Oubliez le développement durable, pensez en termes de "croissance verte" !

Le concept de croissance verte, plus concret que la notion de développement durable, a été popularisé en 2009 par l’OCDE et sera au cœur des débats lors de la Conférence Rio+20 organisée par l'ONU en juin 2012. Sera-ce suffisant pour être une priorité politique effective ?

La croissance verte est une trajectoire de développement économique compatible avec la protection de l’environnement à long terme, consistant à utiliser les ressources naturelles dans la limite de leur capacité de charge, tout en assurant un niveau de vie acceptable et en faisant reculer la pauvreté dans tous les pays. C’est peut-être un peu plus concret que la notion de développement durable ? Mais a-t-on vraiment obtenu des avancées sur la voie à suivre pour engager le changement au sein de nos sociétés ?
La croissance verte suscite beaucoup d’attentes de la part des autorités politiques qui la perçoivent comme une réponse à une double crise économique et environnementale.
L’idée n’est pas nouvelle. Au contraire, on a même acquis une certaine expérience dont on peut tirer des enseignements: rôle des pouvoirs publics, alliance multipartite, système d’information, mécanismes économiques. Aujourd’hui, le besoin de changer de mode de croissance s’impose avec d’autant plus d’acuité que l’intensité de la crise ne permet plus le déni et a préparé les esprits à des changements structurels (notamment en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique et l’adaptation à ses conséquences).
Pour l’Europe, c’est une occasion à ne pas rater de regagner du terrain sur le plan de la compétitivité, tandis qu’il faut bien reconnaitre que ni la législation ni les instruments économiques, aussi sophistiqués qu’ils puissent être,  ne parviendront à modifier les modes de production et de consommation tant que des alternatives crédibles n’auront pas été élaborées et acceptées par toutes les parties.
L’innovation s’impose de toute évidence comme un élément constitutif de cette démarche. Mais il ne s’agit plus uniquement de résoudre des défis technologiques via des programmes classiques de recherche scientifique (i.e. les récents épisodes de sécheresse en Europe suscitent de nombreuses recherches touchant aux techniques d’irrigation et de recyclage des eaux usées traitées) mais bien davantage de se mettre à l’écoute des utilisateurs et leurs besoins via un processus d’innovation ouverte prenant naissance à partir des réalités de terrain (i.e. l’organisation de services de mobilité en milieu urbain). De manière schématique, le tableau ci-dessous compare les deux démarches :





On peut se demander s’il existe des spécificités propres aux enjeux environnementaux qui s’imposent au niveau de ces deux démarches d’innovation.
D’un côté, l’innovation classique débouche sur des produits plus respectueux de l’environnement que ce soit au niveau de la fabrication, de l’utilisation ou du traitement en fin de vie mais l’objectif de croissance verte n’affecte guère le processus d’innovation car la fonction demeure la même. La contrainte environnementale s’ajoute alors aux autres contraintes déjà intégrées au niveau du cahier de charge. Quant aux difficultés inhérentes à l’analyse du cycle de vie (i.e. limites du système, masse de données, etc.), elles pèsent davantage sur la stratégie que sur le processus d’innovation lui-même.

D’un autre coté, le concept d’innovation ouverte est beaucoup plus récent. Il tire pleinement parti des possibilités offertes par le développement des technologies de l’information et fait l’objet de nombreuses initiatives telles que les « living labs » au niveau européen.
Étant donné la nécessité d’une gestion multifonctionnelle du patrimoine environnemental et la prédominance des défis organisationnels (i.e. la valorisation des services rendus par les écosystèmes dans le cadre d’une politique de développement rural), cette démarche ouvre des perspectives très prometteuses. Certains font d’ailleurs l’analogie avec le fonctionnement d’un écosystème. Ce type d’innovation est certainement capable de modifier la nature des relations entre les acteurs (i.e. un client participant à un système de reprise du produit en fin de vie devient à son tour fournisseur) et la répartition de la valeur créée par l’économie (i.e. l’emploi de produits chimiques dangereux pourrait faire l’objet de partenariats inédits entre l’inventeur, le producteur et l’utilisateur et, ainsi, réduire les coûts supportés par l’ensemble de la société du fait de ces pollutions diffuses). Au final, le concept semble être en mesure de promouvoir une intégration plus poussée des considérations environnementales dans la gestion de nos sociétés, ce qui s’est avéré jusqu’à présent être un des principaux obstacles au changement.
Pour les responsables de la veille, l’innovation ouverte accroit considérablement les exigences à satisfaire car le processus engendre de nombreuses communautés qu’il faut à la fois pouvoir suivre et alimenter avec une information de qualité pour que le réseau fonctionne.
L’étendue et la diversité des domaines à couvrir posent également problème. Il est difficile de faire intervenir des experts pour chaque point, surtout s’ils appartiennent à des organisations différentes. Pour évaluer les résultats de la veille, il faudra travailler sur base de liens heuristiques entre les différents éléments du système compte tenu des hypothèses sélectionnées et des comportements observés.
Mettre au point ces heuristiques est un art délicat, surtout lorsqu’il s’agit d’interpréter les besoins des utilisateurs. De la qualité de ces liens dépend la congruence de la stratégie d’innovation, ce qui est déjà en soit un gage appréciable de succès.

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