Conférence LeWeb Paris 2013 : les 10 prochaines années

C’est sur ce thème ambitieux que Loïc Le Meur a inauguré hier la dixième conférence LeWeb à Paris, qui réunit comme chaque année les entrepreneurs les plus en vue de la Silicon Valley.

Pour commencer la session plénière, Fred Wilson Managing Partners d’Union Square Ventures, a partagé une première grande tendance des années à venir : la transition de hiérarchies bureaucratiques pyramidales vers des réseaux pilotés par la technologie. On le voit bien aujourd’hui à travers la notion d’ « open innovation » : pour innover les entreprises doivent s’ouvrir et collaborer en réseau avec leurs collaborateurs, clients, fournisseurs mais aussi des développeurs externes. Comme l’a souligné Guy Kawasaki, ancien « chief evangelist » d’Apple et aujourd’hui conseiller auprès de Motorola, la plupart des entreprises traditionnelles sont dans un déni d’innovation.
Trop d’entre elles fonctionnent encore en vase clos et investissent des millions d’euros dans des projets de R&D alors qu’elles pourraient profiter de plateformes digitales qui permettent aujourd’hui une connexion directe avec des milliards de consommateurs et offrent des environnements de développement ouverts et des ressources en infrastructure (de type Amazon Cloud Services).
Au final, toutes les start-up présentes y compris celles qui sont désormais valorisées plusieurs milliards de dollars comme Uber utilisent ces nouvelles plateformes digitales (principalement Apple, Android, Amazon, Microsoft et Facebook) pour délivrer de nouvelles expériences aux consommateurs finaux à travers les terminaux connectés que sont notamment les smartphones et les tablettes.
Humblement, Kawasaki a rappelé qu’il était extrêmement difficile de prévoir au-delà des dix prochains mois et il conseille aux start-up de se concentrer sur le produit, le prototype et l’expérience utilisateur avant de songer aux modèles économiques.
A l’inverse Travis Kalanick, le fondateur et PDG d’Uber, a rappelé la valorisation assez folle de certaines sociétés comme Snapchat (qui aurait récemment refusé une offre à 3 milliars de dollars). Difficile de prédire qui sera le nouveau Facebook entre cette start-up, Line, WeChat et bien d’autres qui se situent à la convergence des réseaux sociaux et du mobile, mais une chose est sûre, il faudra bien à un moment ou à un autre générer des revenus et faire évoluer son modèle économique. A cet égard, Phil Lubin – le patron d’Evernote- a fait une brillante démonstration de la capacité de sa société à passer d’un modèle freemium uniquement numérique à la monétisation de produits physiques dérivés.
Au final, du concours de start-up aux démonstrations de Parrot, voilà quelques tendances clefs que - de mon point de vue, on pouvait retrouver dans presque toutes les conversations :
  • La généralisation des objets connectés est la nouvelle frontière du Web – qui va progressivement s’abstraire des écrans connectés que sont les smartphones et les tablettes pour se retrouver dans les objets du quotidien (lunettes, montres, bracelets, thermostats, voitures, etc..).
  • Cette numérisation du réel va rendre encore plus floue la frontière entre l’univers physique et l’univers virtuel. L’extension de l’usage des sens pour commander notre environnement (après les écrans tactiles, les gestes, la vue et demain l’odorat nous permettent d’interagir avec le monde et les objets qui nous entourent) et la multiplication des capteurs et de la connectivité vont alimenter une immense base de données que l’on peut désormais analyser en temps réel. Les téléphones mobiles en particulier ont changé nos attentes en tant que consommateurs et participent de ce besoin d’instantanéité – très bien représenté à travers des sociétés comme Droid Translator ou encore PeekInToo.
  • C’est tout l’enjeu de la « big data » qui consiste au final à prévoir les comportements des consommateurs et à leur offrir des services plus contextualisées quel que soit le point de contact qu’ils choisiront pour interagir avec votre marque. Le respect de la vie privée et la capacité à faire sens de ce magma de données à travers des expériences personnalisées va devenir un élément de différenciation clef. Dans ce domaine, plusieurs start-ups devraient retenir l’attention comme Social Safe, Tresorit ou encore Privowny.  
On peut dénigrer Le Web et considérer cet événement comme un rassemblement d’investisseurs et de start-up aux modèles économiques incertains. La réalité du monde numérique aujourd’hui est que n’importe quel développeur peut créer un service disruptif qui met à mal des pans entiers de l’économie traditionnelle.

S’y opposer et faire du lobbying pour préserver ses acquis est bien légitime mais cette approche défensive ne dure qu’un temps

L’innovation vient aujourd’hui de la Silicon Valley qui rassemble en un même endroit développeurs, capital humain et investisseurs avec un débouché immédiat : le marché américain.
Pour avoir eu la chance de voyager ces derniers temps en Israël (haut lieu du capital investment après les États-Unis) et en Asie et d’étudier plus en détail le marché mobile chinois, l’épicentre de l’innovation va rester en Californie pour encore longtemps mais on aurait tort de négliger l’innovation qui vient de Chine et d’Asie. Pourquoi ? Parce que les marchés émergents sont en train de passer directement à la révolution mobile sans passer par la case Web.
Déjà le deuxième marché d’Apple, la Chine va rapidement devenir le premier marché de la firme à la pomme – notamment avec l’accord de distribution avec China Mobile qui compte la bagatelle de plus de 700 millions d’utilisateurs (7 fois Verizon ou plus de trois fois Orange…).
Très peu de discours hier faisaient référence à ce changement fondamental qui va faire évoluer les modèles économiques encore plus significativement.    


----------------
Cette chronique est publiée avec l'autorisation de Forrester Research.

Asie / Microsoft