L'Allemagne et les eurobonds : attention à l'erreur d'analyse

Le refus allemand des eurobonds trouve son origine dans l'attitude de bon sens du banquier qui subordonne l'octroi d'un crédit ou de sa garantie à la preuve que les conditions préalables ont bien été respectées. Il s'appuie aussi sur l'expérience de la solidarité budgétaire entre les régions d'Allemagne.

« L'Allemagne prussienne impose au reste de l'Europe sa vertu et ses dogmes. » Voilà ce que pensent un bon nombre de nos concitoyens. Un point de vue hélas faiblement combattu par nos grands partis, eux-mêmes divisés sur la question.

Il faut pourtant combattre cette vision négative de l'Allemagne

Une vision erronée qui s'appuie notamment sur un fond de défiance vis à vis de l'Europe. Les trois griefs majeurs adressés à notre voisin concernent sa fermeté sur l'austérité, sur l'euro fort, et surtout son refus des eurobonds. Pourtant la position allemande sur ces questions relève à la fois du simple bon sens et de sa propre culture de la solidarité. 
La solidarité en Allemagne, c’est d’abord un impôt : il faut savoir que depuis 1989 en effet, c’est-à-dire depuis la réunification, nos voisins  paient l’ « impôt de solidarité ». Prélevé à la source, cet impôt est destiné à remettre à niveau  l’ancienne Allemagne de l’Est, et c’est peu de dire que le cœur n’y est plus.

La solidarité c’est aussi la solidarité budgétaire entre les régions allemandes – les Länder

Elle est inscrite dans la loi fédérale. Les Etats riches ont l’obligation de contribuer au financement des Etats pauvres.  Son application donne lieu chaque année à de violents débats. L'indiscipline, voire la paresse des régions pauvres est fustigée sur la place publique. La riche et vertueuse Bavière annonce qu'elle refuse de payer pour la Basse-Saxe dépensière. Après quelques semaines de discussion en et en dehors de la sphère parlementaire, les choses rentrent dans l'ordre.
Chaque année, les budgets sont acceptés et le mécanisme légal de péréquation est appliqué.
Cette culture allemande de la discussion âpre de qui doit quoi et pourquoi, cette mise en scène de la vertu des uns et du laxisme des autres a de quoi surprendre en France. Outre son mérite de la transparence, il faut bien voir qu’elle n’empêche pas la conclusion d’un accord.
Les eurobonds réclamés par certains sont un moyen détourné d’établir la solidarité de la dette entre les Etats européens. L’Allemagne, et avec elle les pays du Nord, disent : « pas question de vous donner les moyens de continuer à vous endetter à nos frais et à nos risques. Donnez d’abord la garantie de votre engagement à réduire vos dépenses ». 
C’est le bon sens du banquier : le prêteur ne verse pas l’argent du prêt – ou en l’espèce ne cautionne pas la dette d’un tiers – avant la preuve que les conditions préalables ont bien été respectées.
Où serait la contrainte de la remise en ordre des économies concernées ( Grèce, Italie, France, Espagne, ....) si du jour au lendemain ces pays pouvaient se financer sans problème et à bas coût ? Cette contrainte disparaitrait instantanément.
C'est à cette condition qu'un système d'eurobonds sera mis sur pied un jour en Europe. Il y a peut-être en ce domaine un déficit de pédagogie que l'on pourrait effectivement reprocher …. à l'Europe.

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