François Samuelson, l'homme qui murmure à l'oreille des artistes

François Samuelson, l'homme qui murmure à l'oreille des artistes Juliette Binoche, Michaël Haneke ou encore Michel Houellebecq. Autant de grands noms qui ont placé leur carrière entre les mains de cet agent, l'un des plus importants de France.

Qui a oublié Juliette Binoche, incrédule, bondissant de son siège au Shrine Auditorium de Los Angeles ? En 1997, l'actrice française rafle l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour "Le patient anglais". Dans sa robe fourreau, elle éclipse ceux qui l'entourent. Y compris son voisin de gauche. Pas peu fier, smoking et nœud papillon pour l'occasion, l'homme exulte. C'est François Samuelson, son agent.

Emmanuel Carrère : "les producteurs savent que François est dur en affaires et qu'il ne lâche rien"

Quinze ans plus tard, cette cérémonie reste, avec le Goncourt de Michel Houellebecq et les deux Palmes d'or de Michaël Haneke -dont une pour "Amour", actuellement à l'affiche- l'un des souvenirs les plus forts de sa carrière. Et sa rencontre avec Binoche une des plus déterminantes. "Je la représente depuis plus de 20 ans. Mais à l'origine, ce ne devait être qu'une collaboration d'un an. Elle avait entendu parler de moi à Los Angeles et elle voulait travailler aux Etats-Unis", se souvient le tout juste sexagénaire, assis à son bureau, dans les locaux parisiens d'Intertalent, son agence.

Car c'est outre-Atlantique que François Samuelson a fait, un peu par hasard, ses premiers pas en tant qu'agent. Avant de croiser en 1981 celui de Truman Capote, qu'il voulait interviewer, il ignorait tout de ce métier. Alan Schwartz, qui représente l'auteur américain, l'initiera à la profession.

En 1983, alors qu'il vit à New York depuis deux ans, il fonde sa première agence, le Bureau Français du Livre. "Je représentais des écrivains français dans un pays où les gens lisent peu, et encore moins de la littérature de qualité", raconte celui qui, à l'époque, est frappé par l'absence d'œuvres françaises éditées en anglais dans les librairies américaines. C'est là qu'il relance la carrière de Georges Perec, l'une de ses plus grandes fiertés. "C'était un auteur en panne. J'ai conseillé son livre, "La vie mode d'emploi", à un éditeur de Boston et ça a été un succès monstrueux. Son œuvre a même gagné en notoriété en Angleterre, là où il est traditionnellement plus difficile pour un écrivain de se faire connaître qu'aux Etats-Unis, où les gens sont plus curieux de lire des écrivains français."

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François Samuelson. © Intertalent

Quatre ans plus tard, François Samuelson quitte les Etats-Unis. Ce n'est pas là qu'il souhaite voir grandir son fils. "De retour à Paris, la seule chose que je savais faire, c'était agent littéraire." Ironie du sort pour celui qui n'a pas eu son bac et a travaillé comme manutentionnaire à Orly. "Avant d'entrer ensuite à l'université libre de Vincennes, où j'ai obtenu une licence de géographie puis une maîtrise d'histoire."

Dès lors qu'il est passionné, François Samuelson réussit ce qu'il entreprend. Et la littérature le passionne. Mais l'accueil des éditeurs français n'était pas des plus chaleureux. "Pour eux, les écrivains n'avaient pas besoin d'agent. Pas étonnant, vu la manière dont certains se comportent avec les auteurs", explique-il, un soupçon d'amertume dans la voix. François Samuelson frappe alors à la porte de Jean-Louis Livi, le précédent directeur d'Artmedia, aujourd'hui l'un de ses plus gros concurrents. Il l'embauche sans sourciller. Non pas en tant qu'agent littéraire mais comme agent artistique. C'est donc, une fois encore, par hasard qu'il commence à travailler avec des comédiens.

Aujourd'hui, François Samuelson ne regrette pas d'avoir bifurqué. Il tire même une certaine fierté de cette double casquette, qu'il est seul à porter dans l'Hexagone. Mais cela requiert une bonne dose d'adaptabilité. "En fonction de leur profession, les relations qu'on entretient avec les clients ne sont pas les mêmes", confie celui pour qui l'agent est le "compagnon de route" des talents qu'il représente.

C'est lui qui relance la carrière de Georges Perec dans les années 1980.

Et pour jouer au mieux ce rôle, certains défauts sont rédhibitoires, comme l'impatience. Il se souvient en avoir fait preuve à l'égard de Jeanne Moreau. "C'est une grande actrice. Elle a donc des aspirations importantes, qui sont d'ailleurs tout à fait légitimes. Mais quand ces aspirations ne se réalisent pas, certains acteurs ont tendance à reporter la faute sur les agents. Lors d'une soirée organisée à Marrakech par Daniel Toscan du Plantier, Jeanne et moi devions aller saluer le roi. Je m'étais absenté quelques minutes. Jeanne m'a appelé plusieurs fois sur mon portable. Elle m'a tapé sur les nerfs et je le lui ai fait savoir. Inutile de vous dire que nous sommes restés bons amis plutôt que mauvais partenaires !"

C'est palpable, cet homme à la carrure imposante possède également un caractère bien trempé. Ce n'est pas Emmanuel Carrère, son client et ami, qui démentira. "François a la réputation d'être quelqu'un d'assez brutal dans le sens où il n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat, confie l'écrivain français. Les producteurs savent qu'il est dur en affaires et qu'il ne lâche rien. Mais ils savent aussi qu'il n'y a jamais de coup bas avec lui."

Même son de cloche chez son principal concurrent, Bertrand de Labbey, à la tête d'Artmedia. "De temps en temps, il peut se montrer impulsif, colérique, se braquer et donc braquer ses interlocuteurs. Mais avec le temps et l'âge, il a su canaliser ces excès de caractère." François Samuelson, un homme craint, mais respecté. "J'entretiens d'excellentes relations avec lui, poursuit Bertrand de Labbey. François a su révéler des gens d'une grande qualité au cinéma français."

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