Allen Blue (LinkedIn) "Nous voulons proposer des formations à tous les professionnels"

Cofondateur du réseau social professionnel LinkedIn, Allen Blue en est également le directeur Produits. Big Data, acquisition de Lynda, et perspectives de croissance pour les années à venir, il confie au JDN les ambitions du groupe.

Pensez-vous que LinkedIn ait bouleversé la manière de rechercher et postuler à un emploi ?

Allen Blue est cofondateur et directeur Produits de LinkedIn © Linkedin

LinkedIn est effectivement de plus en plus utilisé pour postuler à des offres. Certains n’hésitent pas à imprimer leur profil LinkedIn ou envoyer le lien de leur profil directement au recruteur. Mais LinkedIn est également un formidable outil pour vous permettre d’en savoir plus sur une industrie, une entreprise ou un poste à pourvoir. Vous pouvez par exemple utiliser la plateforme pour voir qui parmi votre réseau fait partie de l’entreprise ou même pour contacter directement la personne en charge du recrutement afin d’obtenir davantage d’informations.

Enfin, votre réseau peut également vous permettre d’obtenir le job en question, que se soit par le biais d’une recommandation ou d’une introduction. En résumé, LinkedIn vous donne à la fois accès à l’information et aux personnes.

 

Pourriez-vous expliquer ce que désigne le terme "Economic graph" ?

Il s’agit du terme que nous utilisons pour désigner le réseau d’un utilisateur. Aux débuts de LinkedIn, ce ‘Graph’ incluait uniquement les personnes avec qui vous étiez connecté. Depuis, nous y avons ajouté d’autres éléments comme par exemple les entreprises, les emplois, ou encore les écoles. Ainsi, les membres de LinkedIn utilisent l’Economic Graph à chaque instant sans forcément s’en rendre compte, que ce soit par exemple lorsqu’ils recherchent de nouveaux contacts, de nouveaux articles à lire, etc. Mais nous nous sommes également rendu compte que grâce à ce Graph nous disposions d’informations sur toutes les composantes de l’économie, nous permettant notamment de comprendre comment celles-ci étaient interconnectées.

 

Comment exploitez-vous ces informations ?

Un bon exemple est le partenariat que nous avons récemment mené avec la ville de New York. La mairie nous a contacté car elle souhaitait encourager davantage de jeunes newyorkais à s’orienter vers des carrières technologiques. L’Economic Graph nous a permis de répondre à certaines questions. Par exemple : quelles étaient les universités produisant les meilleurs jeunes de la filière technologique ? Ou encore, est-ce que ces jeunes diplômés restaient à New York pour y poursuivre leur carrière après leurs études ? Voici une application concrète des réponses pouvant être apportées par l’Economic Graph.

 

Pensez-vous que LinkedIn puisse un jour être en mesure de prédire la carrière d’un jeune professionnel ?

Les emplois d’aujourd’hui n’existeront peut être plus dans cinq ans

Je pense que des outils permettront certainement aux utilisateurs de mieux explorer les différents parcours professionnels pouvant leur correspondre. Par exemple, admettons que vous souhaitiez modifier votre plan de carrière sans pour autant savoir vers quelle voie vous orienter. Nous pourrions peut être vous montrer différentes options qui pourraient s’offrir à vous et auxquelles vous n’auriez pas pensé Pour autant, il ne tiendra qu’à vous et à votre intelligence humaine de faire, in fine, les bons choix.

Ce qu’il faut également noter, c’est que les choses évoluent très vite et que les carrières et emplois d’aujourd’hui n’existeront peut être plus dans cinq ans. En résumé, l’objectif de LinkedIn est moins de prédire l’avenir que de donner aux individus la capacité de mieux l’appréhender. Notre principal objectif est de créer des opportunités pour tous les professionnels.

 

De plus en plus de professionnels utilisent LinkedIn pour publier du contenu. Etes-vous en compétition directe avec les plateformes de blogging ?

Nous considérons LinkedIn différemment : sur une plateforme de blogging traditionnelle, vous allez publier du contenu en espérant que quelqu’un tombe dessus. A l’inverse, sur LinkedIn votre audience est déjà là, ce qui vous permet de toucher directement l’audience que vous  visez. Le rôle de notre plateforme est précisément de mettre en relation lecteurs et contenus.

