Innover pour gagner la bataille de l'emploi des jeunes

Les emplois d'avenir vont être mis en place pour répondre à une urgence sociale et économique. Inspirés d'un dispositif dont les performances font l'objet de controverses, ils manquent de consistance pour servir la compétitivité de notre pays sur le long terme.

Un service national civique pourrait être une réponse mieux adaptée aux maux dont souffrent la société française. Encore faut-il qu'il soit conçu pour répondre aux besoins des jeunes eux-mêmes.
Quelques pistes sont proposées dans cette chronique.
Elles reposent sur les dimensions suivantes:
- sensibilisation aux valeurs de la république et à la réalité du monde économique
- diagnostic sur les capacités des jeunes et orientation
- formation
- mise en pratique des acquis au service du tissu économique
- intégration

Les emplois d'avenir devraient coûter 1,5 milliards d'euros par an pour toucher entre 100 000 et 150 000 jeunes, a priori sans formation. Il n'est pas sûr qu'ils satisfassent le "désir d'avenir" des jeunes concernés et répondent aux challenges auxquels est confronté la société française. Pour certains observateurs de la vie politique, ils apparaissent comme issus d'un manque d'ambition et d'imagination de ceux qui en sont les instigateurs. Ils ont l'avantage, pour d'autres, de répondre à une situation d'urgence.
Comment concevoir un système mieux à même d'aguerrir la jeunesse française à l'état de guerre économique dans lequel nous nous trouvons ?
La réponse qui vient tout de suite à l'esprit est le service national civique. L'idée n'est pas nouvelle. Avant et après la fin du service militaire obligatoire, il était apparu dans la réflexion de certains cercles de pouvoir.  Ainsi, Annie Crépin, maître de conférence en histoire contemporaine pour l'université d'Artois, avait mené pour le Think Tank "Terra Nova" une réflexion sur l'intérêt d'un tel dispositif pour garder certains avantages que représentait le service militaire obligatoire: à savoir cohésion et intégration sociale.
Il existe quelques estimations faites sur le coût d'un tel dispositif. Il est clair que faute de bien en cerner les tenants et les aboutissants ces estimations sont risquées. L’amiral Béreau, ancien inspecteur général des armées et membre du Conseil d'Analyse de la Société, a évalué le coût d'un service national civique à 10 000 euros par an et par jeune.

Au-delà du coût direct, comment pourrait fonctionner ce service civique national ?
Tout d'abord, il devrait toucher tous les jeunes majeurs, hommes et femmes, ayant fini leur cursus initial de formation.
Ensuite, il pourrait être structuré de la manière suivante.
1/ Une phase préparatoire d'une à 3 journées: cette phase aurait différentes fonctions. Elle servirait d'abord  à sensibiliser les jeunes aux valeurs de la République et aux enjeux de la guerre économique. Elle serait également l'occasion de réaliser une série d'évaluations médico-psychotechniques des jeunes d'une même classe d'âge. En termes de santé, elle permettrait ainsi d'aider certains jeunes à obtenir un bilan de santé gratuit à une époque où l'accès aux soins devient plus difficile pour les franges de la population les plus fragiles socialement. En termes d'aptitudes psychotechniques, au-delà de l'orientation des uns et des autres, elle permettrait d'identifier les jeunes qui, bien qu'en situation d'échec scolaire, ont un grand potentiel qui ne demande qu'à s'exprimer dans un cadre mieux adapté.
2/ Une phase de formation ou d'acquisition d'expérience: le principe pourrait en être le suivant. Les jeunes ayant bénéficié de formations professionnelles robustes ou issus de grandes écoles auraient un double rôle: 
          - celui de former les jeunes qui ne sont pas sortis du système éducatif avec un cursus  
          leur permettant de s'intégrer facilement dans le tissu économique,     
          - celui d'initialiser dans un environnement protégé un projet professionnel personnel 
          (création d'entreprise, projet au service d'une association, d'une collectivité, d'une 
          entreprise...) à un coût maîtrisé.
Les jeunes en difficulté auraient quant à eux, la chance de suivre une formation qualifiante conçue en fonction des résultats des tests d'orientation et de la mettre en pratique au travers d'un projet d'intégration dans le tissu social.
L'intérêt d'une telle phase réside dans le fait qu'elle est le terreau de la cohésion sociale en stimulant les échanges entre jeunes issus de différents milieux sociaux, d'une part, et, entre les jeunes et  les acteurs de la vie économique (notamment les entreprises), d'autre part.
3/ Une phase d'intégration: elle serait l'aboutissement de l'engagement des jeunes dans les projets initialisés lors de la phase 2. Pour éviter l'effet d'aubaine, les acteurs économiques, puisant à des conditions avantageuses dans ce vivier de compétences,  auraient l'obligation d'engager régulièrement de manière satisfaisante un quota de  jeunes qu'ils auraient mobilisés sur des projets propres. Cette phase serait l'occasion de rendre plus visible l'engagement et l'utilité sociale des acteurs économiques, en particulier les entreprises. 

Finalement ce service national civique donnerait toutes les chances aux uns et aux autres de s'insérer harmonieusement dans le tissu économique et social de la société française. C'est là que nous la voyons comme une innovation sociale majeure.
Au-delà,  ce dispositif pourrait se révéler être une arme redoutable au service de la compétitivité de notre pays.

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