Le pouvoir est sur le Net

Il y a eu le pouvoir du feu, puis celui des armes, le pouvoir politique, puis celui de la presse. Un nouveau pouvoir s’installe, se développe à l’échelle planétaire. Qui le maitrisera ? Qui le contrôlera ?

Une société civilisée et organisée dispose de pouvoirs et généralement de contre pouvoirs. A l'origine, le pouvoir appartenait au plus fort : le plus fort physiquement, puis techniquement, que l'on dispose du feu, puis des armes. La civilisation évoluant, le pouvoir intellectuel s'est imposé, par la culture et le savoir, puis par la politique et les media. Pouvoirs et contre pouvoirs parfois coexistent aussi. C'est le cas du pouvoir de l'argent ou de celui des mythes, des coutumes, des traditions et des religions.

Aujourd'hui, la technologie donne le pouvoir à la masse en offrant à chacun l'opportunité d'échanger, même si on ne sait pas toujours avec qui; de s'informer, même si la qualité des informations n'est pas toujours vérifiable; de communiquer, même au risque de créer des dégâts incontrôlables et incontrôlés.

Volonté de participer au débat public; souhait de s'engager pour une cause, même anonymement; ou à l'inverse, recherche de notoriété et soif de célébrité, même éphémère...les motivations peuvent être diverses, parfois opposées, voire contradictoires, mais toutes expriment l'ambition d'être acteur de la société, la nécessité de prouver ou de justifier son existence, son utilité, dans une collectivité humaine en manque de repère ou chaque individu n'est plus toujours certain de trouver sa place ou d'avoir un rôle à jouer.

Malheureusement, ce constat semble échapper tant au pouvoir politique qu'au pouvoir médiatique. Apparemment aveugles, dans une société qu'ils façonnent de moins en moins, ils voient s'échapper chaque jour une part de légitimité, une part de considération, une part de pouvoir qu'il leur aura pourtant été si cher à conquérir, tant pour ce qui concerne la démocratie que la liberté de la presse.

Comme le pouvoir politique, les media perdent donc aussi petit à petit leur autorité, au bénéfice direct du net et notamment des réseaux sociaux. Dans le même temps, apparaissent les bloggueurs influenceurs : une nouvelle race d'internautes, une nouvelle catégorie de citoyens experts (ou non) dont la parole compte de plus en plus. Ce sont les nouveaux chevaliers de la plume ou du clavier. Leur unique croisade partagée est celle de communiquer, sans limite, et donc d'influencer, voire parfois de faire ou de défaire l'opinion.

Un des derniers exemples en date de l'influence de la communauté Internet est celui de la marque de vêtement GAP. Une semaine après avoir dévoilé son nouveau logo (« Gap » en lettres noires sur fond clair avec un carré bleu derrière la lettre « p »), la marque américaine a renoncé à cette nouvelle identité visuelle en raison de plusieurs milliers de messages de protestations publiés sur Facebook. Les internautes réclamant le retour du logo original (« Gap » en lettres blanches placées dans un carré bleu), c'est Marka Hansen, en personne, la présidente de la marque pour l'Amérique du nord, qui a annoncé l'abandon du nouveau logo.

Cette réaction immédiate, n'a pas manqué de surprendre et d'être commentée. Probablement aura-t-elle permis d'anticiper une communication de crise plus importante entre la marque et ses clients; assurément aura-t-elle contribué à démontrer que désormais le pouvoir est sur le net.

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