 

Quel est l’objectif derrière l’acquisition de la plateforme Lynda réalisée en avril dernier ?

Il nous a fallu 477 jours pour atteindre notre premier million de membres 

Lynda est une plateforme spécialisée dans la formation des employés. Elle travaille étroitement avec les entreprises pour rendre disponible ces formations, à destination de nouvelles recrues notamment. L’un de nos objectifs sera de rendre Lynda et ses contenus accessibles à tous les professionnels qui sentiront le besoin d’être formés. Certains souhaitent en effet améliorer leurs performances, alors que d’autres veulent se préparer au mieux pour un nouvel emploi...

 

Comment pensez-vous intégrer les contenus de Lynda au sein de LinkedIn ?

Nous y réfléchissons encore. Mais prenons l’exemple d’un professionnel postulant à une offre d’emploi : il pourrait retrouver sur une page toute une combinaison d’informations issues de l’écosystème LinkedIn. Par exemple : des infos sur les compétences nécessaires pour le job via SlideShare, une sélection d’articles sur ce sujet, les contacts de votre réseau disposant déjà de ces compétences et enfin les formations issues de Lynda vous permettant d’acquérir vous-même ces compétences...

 

Quelle a été votre stratégie pour acquérir vos premiers utilisateurs au démarrage de LinkedIn ?

Un seul et unique problème à la fois !

En mai 2003, alors que le site venait d’être lancé, moi ainsi que les onze autres membres de l’équipe fondatrice avons démarré en envoyant des invitations à l’ensemble de notre entourage. Pour autant, la croissance du site ne s’est pas révélée à la hauteur de nos espérances. Pendant la première année, nous avons procédé à toute une série d’améliorations des fonctionnalités pour apporter davantage de valeur à nos membres, comme par exemple au niveau de la recherche.

Nous savions que pour que notre concept fonctionne, il fallait que le réseau LinkedIn soit suffisamment important. A plus long terme, nous étions aussi convaincu qu’une fois que toutes ces personnes seraient sur LinkedIn, il nous serait alors possible de monétiser la plateforme, qui trouverait alors grâce aux yeux des recruteurs.

 

Quel serait votre conseil à destination des entrepreneurs ?

De ne chercher à résoudre qu’un seul et unique problème à la fois ! Dans notre cas, nous savions que pour notre site connaisse le succès, il fallait que nous arrivions à convaincre suffisamment de personnes de s’inscrire. Nous avons donc consacré tous nos efforts au développement de notre base utilisateurs. Mais il est clair que nous n’aurions pas pu mener deux objectifs à la fois, comme par exemple en gérant parallèlement l’augmentation de notre taux d’engagement. Nous avons du faire un choix et l’avenir a montré que nous avons eu raison. Au final, il nous a fallu 477 jours pour atteindre notre premier million de membres.

 

Quels sont vos objectifs et vos projets pour les années à venir ?

Nous percevons de réelles perspectives de croissance dans trois domaines. Le premier concerne les solutions Marketing à destination des entreprises, sur lequel nous sommes déjà présents avec des outils comme Lead Accelerator par exemple. Le second est celui de la vente qui est un marché nouveau pour nous mais qui, nous en sommes convaincu, deviendra très lucratif. Les outils que nous avons mis entre les mains des employeurs ont changé la manière dont ces derniers recrutent aujourd’hui. Ce que nous avons fait avec le recrutement, nous pensons pouvoir le réaliser avec la vente. Enfin, le dernier reste évidemment Lynda et la formation en ligne. Nous souhaitons les rendre disponibles à l’ensemble des membres de LinkedIn.

 

Allen Blue est le cofondateur et Directeur Produits (VP Product Management) de LinkedIn. Avant cela, il a notamment travaillé pour Paypal et a fait partie de l’équipe fondatrice de la plateforme SocialNet. Allen a été professeur de théâtre à l’Université de Stanford. En plus de ses activités chezLinkedIn, il est également advisor dans plusieurs start-up.

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