L’eau, prochain chantier du redressement productif… et écologique ?

Les infrastructures françaises d’eau potable réclament des efforts de rénovation considérables. Mais l’État semble à court de ressources pour réaliser les investissements nécessaires. Au-delà des enjeux de santé publique, ces chantiers sont une opportunité de croissance exceptionnelle.

Les infrastructures liées à l’eau sont en mal flagrant d’investissement en France. Vieillissantes et de moins en moins adaptées à l’évolution des considérations climatiques et sanitaires, il apparaît aujourd’hui utile de procéder à une révision de grande envergure des installations du territoire. Un tel chantier serait d’ailleurs porteur d’importantes créations d’emplois. Une occasion que certains qualifieront volontiers d’opportunité de redressement productif, mais dont la réalisation pose la question des financements. 

Les infrastructures françaises sont vétustes 

Enfoui sous terre, le réseau hydrique français ne donne pas sa décrépitude en spectacle. Les pouvoirs publics s’en inquiètent encore peu, et pourtant la qualité des infrastructures françaises consacrées à l’eau se dégrade naturellement du fait de l’usure pour atteindre aujourd’hui un niveau de vétusté préoccupant. « Nous assistons à une dégradation sensible de l’ensemble du patrimoine qui permet d’accéder à l’eau potable ou à épurer nos eaux usées », explique ainsi le Président du Comité National de l’eau André Flajolet à la Revue l’Eau, l’Industrie, les Nuisances.
À partir du XIXe siècle, les gouvernements successifs ont innervé la France de quelque 900 000 km de canalisation. Au rythme des investissements actuels, seulement 5 041 km de ces tuyaux sont rénovés chaque année. En d’autres termes, il faudrait deux siècles pour rénover complètement les canalisations françaises. Le vieillissement des installations à des conséquences directes sur le service rendu aux usagers. Ainsi d’après les
chiffres de l’Association Scientifique et Technique pour l’Eau et l’Environnement (ASTEE), 20 % de l’eau prélevée en milieu naturel s’est perdue dans les canalisations en France en 1998. Ce chiffre est monté à 23 % en 2001 avant de redescendre à 19 % en 2004. 

Le réseau hydrique français accuse un vieillissement inquiétant et c’est en moyenne un litre sur cinq qui ne parvient pas jusqu’à l’usager final. Ce constat soulève de nombreuses questions. La première qui s’impose à l’esprit est évidemment celle de la pérennité de l’accès de l’eau potable pour tous en France. La seconde s’exprime en des termes environnementaux, car on ne saurait encourager le gaspillage d’une ressource aussi rare que précieuse faute d’infrastructures de qualité suffisante, dans un pays pourtant qualifié de développé. Il y a là autant de raisons venant conforter un besoin d’investissement utile et des perspectives d’emploi pour la filière de l’eau. Mais à quel prix ? 

De grands travaux en période de crise : est-ce encore possible ? 

Du temps de Roosevelt et du New Deal, le simple constat d’un besoin d’infrastructure aurait déclenché une politique de grands travaux susceptibles de créer l’évènement dans n’importe quel pays capitaliste : tous se réjouiraient alors des promesses industrielles portées par ce type de projet d’investissement public. Dans le cas de l’eau, le soutien de l’État à la création de procédures de détection des fuites et à la mise à niveau des standards de distribution de l’eau produirait le même effet. Prenons l’exemple simple des compteurs d’eau. En France où les habitats collectifs ne sont dotés que d’un seul compteur, le décideur public pourrait aisément favoriser l’équipement de chaque foyer avec un compteur individuel. Chaque ménage aurait enfin le contrôle sur sa propre consommation d’eau, pourrait donc l’optimiser et en finir avec un mode de gestion incitant à la négligence et au gaspillage. Et en promouvant une telle efficacité dans la gestion et la consommation de l’eau, l’on ouvrirait au passage des marchés considérables à des fabricants français de compteurs.

Il ne fait aucun doute que le renouvellement des infrastructures de l’eau en France créerait des milliers d’emplois et permettrait de vitaliser l’ensemble d’une filière industrielle, dont certains acteurs disposent d’un ancrage bien réel en France. Mais en 2013, amorcer un tel processus n’a rien de simple. Car la volonté gouvernementale ne suffit plus désormais à lancer un pays dans de tels projets. En France où le déficit public a atteint les 98,2 milliards d’euros en 2012, décider des investissements d’envergure est difficile et ce d’autant plus quand la maîtrise des coûts est difficile. Or en février 2013, la Cour des comptes rendait ses conclusions concernant l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), l’établissement public de référence pour la politique de l’eau. La Cour pointait alors un organisme au « budget mal maîtrisé et sans procédures formalisées d’engagement de la dépense » et au sein duquel « les carences de l’archivage des dossiers de marchés ne permettent pas un bon suivi ». 

Il apparaît bien difficile pour les pouvoirs publics d’engager des sommes importantes à cet effet faute de pouvoir contrôler l’efficacité de leur utilisation. Comment, en effet, le gouvernement pourrait-il, par temps de crise, confier un projet si vital à l’Onema sans avoir l’assurance d’en maîtriser les coûts ? Alors que l’on ne manque d’aucune raison de souhaiter la rénovation des infrastructures hydriques françaises, la politique de l’eau en France semble ainsi au point mort, à court de moyens financiers et privée d’une gestion efficace. De grands travaux s’imposent sur l’ensemble du réseau et il faudrait peu de choses pour transformer ce risque en opportunité de redressement productif.
Dans un contexte d’austérité budgétaire toutefois, rien ne permet de dire si le levier qui permettra cette transformation pourra être actionné par les pouvoirs publics.

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