Sex.com et les noms de domaine en or

Le nom de domaine est comme la voiture. Il s'achète neuf, ou d'occasion. Dans ce cas, les prix sont de quelques centaines, voire quelques milliers d'euros. Mais parfois, les ventes peuvent se chiffrer en millions. Comment l'expliquer ? Et comment en profiter ?

Il y a quelques jours, une nouvelle page s'est tournée dans la saga sex.com. Le nom a été vendu aux enchères pour la somme de 13 millions de dollars ! Au fil des ans, sex.com est devenu le nom de domaine le plus cher de l'histoire.  Il avait déjà été vendu il y a quelques années 14 millions de dollars, après avoir généré des millions en revenus publicitaires. Un nom en or en quelque sorte...
 
Il n'est pas le seul. Ces derniers temps, plusieurs autres noms ont changé de mains pour de véritables fortunes. La tendance avait démarré dès 1999 avec business.com, cédé 7,5 millions de dollars. Plus récemment, en 2008, fund.com ("fond" en Anglais) a frôlé les 10 millions de dollars. L'année précédente, porn.com avait fait un poil moins bien à 9.5 millions de dollars. Et la chaine de magasins de jouets Toys"R"Us a racheté toys.com en 2009 pour un peu plus de 5 millions de dollars.
 
Les embouteillages, c'est bien ! 
Pourquoi de tels tarifs ? Pour mieux comprendre, prenons le cas de insure.com ("assurer" en Anglais). Il s'agit d'un portail permettant d'obtenir des devis d'assurances, de contacter les sociétés oeuvrant dans ce secteur,  de découvrir les types de contrats ou d'offres disponibles. Bref, www.insure.com se positionne comme un centre d'information pour ceux qui cherchent des services d'assurance.
 
Comment le site se rémunère-t-il ? Au travers des partenariats mis en place avec les sociétés d'assurance partenaires. Lorsque vous cliquez sur le logo d'un partenaire ou que vous le sollicitez pour un devis, les propriétaires de insure.com sont commissionnés. Et comme le nom de domaine du site est intuitif et naturel - c'est le nom qu'un anglophone cherchant de l'assurance va avoir tendance à taper - il génère beaucoup de trafic.
 
Attention, il n'est pas question d'embouteillages. En matière de revenus publicitaires sur Internet, plus le trafic est dense, mieux c'est. Car plus un site reçoit de visiteurs, plus ses partenaires ont des chances de se faire connaître, de vendre un service ou un produit. Le succès commercial de Google est basé sur ce principe par exemple, celui du revenu publicitaire au click.
 
Voilà qui explique pourquoi Quinstreet Inc, une société américaine, a fait exploser les records de vente d'un nom de domaine en 2009 en rachetant insure.com 16 millions de dollars...
 
Les F1 du nom de domaine 
Alors est-il envisageable de vendre un nom aussi cher ? Comment faire pour profiter de cet engouement pour le nom de domaine ? D'abord, en réalisant que les noms en or sont aux noms de domaine ce que les F1 sont à l'automobile. Ils relèvent de l'exceptionnel. Déjà, la plupart sont en .COM (même si depuis quelques années, des ventes très intéressantes se font sur d'autres extensions). Surtout, il s'agit généralement de mots génériques, comme "assurance" ou "business", ou de mots cours. C'est à dire les termes les plus faciles ou les plus intuitifs pour l'Internaute.
 
Et même s'ils ne sont pas naturellement en or, la valeur de certains noms peut être travaillée. Car celle-ci dépend aussi beaucoup du site derrière le nom. Un exemple : de nombreuses sociétés enregistrent des variantes typographiques de leurs produits afin de les protéger. Pour autant, ces noms ne sont jamais dirigés vers le site de la société en question. Parfois, les noms ne mènent carrément nul part. Quel dommage. Correctement orthographiée, la marque a certainement un attrait fort. Alors pourquoi ne pas également l'exploiter sur les variantes orthographiques, au lieu de se contenter de payer les noms de domaine correspondants, sans rien en faire ? Essayez donc de taper www.gooogle.com pour voir si les grandes sociétés de l'Internet laissent leurs noms en friche...
 
Le .FR bien placé 
Il est également important de savoir analyser son portefeuille de nom pour y détecter les pépites éventuelles. Nombreuses sont les sociétés qui ont un jour enregistré un terme générique en nom de domaine, tout en trouvant aujourd'hui qu'ils ne cadrent pas forcément avec leur actuelle stratégie de nommage Internet.
 
Ces enregistrements n'ont d'ailleurs pas obligatoirement été effectués sur le .COM, mais parfois aussi sur l'extension nationale. Plutôt que de laisser ces noms expirer, pourquoi ne pas les exploiter, ne serait-ce que pour quelques mois ? En mettant un site Internet derrière, le potentiel de trafic de ces noms peut être fortement augmenté. Leur valeur aussi. Ils deviennent alors plus intéressants à vendre. Et passent de centres de coûts (celui du renouvellement de ces noms dont on n'a rien fait pendant des années) à générateurs de profits.
 
Bien sûr, la plupart des ventes de noms n'atteignent pas le million. D'après un spécialiste du secteur de la vente de noms d'occasion, au 3e trimestre 2010 la vente moyenne sur le .COM est de 2 511 dollars, de 1 675 dollars pour le .NET et de 2 736 dollars pour le .ORG. Du côté des extensions nationales répertoriées dans ce classement, c'est le .FR qui affiche la meilleure valeur de transaction moyenne avec 4 819 dollars ! Pour autant, aucun .FR n'est listé dans le top 20 des meilleures ventes de l'année. La preuve que même sans être en or, un nom peut quand même avoir une vraie valeur. A son propriétaire de savoir soit l'exploiter en l'utilisant pour un site Internet, soit le vendre.

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