent du savoir faire stratégique sur les Tabbee et autres Hubster de nos opérateurs lancés en 2009, ou dans des domaines professionnels comme la santé ou les transports publics. En 2008 des marchés comme celui de l'armée ou de l'automobile représentaient déjà 3,2 milliards de dollars de chiffre d'affaire.

 

Parmi les premiers enseignements de ces expériences, on constate que le tactile permet des usages plus fluides, notamment dans la consultation d'informations, mais pose aussi des problèmes encore non complètement résolus notamment pour la recherche et l'interaction avec du texte. La mobilité créée également des contextes d'usages très particuliers : "le temps de la maison" n'est pas "le temps du transport".

 

Enfin l'usage d'un Tablet-PC dans la cuisine ou dans le salon pour toute la famille n'est pas strictement le même qu'un téléphone, où les informations sont plus personnelles ou confidentielles...

 

De nouvelles  problématiques qui sont autant d'opportunités pour nos entreprises françaises  pour contrecarrer l'hégémonie américaine dans ce domaine et reprendre une longueur d'avance, comme au bon vieux temps du Minitel ?

 

 

* voir le magazine « l'informaticien de novembre 2008 qui titrait : « la french touch » dont Tiki'labs, et d'autres faisaient partie.

 

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