Le procès Google-Viacom vire à la foire d'empoigne


Le moteur et le groupe audiovisuel, en conflit depuis 2007, détaillent leurs accusations à la justice US. Google accuse Viacom d'avoir orchestré sa plainte. Viacom accuse Google d'avoir sciemment bénéficié de contenus illégaux.

Google et Viacom sont à couteaux tirés. Les deux groupes, restés jusqu'à présents plutôt discrets sur leur différend judiciaire qui dure depuis trois ans, ont chacun déposé devant le tribunal de New York les documents censés soutenir leurs arguments. En attendant la décision de la justice américaine prévue pour le mois de juin, le moteur de recherche et le groupe audiovisuel s'accusent mutuellement de mauvaise foi et de manipulation.

Selon Viacom, Youtube aurait sciemment profité des contenus illégaux proposés sur son site. Le groupe cite par exemple un e-mail envoyé en juillet 2005 par l'un des co-fondateurs de Youtube, Steve Chen, reprochant à un autre co-fondateur, Jawed Karim, d'avoir uploadé des "vidéos volées" sur Youtube. "Nous allons avoir du mal à justifier que nous ne sommes pas responsables des contenus soumis au droit d'auteur publiés sur le site […] si l'un des co-fondateurs vole des contenus de manière flagrante sur d'autres sites" écrit-il. Google s'est défendu en affirmant que cet échange concernait des vidéos virales.

En retour, la plate-forme vidéo, qui se dit protégée par le Digital Millenium Act (qui lui assure le statut juridique d'hébergeur), accuse Viacom d'avoir savamment orchestré sa plainte. Selon Google, Viacom aurait embauché une vingtaine d'agences de marketing pour poster des vidéos promotionnelles de ses contenus, les obligeant à en dégrader la qualité pour les faire passer pour des vidéos illégales et allonger ainsi la liste des contenus piratés figurant dans sa plainte. Viacom reconnaît avoir uploadé "quelques centaines" de clips, sur quelque 160 000 vidéos appartenant au groupe et présentes sur Youtube.

Viacom, a par ailleurs révélé des échanges écrits entre les dirigeants de Google antérieurs au rachat de Youtube. Dans l'un d'eux, écrit six mois avant le rachat de Youtube, un responsable de Google Video exprime son scepticisme à l'idée de racheter la plate-forme vidéo, estimant que 80 % de ses contenus sont illégaux. De son côté, Google cite un e-mail interne de Viacom datant de 2006, dans lequel des dirigeants du groupe audiovisuel évoquent leur tentative de racheter Youtube avant le moteur de recherche.

Viacom, propriétaire du groupe de chaînes MTV et du studio de cinéma Paramount a porté plainte en mars 2007 contre la plate-forme vidéo de Google pour violation massive de droit d'auteur, affirmant que le business model de Youtube est basé sur le piratage. En demandant un milliard de dollars de dommages et intérêts à Google, Viacom est devenu un des symboles de la fronde anti-Google chez les ayants-droit (lire l'article Viacom porte-étendard de la fronde anti-Google, du 21/06/07).

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