Pourquoi le lifi fait tourner la tête des professionnels

Plus puissante, sécurisée et précise que le wifi ou le bluetooth, cette technologie pourrait un jour se retrouver dans les iPhone.

Il a suffi d'un tweet de Chase Fromm pour que la toile s'enflamme : cet internaute fureteur (dont le compte a depuis été suspendu) aurait débusqué dans la version 9.1 du code de l'OS du futur iPhone 7 LA ligne qui prouve qu'Apple s'intéresse au lifi. Cette technologie, qui permet de faire circuler des informations grâce à des ondes lumineuses, se rapproche du morse. Le géant américain n'est pas le seul à l'étudier de près : le coréen Samsung essaye avec plusieurs entreprises de développer une version standard de ce nouveau moyen de communication.

Le lifi fonctionne grâce à une LED (diode électroluminescente) légèrement modifiée. Pour transférer des données informatiques, qui ne sont qu'un enchaînement de zéro et de un, elle s'allume et s'éteint de façon très rapide et imperceptible à l'œil nu. Placé sous l'une de ces ampoules, un smartphone équipé d'un récepteur adapté peut recevoir ces informations et les rendre accessibles à son utilisateur. Certains appareils peuvent envoyer en retour des données à la LED, en émettant leurs propres signaux lumineux.

Plus rapide que le wifi

Encore inconnue en 2007 et toujours en développement, cette technologie passionne pour plusieurs raisons.

Lucibel commercialisera ses premiers luminaires lifi courant 2016

Comme le wifi, elle permet de se connecter à Internet mais elle pourrait être à terme nettement plus puissante. En 2015, des données ont été envoyées en lifi à un débit de 1 gigabit par seconde, 100 fois plus rapide que celui du wifi, lors de tests réalisés dans les locaux de la start-up estonienne Velmeni.

Cela en étant moins énergivore que le wifi : "avec cette technologie l'éclairage et la transmission de données sont combinés, cela permet de consommer moins. Elle oblige en plus ses utilisateurs à s'éclairer avec des LED, trois fois moins gourmandes en énergie que des ampoules classiques", explique Edouard Lebrun, directeur de l'innovation du fabricant français de LED Lucibel. L'entreprise, fondée en 2008, commercialisera ses premiers luminaires lifi courant 2016.

D'abord dans le BtoB

Malgré ces avantages, le grand public ne devrait pas entendre parler du lifi de sitôt, car les smartphones et autres appareils mobiles ne sont pour l'instant pas équipés pour émettre et recevoir ces signaux lumineux. "Le lifi ne touchera directement les particuliers que d'ici cinq, peut-être dix ans", anticipe Stéphane Lelux, patron de la société de conseil Tactis.

"La pompe sera amorcée par le marché BtoB. Les industriels sont prêts à développer des récepteurs lifi pour des appareils chers, comme des robots coûtant plusieurs milliers d'euros. C'est seulement dans un deuxième temps, lorsque cette dépense aura été amortie, qu'ils adapteront ces capteurs à des appareils grand public comme des téléphones", schématise le dirigeant.

Géolocalisation fine

Le lifi est déjà sur le radar de nombreux professionnels car il présente pour eux toute une série d'avantages.

Nice et Palaiseau testent le lifi pour fournir des informations aux passants

Il permet de géolocaliser un appareil équipé d'un récepteur adapté, placé sous une LED lifi, à une dizaine de centimètres près. Un système beaucoup plus précis que le traditionnel Bluetooth Low Energy (et sa technologie IoT associée, le beacon) qui a une marge d'erreur de trois à cinq mètres. Les entreprises du retail pourront donner à leurs clients (qui ont téléchargé l'application dédiée) la recette du poulet basquaise s'ils sont devant le rayon volaille, en étant certains de ne pas se tromper de cible.

Cette application, qui permet de repérer géographiquement des objets dans un espace donné, intéresse d'autres secteurs comme les hôpitaux. "Ils perdent 20% de productivité car leur personnel ne sait pas où sont les équipements dont ils ont besoin", affirme Sébastien Renaud, directeur général du fabricant de matériel lifi Oledcomm, créé il y a quatre ans et basé à Vélizy-Villacoublay (Yvelines). Dans la même veine,les entreprises qui ont de vastes entrepôts pourraient retrouver plus facilement leurs produits grâce au lifi.

Enfin, plusieurs mairies, comme celle de Nice (Alpes-Maritimes) ou de Palaiseau (Essonne), testent aujourd'hui le lifi pour fournir aux passants des données concernant les horaires de bus par exemple.

Sécurité accrue

Rapidité, acuité mais aussi sécurité. Contrairement aux ondes radios du wifi, qui traversent les murs, les ondes lumineuses du lifi ne peuvent être captées que dans un espace restreint. Un avantage non négligeable pour les sièges de grandes entreprises où sont prises des décisions stratégiques, ou encore pour des spécialistes de la défense, qui risquent de se faire pirater leurs données.

Le lifi peut également être utilisé dans des environnements électrosensibles, où le wifi est proscrit (centrales nucléaires, plates-formes pétrolières, hôpitaux…). L'hôpital de Perpignan (Pyrénées-Orientales) teste depuis mai 2015 les LED Oledcomm dans son service d'urgences, où de nombreux équipements sont perturbés par le wifi. La techno peut aussi être installée dans les crèches, où l'utilisation de son "grand frère ennemi" est interdite en France depuis 2015, car il risque de nuire au développement physiologique des enfants.

L'appétence de certaines catégories de professionnels pour cette technologie est certaine. Mais les fabricants de matériel lifi préfèrent ne pas laisser la "pompe" du marché BtoC s'enclencher seule. Ils essayent d'aider le destin en menant des actions de lobbying auprès des fabricants de smartphones. "Nous avons eu des contacts avec des sous-traitants chinois au Mobile World Congress 2016", le salon de l'innovation de Barcelone, glisse le patron d'Oledcomm. Reste à savoir si ces actions seront suivies d'effets concrets...

 

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