François de la Brosse (Conseiller en communication de Nicolas Sa "Le YouTube gouvernemental n'attend plus que l'aval du Président"

Créateur des Web TV du candidat puis du président Sarkozy, le publicitaire a encore quelques projets de TV en ligne. Il veut notamment en créer une pour la présidence française de l'Union européenne.

JDN. Il y a un peu plus d'un an, vous suiviez, caméra au poing, la campagne candidat Nicolas Sarkozy pour alimenter sa télévision en ligne, NSTV. Ce projet a-t-il été facile à imposer ?

François de la Brosse. Non, les choses n'ont pas forcément été faciles. Mais lorsque l'équipe de campagne a pris en compte le fait que 93 % des foyers français connectés à Internet bénéficient du haut débit, elle a compris que le Web était un média incontournable. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy ne le regrette pas. NSTV a été à la fois un moyen de faire découvrir le candidat, mais aussi d'expliquer son programme ou de riposter quand cela était nécessaire. Nous avons d'ailleurs été les premiers au monde à lancer la télévision en ligne d'un candidat politique. Même aux Etats-Unis, les prétendant la Maison blanche s'en inspirent largement.

 

La transposition de la WebTV du candidat à celle du président, PRTV a-t-elle été plus évidente ?

Oui, car elle répondait à une logique de communication. Lorsque nous avons lancé le nouveau site de l'Elysée, je souhaitais donner une place importante à la vidéo. C'est aujourd'hui chose faite : plus de 80% de nos contenus sont filmés. Il peut s'agir de discours, de conférences de presse ou de suivis de déplacement du président en France ou à l'étranger.

 

Le site du président ressemble comme deux gouttes d'eaux à celui du candidat. Pourquoi ?

Le président est attaché à la réduction des dépenses, y compris à l'Elysée. Nous avons donc repris le socle de NSTV, que nous avons remplacé par PRTV, d'où la grande ressemblance du site du candidat et de celui du président. Cette transposition était sur ce point très intéressante car le lancement de PRTV ne nous a rien coûté. Le seul aspect de la Web TV à avoir changé en profondeur, c'est le ton de ses vidéos. Nous avons abandonné l'argumentation d'un candidat en campagne pour un ton un peu plus protocolaire. Il s'agit du site le moins cher qui ait été réalisé pour l'Elysée. Au total, je pense que PRTV doit coûter environ 150.000 euros par an.

 

Lors de l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, vous souhaitiez également créer une Web TV pour chaque ministère. Où en êtes-vous ?

"le YouTube du gouvernement est prêt"

Une plate-forme technique a été développée pour permettre à chaque ministère de produire et mettre en ligne des contenus vidéo. Cette sorte de YouTube du gouvernement aurait par exemple regroupé des chaînes comme "Justice TV" ou "MAE TV" [ministère des Affaires étrangères, ndlr]. Actuellement se pose cependant le problème de la coordination de la communication interministérielle, pour lequel Thierry Saussez a été recruté. Il devient compliqué de créer aujourd'hui une trentaine de Web TV et chacun des ministères continue d'organiser la production de ses contenus vidéo. Cependant le YouTube gouvernemental est prêt. Il appartient au Président ou au Premier ministre de le lancer.

 

Avez-vous d'autres projets vidéo pour l'Elysée ?

Oui. L'idée d'une WebTV dédiée à la couverture de la présidence française de l'Union Européenne, PFUETV, est déjà actée. C'est un projet d'autant plus important que la France assurera la dernière présidence tournante de l'Union européenne. C'est également un projet plus dense à monter, car il concerne 27 pays. Nous sommes actuellement en train de travailler à sa conception.

 

Il y aura donc 27 télévisions européennes ?

Non, car cela nécessiterait un budget trop conséquent. Mais il faudra effectivement envisager des retransmissions d'événements européens dans les différentes langues de l'Union. Pour cela, nous envisagerons d'utiliser les flux audio de traducteurs lors d'événements importants. Mais cela ne concerna qu'une partie des cas. Pour les autres, il nous faudra encore réfléchir au choix technique le plus intéressant.

 

Que pourra-t-on voir sur PFUETV ?

"Nous voulons faire un journal télévisé quotidien de l'UE"

Nous voulons fournir chaque soir un journal télévisé raccourci de l'actualité de l'Union européenne, qui n'excède pas une quinzaine de minutes. Nous envisageons de diffuser ce JT de l'Europe sur les sites des grands quotidiens d'informations des 27 Etats membres. Nous sommes actuellement en train de discuter avec eux. Nous n'avons pas les moyens d'une grande chaîne de télévision mais je suis sûr que nous pouvons y arriver.

