Journal du Net > Economie  Untitled Document > Qui se cache derrière les marques de distributeurs

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Fabian Bergès-Sennou, chargé de recherche en économie à l'INRA.
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"La principale motivation des marques nationales reste l'utilisation à plein de leurs capacités de production"

Fabian Bergès-Sennou est chargé de recherche en économie à l'INRA et à l'université de Toulouse. Il mène de nombreuses recherches sur les marques de distributeurs (MDD).

Pourquoi des marques nationales produisent-elles des MDD qui pourraient leur faire du tort ?
Certaines marques nationales préfèrent produire des MDD que de laisser inoccupés un créneau. Elles se disent : "autant que ce soit nous". C'est le cas de Lactalis, qui consacre le cœur des meules à ses fromages et le reste au fromage râpé des MDD. Mais la principale motivation des marques nationales reste l'utilisation à plein de leurs capacités de production, avec des chaînes qui ne tourneraient pas sans les MDD. Enfin, les marques nationales qui ne produisent pas de MDD sont généralement celles qui, comme Nutella ou Coca Cola, savent qu'aucune MDD ne leur fera jamais d'ombre quelque soit l'entreprise qui la produise.

Quels sont les créneaux qui profitent le plus au MDD ? Quelles sont les MDD leaders ?
Dans les surgelés, la charcuterie en libre service et les produits d'entretiens, les MDD ont réalisé une grosse pénétration. En revanche, tout ce qui est hygiène, beauté, produits pour bébés, soit tout ce qui présente un risque possible pour la santé, ne leur sont pas propices. Les MDD leaders sont celles de Casino et Intermarché, qui ont toutes deux démarré très tôt leur communication sur ces produits. Carrefour s'est également lancé tôt dans les MDD mais a limité leur développement.

Pour les distributeurs, quels sont les intérêts des MDD ? Sont-elles rentables ?
Les MDD ont permis de changer la donne des négociations tarifaires, le rapport de force s'est inversé en faveur des distributeurs. De plus, les MDD ont permis aux enseignes de capitaliser sur leur marque et donc de la renforcer. Autre atout, les MDD jouent un rôle de fidélisation auprès du client. Est-ce que les MDD sont rentables ? Les distributeurs l'affirment. Elles sont, en tous cas, appelées à se développer, puisque leurs parts de marché augmentent chaque année de 2 à 3%.

Quelles sont les grandes étapes de MDD en France ?
On distingue quatre types de MDD, apparus au fil du temps. Le début des MDD remonte à l'apparition des "produits libres" de Carrefour en 1976. Dans notre jargon, on les appelle "MDD premiers prix". Elles permettaient aux distributeurs de capter une clientèle qui n'était pas prête à dépenser plus pour le même produit. Des produits pour lesquels le distributeur ne parvenait pas à négocier des prix réduits avec le producteur.
Ensuite viendront les "MDD standard", qui occupent les même segments de marché que les marques nationales, des "me too", dont le but était de concurrencer les marques nationales, de leur prendre des parts de marché. Les MDD se sont donc développées sur des produits où aucune marque n'était hégémonique, comme les yaourts ou les biscuits.
Ensuite, à la fin des années 90, sont apparues les "MDD haut de gamme", comme Reflets de France de Carrefour et Nos régions ont du talent de Leclerc. Elles se sont installées sur des créneaux où aucune grande marque n'existait.
Enfin, la lutte contre les discounts a conduit à la création d'une nouvelle classe de MDD, qui se situe entre les "MDD premiers prix" et les "MDD standard"
Dans l'avenir, on voit un autre mouvement se dessiner. La grande distribution essaye de favoriser l'innovation et se lance dans les viandes et légumes en surfant sur la vague de la traçabilité. Exemple avec Auchan et "Engagement dès l'origine" ou Carrefour avec "Les filières qualité". Une fois de plus, aucune grande marque ne s'est pour l'instant imposée sur le créneau.

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