C'est l'économie et non l'Irak qui désignera le prochain président des Etats-Unis

Le 6 novembre 2012, les Américains voteront pour élire leur président. Éric Benhamou, ancien PDG de 3Com et président de l’American Friends of Arts et Métiers(Afam), qui vit depuis 37 ans aux États-Unis revient sur les enjeux économiques de ce scrutin.

La phase finale des élections présidentielles américaines est maintenant entamée. Chacun des deux grands partis a choisi son candidat. Les démocrates n’avaient guère le choix. Le président sortant, malgré un mandat peu convaincant à mon sens, n’est pas prêt à passer la main. Pour les Républicains, il a fallu une lutte acharnée de près d’un an pour que Mitt Romney se détache du peloton, au terme d’une interminable série de débats télévisés parfois comiques et souvent artificiels.

L’issue de cette bataille, qui occupe l’attention de l’électorat américain pendant environ un an et demi tous les quatre ans, et mobilise des sommes d’argent qui laissent rêveur, est encore très incertaine. On ne voit presque jamais un président sortant se faire battre. Depuis 37 ans que je vis aux États-Unis, je me souviens seulement de la défaite de Jimmy Carter, le marchand de cacahouètes, face à Ronald Reagan, l’acteur de séries B.
Et pourtant, l’improbable pourrait se réaliser de nouveau.

Le président sortant fragilisé

Barack Obama a été élu notamment sur le rejet des années Bush et de la guerre en Irak. Il inspirait également une ferveur messianique qui n’est pas sans rappeler John Fitzgerald Kennedy. Arrivé à la Maison Blanche, il se trouve confronté à une crise économique mondiale d’une ampleur sans précédent depuis la Grande Dépression de 1929. Économiquement mal préparé par son parcours de juriste et d’universitaire, il fait le pari keynésien d’un stimulus massif. Barack Obama agit selon ses convictions personnelles et impose une intervention gouvernementale énergique.
Il encourage de nouvelles règlementations très onéreuses, il renfloue des entreprises destinées à la faillite telles que les grandes banques et General Motors, et attise la rancune populaire vis-à-vis des riches, des banquiers, et des chefs d’entreprise. Il utilise son capital politique pour faire passer une réforme controversée et coûteuse de la sécurité sociale. Mais devant l’opposition croissante du Congrès américain, il doit s’abstenir de tenter une levée d’impôts supplémentaire.

Car l’économie répond mal. Les entreprises, face aux incertitudes des règlementations et du régime fiscal, à la montée vertigineuse du déficit budgétaire, et l’hostilité manifeste du gouvernement Obama aux principes capitalistes, préfèrent accumuler les bénéfices plutôt que de les réinvestir dans de nouveaux emplois. Le taux de chômage monte à des niveaux qui rappellent les romans de John Steinbeck.
La croissance finit par revenir, mais elle est titubante, anémique, et menace à chaque moment de se transformer en nouvelle récession. C'est pourquoi à quelques semaines du vote final, la réélection de Barack Obama est clairement en question.
La vision présentée par Mitt Romney diffère totalement de celle du président sortant. Le candidat républicain est un pur produit du monde des affaires. Il comprend de manière viscérale les chefs d’entreprise. Lui-même est un entrepreneur de talent (fondateur et ancien patron de Bain Capital), manager qui a fait ses preuves. En 1992, il sauve du désastre les Jeux olympiques de Salt Lake City. Il devient également gouverneur du Massachusetts et monte en grade dans la classe politique américaine.
Il veut résorber le déficit, non pas en levant des impôts supplémentaires, mais en coupant les gaspillages de l’État. Il veut simplifier les règlementations et le code fiscal des particuliers et des entreprises. Il veut restaurer une discipline monétaire et fiscale saine. Seul problème : il n’est pas le président sortant. Il n’en a pas les talents oratoires ni l’assurance, et il est trop facile à caricaturer et assimiler à la classe des nantis.
La course est donc serrée. Il ne s’agit plus de guerre d’Irak ni de terrorisme. C’est l’économie qui va cette fois départager les candidats. Si le chômage se résorbe avant le 4 novembre, Barack Obama l’emportera. Si toutefois la croissance trébuche une fois de plus, en réaction aux troubles de l’Union européenne, de la décélération chinoise ou des menaces nucléaires iraniennes, l’électorat américain pourrait bien choisir l’alternance.
Réponse le 6 novembre 2012.

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