Alban Fischer (Front de gauche) "Sarkozy ne gagnera pas sa campagne grâce au Web"

En charge de la web campagne du Front de gauche, Alban Fischer décrypte la stratégie de Jean-Luc Mélenchon sur la toile et taxe les équipes web du PS et de l'UMP "d'armées mexicaines".

JDN. Comment faire une web campagne avec 100 000 euros de budget ?

Alban Fischer. En impliquant les militants ! Nous avons le plus petit budget parmi les principaux candidats, qui correspond à 5% de notre budget total. Cette web campagne est axée sur quatre piliers dont notre web-série, les réseaux sociaux, le site Placeaupeuple2012 ainsi qu'une WebApp mobile. Nos équipes sont très légères. Par exemple sur le site, nous ne créons pas de contenus et ce sont deux personnes dont un rédacteur en chef qui s'occupent de la mise en page des contributions et de leur recontextualisation. C'est donc avant tout une plate-forme de curation où militants, sympathisants et qui le souhaite peut venir soumettre tout type de contenu. Notre web-série est réalisée à 80% par des militants et seule une personne travaille à plein temps dessus. Nous diffusons un épisode par semaine, visionné en moyenne entre 10 000 et 15 000 fois.


Qu'en est-il de votre positionnement sur les réseaux sociaux ?

Nous avons un seul community manager qui a pour mission de gérer les comptes Twitter et Facebook de Jean-Luc Mélenchon. C'est notamment sur Facebook que la popularité de notre candidat connaît sa plus forte croissance. Son nombre d'abonnés a déjà dépassé celui de François Bayrou alors que ce dernier est présent depuis plus longtemps. A titre d'exemple, nous avons diffusé hier soir le sondage du Parisien pendant la diffusion du débat avec Marine Le Pen et le "post" a été partagé 400 fois sur le réseau social.


Vous revendiquez être les premiers à avoir développé une application mobile. Quel en est le principe ?

PlaceOpeuple est une WebApp mobile qui été développée par Les Appiculteurs. On y distingue un espace pour s'informer et un autre pour agir. Ce dernier a été conçu en intégrant des mécanismes de gamification et de géolocalisation, comme celle du MoDem mais elle est sortie bien avant, à la mi-décembre. Nous comptons aujourd'hui autour de 1 500 "révolunautes", qui reçoivent des notifications une à trois fois par semaine leur proposant de réaliser des actions militantes autour de chez eux ou sur la Toile. Nous les avons par exemple invités à se créer un compte Twitter, suite à quoi 150 personnes se sont inscrites sur le site de microblogging.

 

Comment Jean-Luc Mélenchon gère son équipe de web campagne ?

C'est avant tout la campagne du Front de gauche, qui à l'évidence est incarnée par son candidat. Ce n'est pas une si mince nuance puisque le Front Gauche rassemble différents courants politiques mais l'équipe en charge de la web campagne n'est pas issue d'un mouvement en particulier. On peut dire que nous sommes "natifs Front de gauche" car nous sommes arrivés après les accords entre le Parti de Gauche, le Parti Communiste et les autres mouvements.

Notre particularité est de faire une campagne sur des idées et non des "coups de com'" comme EELV a tendance à le faire. L'unique consigne que Jean-Luc Mélenchon a donné quant à notre stratégie sur le web, c'est de ne s'attacher à aucune consigne. On expérimente des opérations et on les juges ensuite. Le but étant de garder tout du long en tête que nous devons ancrer cette campagne dans une démarche pédagogique, pour que les militants qui nous rejoignent puisse militer en pleine conscience des choses. C'est une certaine idée de l'ouverture.


C'est ce manque d'ouverture que vous critiquez dans les campagnes en ligne des candidats opposants ?

En partie, mais je suis surtout étonné de voir que les équipes web de l'UMP ou du PS fonctionnent comme des armées mexicaines. Les structures sont trop complexes, tout le monde est responsable de quelque chose, ce qui les amènent à perdre trop de temps en réunion et donc à ne pas être assez efficace sur le terrain. J'attends également de voir si le PS arrivera à faire ouvrir cinq millions de portes grâce à sa campagne sur Toushollande.fr, mais j'en doute.

A l'UMP, la question de la légalité de la création de cette timeline à l'aide de Facebook se pose toujours mais soyons honnêtes, Nicolas Sarkozy n'a pas trop intérêt à trop aller sur le web. Ce n'est pas sur Internet qu'il gagnera sa campagne, notamment parce que la communauté web anti-sarkozyste est trop réactive et virulente. Il continuera donc à jouer principalement sur un terrain où il maîtrise davantage sa communication, c'est à dire sur les médias traditionnels.


Après des études en multimédia et webmastering, Alban Fischer crée en 2006 le site Blogtrotters.com avec Tristan Mendès France pour diffuser huit reportages qu'ils produisent à l'international sur deux ans. En 2008, il rencontre des représentants de l'agence CAPA qui l'invitent à prendre en charge la gestion online de l'émission Global Mag d'Arte consacrée à l'environnement. Il devient par la suite journaliste chroniqueur pour la même émission en 2010. Alban Fischer a toujours été actif dans le monde du web et a créé des sites comme blog.ecotidien.fr ou plusieurs portails de la SEGECE, une filiale de BNP Paribas. Il rencontre Jean-Luc Mélenchon en 2010 pour lequel il gère aujourd'hui le volet web de la campagne.

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