Offres et process internes optimisés, Total est transformé par l'IoT

Offres et process internes optimisés, Total est transformé par l'IoT Programme d'excubation concours internes, incubateur... Le géant tricolore des hydrocarbures a développé une boite à outils complète pour digitaliser sa production.

Total surveille ses plateformes de forage et d'extraction de pétrole comme de lait sur le feu avec des objets connectés depuis belle lurette. "Mais ces capteurs étaient filaires. L'émergence du sans fil et des réseaux IoT qui transportent les données collectées par ces appareils pour des coûts très faibles ouvrent tout un champ de nouvelles opportunités pour un groupe comme Total. La valorisation des données prises par ces capteurs est un des piliers de la transformation digitale de nos industries", se félicite Juliette de Maupeou, digital officer industrie du géant tricolore des hydrocarbures. Le CDO de l'entreprise, Gilles Cochevelou, pour lequel ce poste a été créé en septembre 2015, a développé avec ses équipes une stratégie basée sur deux axes principaux : le développement de nouveaux services clients et la transformation des process internes.

Depuis un an, Total pose des capteurs dans certaines de ses cuves de lubrifiant industriel pour surveiller à distance leur niveau de remplissage 

Pour réaliser son premier objectif, la multinationale a commencé par s'attaquer à sa clientèle professionnelle. Sa filiale Total lubrifiants propose aux industriels des produits permettant de graisser les rouages de leurs machines. Dans les cuves de lubrifiant industriel que ses clients lui achètent, Total propose de mettre des capteurs permettant de surveiller à distance le niveau de remplissage du bidon et le cas échéant d'envoyer une alerte à un opérateur pour le remplir. Cette offre baptisée IRIS (pour indicateur de remplissage idéal pour vos stocks) a été lancée il y a un an.

Une autre catégorie de clients de la société, essentiellement des mines installées sur le continent africain, cherchent des offres énergétiques globales faciles à piloter pour alimenter leurs installations. Ces compagnies veulent combiner sur un seul site le gaz, le pétrole, l'électricité et le solaire (selon Total, sa filiale SunPower serait le troisième plus gros groupe mondial du secteur en termes de chiffre d'affaires) pour minimiser leurs coûts. La firme française place des capteurs/actionneurs sur les infrastructures minières afin de permettre à ces entreprises de décider à distance de la source d'énergie qui les alimente et de réaliser des économies. "Cette idée a été portée en interne par un salarié qui a participé à notre programme 'Usine à start-up'. Dans ce cadre, le projet a été accéléré pour être excubé. La jeune pousse Optimines, créée l'année dernière, a mené deux projets pilotes, dont l'un a déjà débouché sur une relation commerciale".

"Nous avons mis en place un challenge interne de data science auquel 250 salariés ont participé"

Pour ce qui est de ses process internes, Total a commencé par utiliser l'IoT pour optimiser sa supply chain. Certaines cuves de stockage des produits pétroliers du groupe commencent à être équipées de capteurs de pression qui permettent de connaître leur niveau de remplissage et donc de savoir quand il est nécessaire de les remplir. "Cela nous permet par ailleurs de ne pas envoyer un opérateur sur place pour opérer les vérifications lorsque ce n'est pas nécessaire et donc de réaliser des économies de temps", explique Juliette de Maupeou. "Nos camions de transport commencent également à être équipés depuis un an de bouchons connectés pour éviter les vols", poursuit-elle.

Le groupe a aussi réalisé des investissements importants pour apprendre à mettre en valeur les données brutes qu'il collecte, à les nettoyer et à les traiter pour en faire des outils d'aide à la décision destinés aux managers. Aujourd'hui, Total a construit une équipe de 20 data scientist. "Nous avons également mis en place un challenge interne de data science, auquel 250 salariés ont participé. Ils ont travaillé sur trois jeux de données pour la première épreuve qui a duré trois mois. Les dix candidats sélectionnés se sont ensuite affrontés sur une quatrième épreuve qui n'a duré que trois heures", détaille le CDO Gilles Cochevelou.

Les start-up IoTum et DC Brain, sélectionnées par l'incubateur Usine 4.0 de Total en juin 2016, sont spécialisées dans l'IoT

Comme le programme d'excubation de projets l'Usine à start-up, ce concours fait partie de la boite à outil pour l'innovation dont s'est doté le groupe au fil des années. Un assortiment de dispositifs auquel vient s'ajouter l'incubateur Usine 4.0 de Total, qui a sélectionné sa première fournée de start-up en juin 2016. La société a repéré neuf jeunes pousses dont plusieurs font partie du monde des objets connectés BtoB. La start-up américano-indienne IoTum a par exemple développé un réseau IoT dédié au monde industriel, permettant de faire circuler des données parfois sensibles en toute sécurité. Fondée en 2014, la parisienne DC Brain a quant à elle créé une solution de traitement et de valorisation des data collectées sur les réseaux d'électricité, de gaz, ou encore d'eau par des capteurs. Ces entreprises incubées pendant six mois par la firme peuvent travailler directement avec les branches métiers du géant des hydrocarbures pour tester leurs dispositifs à grande échelle. Un avantage pour elles, mais aussi pour le groupe, qui teste ainsi des solutions IoT innovantes en avant-première.

Total a également créé en 2008 un bras armé pour prendre des participations dans des start-up. Cette division, baptisée Total Energy Ventures, a investi 150 millions de dollars entre 2009 et 2016 dans 26 sociétés. Si son objectif principal, comme toute structure de capital risque, reste de réaliser des investissements profitables dans des jeunes pousses, il est tout de même intéressant de noter qu'elle a misé sur l'Internet des objets. En 2016, elle a par exemple pris des parts de la pépite tricolore des réseaux IoT Sigfox.

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