 

Après NSTV et PRTV, vous lancez mardi 22 avril LongeviTV, une Web TV dédiée au "vieillir jeune". En quoi consistera-t-elle ?

Je lance cette télévision avec François Sarkozy, l'un des frères de Nicolas Sarkozy, pédiatre de formation. Nous avons voulu créer le magasine audiovisuel de l'art de vivre et du bien-être. C'est un positionnement, qui intéresse les entreprises. LongeviTV diffusera des vidéos quotidiennement sur la santé, mais également sur les questions de société liées au vieillissement. Cette Web TV ne sera pas vraiment destinée aux seniors mais plutôt aux trentenaires et aux quadragénaires qui doivent préparer dès aujourd'hui leur vieillissement.

 

Quel sera le modèle économique de LongeviTV ?

Nous avons voulu innover en lançant un site sans espaces publicitaires. Cette Web TV sera financée exclusivement par ses partenaires institutionnels, Sanofi-Aventis, Lancôme, HSBC, Nestlé ou les Chaînes thermales du Soleil. Nous hébergerons leurs propres Web TV sur LongeviTV pour leur donner la parole sur des sujets en affinité avec ceux que nous traiterons quotidiennement. Nous leur apporterons à la fois la structure technique et produirons leurs contenus. Il ne s'agira donc pas d'espaces publicitaires pour vanter leurs nouveaux produits mais de chaînes dans lesquelles ils viendront faire part de leurs résultats de recherche, sur le vieillissement par exemple. Nous leur ferons payer leur propre Web TV pour financer l'ensemble du dispositif.

 

LongeviTV est votre deuxième réalisation d'entrepreneur en Web TV, après Citi TV. En quoi consiste ce premier projet ?

"Je suis convaincu qu'une image vaut mille mots"

Lorsque j'ai accompagné le Nicolas Sarkozy dans sa campagne présidentielle, il m'est arrivé de me rendre dans des quartiers en difficulté. Ils sont remplis de jeunes qualifiés, mais qui peinent à trouver du travail. Je me suis dit qu'il serait intéressant d'y lancer un réseau de petites PME capables de produire rapidement des contenus vidéo pour les entreprises et les collectivités locales désireuses de réaliser leur propre Web TV. J'ai commencé en novembre 2007 en créant une équipe à Beauval (Somme), puis à Villiers-le-Bel (Val d'Oise) et Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et nous travaillons déjà avec L'Oréal, Panasonic, Nestlé, Peugeot, Lancôme, Orange. Je veux lancer prochainement des équipes à Lyon et Marseille. Nous aurons cinq équipes avant le 30 juin et une trentaine d'ici la fin de l'année.

 

Vous êtes un entrepreneur en série de Web TV. Pourquoi ce type les contenus vidéo vous attirent autant ?

En créant l'agence Z en 1980 avec Jean-Michel Buche, nous avons, sans le savoir, appliqué les méthodes du low cost à notre secteur d'activité. Nous pensions qu'il n'était pas nécessaire de dépenser beaucoup pour faire du bon travail. La base de ma réflexion sur les Web TV en général est justement qu'elles correspondent d'une certaine manière au low cost des télévisions traditionnelles : elles sont peu chère et extrêmement simple à produire. Avec cependant de nombreux avantages supplémentaires. Le premier, c'est qu'elle est comme le réseau qui la porte, c'est-à-dire mondiale. Les Web TV ne sont pas encore soumises à régulation contrairement à la télévision traditionnelle avec le CSA. Il est donc encore possible d'en faire ce que l'on veut, comme citer des marques. Il ne faut pas enfin oublier la force de l'image. Je reste convaincu qu'une image vaut mille mots.

 


 Parcours
Entré Chez DDB en 1971 comme assistant d'Alain de Pouzilhac (aujourd'hui président de France24), François de la Brosse fonde en 1980 l'agence Z avec Jean-Michel Buche, alors directeur de la création chez Publicis. Depuis, il continue de diriger l'agence Z en parallèle de ses autres activités : il devient en 2007 conseiller en communication du candidat Nicolas Sarkozy pour lequel il développe une Web TV, NSTV, puis celle de l'Elysée, PRTV. Il a fondé Citi TV en décembre 2007 et co-fondé LongeviTV en 2008 avec François Sarkozy. François de la Brosse est diplômé de l'Institut supérieur des sciences, techniques et économie commerciales (Istec).

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