Dirk Wisselmann (BMW) "BMW veut créer un standard du véhicule autonome, utilisable par d'autres constructeurs"

Rencontré au salon NAIAS de Détroit, le responsable autonomous driving et driver assistance du constructeur allemand explique sa stratégie pour la voiture sans chauffeur.

Dirk Wisselmann est le responsable autonomous driving et driver assistance de BMW. © BMW

JDN. Vous allez lancer cette année 40 véhicules autonomes sur les routes des Etats-Unis et d'Europe conçus avec Intel et Mobileye. Pourquoi ce partenariat ? Qu'en attendez-vous ?

Dirk Wisselmann. La complexité du véhicule autonome est énorme et il est indispensable de joindre nos forces pour être en avance sur la concurrence. C'est aussi moins coûteux. Mais surtout, cela n'a aucun sens que chaque entreprise développe de son côté sa propre technologie pour au final arriver au même résultat. Le but est de créer un standard non-exclusif qui pourra être réutilisé par d'autres constructeurs. Cela nous ouvre, par exemple, la possibilité de vendre notre technologie, ou tout du moins certaines briques.

Concrètement, des équipes d'Intel et de Mobileye travailleront avec nos équipes dans notre futur centre de recherches sur le véhicule autonome et les systèmes d'aide à la conduite à Munich, dont la construction débutera cette année. Nous sommes en train de recruter 500 ingénieurs informaticiens qui arriveront en renfort.

 

Est-ce un partenariat exclusif ?

Non, et nous en attendons d'autres. Nous travaillons avec Here (ex-Nokia Maps) et Mobileye sur la cartographie du véhicule autonome, par exemple. Cela nous permettra à terme d'utiliser les données récoltées par tous nos véhicules en circulation pour créer la carte détaillée et en temps réel dont a besoin la voiture sans chauffeur pour se déplacer. Mais il reste encore beaucoup de questions liées aux données personnelles auxquelles nous devons répondre avant de pouvoir le faire.

 

Volvo va mettre dès cette année 100 véhicules autonomes dans les mains de familles lambda en Suède. Allez-vous faire de même ?

Non et je ne pense qu'il y ait vraiment de différence par rapport à nos tests avec des ingénieurs au volant. Il faudrait aussi voir quel est le niveau d'autonomie de ces voitures. Ce qui est important pour nous, c'est que la voiture soit sûre à 100%. Beaucoup de gens qui envisageaient d'acheter le Galaxy Note 7 ont été échaudés lorsqu'ils ont appris qu'il y avait un risque d'explosion de l'appareil à cause de batteries défectueuses. Et certains hésiteront aussi à acheter un smartphone Samsung dans le futur. Il en sera de même si l'un de nos véhicules a un accident avec un client à bord. Nous n'avons pas le droit à l'erreur.

 

BMW s'était fixé 2021 comme horizon pour commercialiser sa première voiture autonome, l'iNEXT. Fort de ces nouveaux partenaires, pourriez-vous aller plus vite ?

Nous avons prévu de présenter dans quatre ans un modèle autonome de niveau 3, c'est-à-dire que le conducteur pourra déléguer une partie de sa conduite et abaisser son niveau de vigilance pour vaquer à d'autres occupations de courte durée. Il sera néanmoins toujours responsable de la conduite de la voiture.

"Nous voulons nous focaliser sur les véhicules business et pour les longs voyages"

La technologie est prête pour les niveaux supérieurs et la délégation totale de la conduite. Mais il y a un certain nombre de points que nous souhaitons améliorer et sur lesquels nous souhaitons nous différencier. Nous travaillons particulièrement sur les interactions entre le véhicule et son conducteur, qui deviendra passager. Il est très important que le véhicule sache détecter à quel moment il devra rendre le volant à l'utilisateur, de le prévenir à temps et que cela se fasse en toute sécurité.

Nous sommes aussi en train de définir le positionnement que nous souhaitons avoir sur ce marché. Tout ce que nous pouvons dire pour l'instant c'est que nous voulons nous focaliser sur les véhicules business et pour les longs voyages.

 

Ce genre d'alliance est-il un moyen de prendre de l'avance sur les géants de la tech comme Apple ou Google ? Comment comptez-vous vous différencier ?

Notre compétence fondamentale, c'est l'intégration d'autres technologies. Nous sommes confiants sur le fait que nous ferons partie des leaders du marché grâce à cela. Prenons le cas des conducteurs de taxi : il y en a qui conduisent bien et d'autres qui conduisent moins bien. Cela joue fortement sur l'expérience client. Il en sera de même pour le véhicule autonome : certains auront une conduite brusque, par exemple, et d'autres rouleront de manière plus douce. C'est un facteur de valeur ajoutée sur lequel nous souhaitons travailler.

 

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