Chute de la participation aux élections : à quand le vote numérique ?

Quelles solutions pour augmenter la participation aux élections ? L'abstention, qui n'a cessé d'augmenter tout au long de la Vème République, impacte logiquement la représentativité globale des élections. L'utilisation des réseaux sociaux ou le vote sur Internet, peuvent-ils permettre une meilleure représentativité ?

L'influence des réseaux sociaux sur la participation

Comment parvenir à renverser la baisse constante de la participation aux élections politiques, véritable fléau de la Vème République ? Une participation qui n'a cessé de diminuer depuis 50 ans : passant de 75 % au début de la Vème République jusqu'à 55 % lors du premier tour de la présidentielle 2012. Une abstention qui fragilise notre démocratie prise au sérieux par les pouvoirs publics à la recherche de solutions pour mobiliser le maximum d'électeurs.
Dans cette optique l'utilisation d'Internet apparaît légitime aussi bien en termes de communication électorale qu'en terme de support de vote via le vote sur Internet. Une expérience lancée sur Facebook lors des élections du Congrès américain en 2010 a étudié l'influence des réseaux sociaux sur la participation à des élections politiques : lors de ce test 60 millions d'utilisateurs de Facebook ont reçu sur leur mur un message leur rappelant le jour des élections, la liste des bureaux de vote ainsi que des photos de profils d'amis mentionnant leur participation à l'élection. Les résultats publiés dans la revue Nature ont montré que l'effet du message social sur le réseau avait permis d'enregistrer 340 000 votes supplémentaires par effet de contagion sociale soit l’une « des preuves les plus convaincantes à ce jour que l'influence des pairs et les signaux sociaux numériques peuvent influer sur la mobilisation politique", estime Sinan Aral de l'Université de New York.

La mobilisation des jeunes électeurs

Même constat pour le vote sur Internet qui pourrait (re)mobiliser des catégories d'électeurs peu enclins à voter jusqu'à présent dans des bureaux de votes : les jeunes et les électeurs situés loin des urnes sont particulièrement visés.
La participation des étudiants notamment, une classe d’âge souvent à l'aise avec les technologies numériques mais aussi fréquemment enregistrés dans des bureaux de vote situés loin de leur localisation réelle, pourrait considérablement augmenter : « C'est typique des classes d'âge mobiles et non sédentarisées comme les jeunes étudiants. Ils sont inscrits chez leurs parents mais étudient ailleurs. Ils font l'effort de se déplacer ou de faire une procuration pour l'élection présidentielle mais pas pour les élections considérées comme moins importantes", souligne Jean-Yves Dormagen, spécialiste de l'abstention et directeur du département de sciences politiques à l'université de Montpellier 1.

Mobiliser les électeurs des bureaux de vote

Sur le même principe, les électeurs habitant dans des zones isolées, situées à plus de 30 minutes en voiture d'un bureau de vote, sont eux aussi susceptibles d'être attirés par le vote sur Internet. Une étude réalisée lors des élections estoniennes de 2007, où le vote sur Internet était proposé, a montré que les électeurs avoir mis en moyenne 25 minutes de moins via l'utilisation du vote en ligne en comparaison d'un vote aux urnes. Aucune des personnes interrogées n'a indiqué que le processus de vote par Internet était plus long que de se rendre dans un bureau de vote.
Des analyses effectuées après cette élection ont montré que «  les électeurs dits périphériques, c’est-à-dire les votants irréguliers et les abstentionnistes, sont ceux dont le niveau de mobilisation politique est potentiellement le plus affecté par l’introduction du vote électronique ». Le vote par Internet pourrait ainsi attirer des catégories d'électeurs qui n'ont pas l'habitude d'aller voter. Un effet qui pourrait même s'amplifier dans les prochaines années, l'usage d'Internet devenant de plus en plus commun et mieux réparti à travers les différentes classes d’âge.
En Estonie, les résultats ont déjà montré une nette amélioration de la participation puisque d'après le site du Parlement européen « entre 2005 et 2011, la part des votes sur internet est passée de 2 % à plus de 24 % du total. Et la participation aux élections européennes a bondi de 27 % en 2004 à 43 % en 2009. ». Une abstention qui pourrait ainsi être mieux contenu en cas de généralisation du vote numérique.

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