La guerre des boutons est terminée

De nombreux procès opposent Apple à Samsung. Apple invoque un modèle communautaire mais cette protection qui se limite au visible n’exprime rien de la richesse de ces tablettes.

Depuis comment bien de temps n'avez-vous plus pressé un bouton pour accéder aux fonctions de votre tablette et autre assistant  personnel ?  Bien sûr, il y a toujours un bouton marche - arrêt, vous pouvez aussi ajouter que de temps en temps, vous avez une fiche électrique en mettre en place.  

Soyons sérieux, quand vous passez votre main sur l'écran tactile il n'y a plus de relief. Lisse comme si  vous touchiez de la main la fonction que vous recherchiez. Vous préférez lui parlez, allez-y ! Peut-être que l'écran s'animera mais la fonction s'exécutera sans nécessairement prendre une forme, l'écran souple n'est pas encore dans les bacs des magasins ni vendu sur internet. Lisse et noire comme l'ardoise des tableaux noirs des écoles qui d'ailleurs ne les utilisent plus si ce n'est comme image. Si simple, cette forme nous trouble. « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. » enseignait déjà Roland Barthes, il y a plus de 50 ans.

D'appropriation justement, voilà le débat que connaissent actuellement  deux fabricants de tablettes Apple et Samsung devant le juge de Düsseldorf . 

Cette forme si simple, cet écran qui affiche des images n'ont-ils pas été vus mille fois au cinéma avant que nous puissions réellement les utiliser ?  Cette surface  à elle seule serait-elle encore nouvelle ? Cette nouveauté au sens de notre droit de la propriété intellectuelle, Apple invoquant un modèle communautaire où rien n'anime l'écran, si elle faisait défaut - nos souvenirs des films de science-fiction sont-ils si précis -, laisserait-elle tout concurrent libre de la reproduire ? 

Mais cette tablette n'est pas qu'un écran lisse et noir, dans le litige les parties débattent également d'autres arguments que ce seul droit issu du dépôt communautaire. La désigner comme écran plat, c'est la réduire  à un détail, ignorer l'important pour ne retenir que l'accessoire.  Cette tablette a réalisé une interaction particulière entre l'homme et la machine. Sa forme y est assurément pour quelque chose. Elle exprime une plasticité, une convergence choisie par ses concepteurs de l'outil vers la main où l'outil tend à disparaitre  pour privilégier la main dont les doigts retrouvent leur agilité perdue depuis que le stylet marque l'argile.

Y aurait-il, là, le lieu à l'individualité au sens du droit des modèles communautaire : « cette impression globale qu'il produit sur l'utilisateur averti diffère de celle que produit sur un tel utilisateur » les dessins et modèles divulgués à l'époque, mais cette notion s'applique à une partie visible.

Laquelle de ces sociétés va gagner en Allemagne n'est pas la question, réfléchissons à quel moyen de protection communautaire peut favoriser ces innovations et le développement de nouveaux produits car il n'y aura pas une nouvelle guerre des boutons.  

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