Risques et opportunités de la blockchain pour le financement participatif

C’est l’effervescence dans le milieu de l’investissement participatif depuis les annonces d’Emmanuel Macron sur l’expérimentation de la blockchain. Mais attention de ne pas gâcher cette opportunité en or!

Blockchain: une volonté gouvernementale

« Nous allons profiter de l’ordonnance sur la réglementation financière, chargée de dépoussiérer les bons de caisse et à créer des mini-bons, pour expérimenter sur la blockchain », a déclaré le Ministre de l’Economie Emmanuel Macro lors des Assises de la Finance Participative le 29 mars dernier. De quoi s’agit-il exactement?

Le cadre de l’expérimentation est circonscrit dans un premier temps à un seul type de produit financier, le bon de caisse. Il s’agit d’une simple reconnaissance de dette créée en 1937 et un peu désuète, remise au goût du jour par la plateforme Unilend fin 2013, avant que d’autres ne suivent pour contourner la règlementation sur le prêt participatif adoptée fin 2014. Le gouvernement a donc décidé de réformer les bons de caisse en créant les “mini-bons”. A la surprise générale, il en a profité pour placer la France à l’avant-garde en permettant d’expérimenter les contrats intelligents (smart contracts) via la blockchain. C’est en effet la première fois qu’un Etat reconnaitrait comme valable et opposable un contrat conclu sous cette technologie, même si de nombreuses initiatives émergent ici et , et que la sulfureuse crypto-monnaie électronique BitCoin est le proof-of-concept de la blockchain.

La confiance : raison d’être et pierre angulaire de la blockchain

Blockchain est un outil assimilable à un protocole qui crée un réseau de confiance entre acteurs en certifiant des transactions via un registre spécifique dématérialisé et décentralisé tout en assurant transparence et traçabilité (voir cet article ou celui-ci). Une des innovations de cette technologie, c’est la dilution de la confiance dans la multitude des acteurs du réseau.

L’écosystème du financement participatif est à la fois en émoi devant l’énorme opportunité qu’il lui est offerte, et à la fois circonspect devant la feuille blanche de son implémentation. Les textes de lois et règlements de l’Autorité des Marchés Financiers ne sont pas publiés, et ils éclaireront certainement la situation.

Modalités d’adoption ?

A de rares exceptions près, les acteurs du financement participatif concernés par cette annonce sont issus du monde de la banque ou de la finance et non du monde de la technologie ou du numérique. On peut donc anticiper leur angle d’appréhension du sujet : comment rassurer le public sur cette innovation ? Le réflexe sera à n’en pas douter de se tourner vers des acteurs de grande notoriété ayant les capacités humaines et financières de lancer ce genre de projets peu rentables à court terme. Cette analyse est confirmée par la signature du partenariat entre la plateforme d’investissement participatif SmartAngels et BNP Paribas.

De tels partenariats ne sont pas en soi un problème. Au contraire, ils peuvent rendre cette technologie acceptable et acceptée par le public, accélérant sa diffusion. Techniquement, il est à parier que ces grands établissements se regrouperont pour implémenter un format commun de transactions et de contrats intelligents, créant ainsi une blockchain semi-privée, dite de consortium, règlementant les accès. La confiance qu’apportera la blockchain, dans ce cas, sera celle apportée par la sélection des acteurs ayant droit d’enregistrement. L’innovation y sera donc très limitée, puisque l’intérêt principal de la blockchain pour le public est de permettre de se passer de tels tiers de confiance!

Est-ce la fin de l’histoire ? Non. Une (ou plusieurs?) blockchain de consortium est, gageons-le, inévitable; et même souhaitable à la condition d’être ouverte à tous les acteurs, innovants ou non, capables par exemple de s’acquitter d’un possible ticket d’entrée ou relevant d’un statut ad hoc, ce qui créerait en fait une blockchain reconnue, pertinente et efficace. Mais limiter la blockchain aux acteurs historiques de la finance n’est ni convenable, ni acceptable. Rappelons-nous, par exemple de l’expérience encore toute fraîche du scandale du LIBOR, qui pourrait se reproduire dans le cadre d’une blockchain privée limitée à un très petit nombre d’acteurs: l’intégrité du registre ne serait pas garantie ...

L’Etat et les institutions de contrôle ont donc un rôle important à jouer en fixant un cadre technique et légal, fédérant ainsi les acteurs. L’initiative de M. Macron est donc judicieuse et bienvenue.

Organisation d’un écosystème

Afin d’éviter cet écueil et de créer les conditions qui feront que toute la complexité et -osons le mot- l’esthétique de cette nouvelle technologie soient exploités, il convient de faire de la pédagogie intelligente sur ce sujet auprès non seulement du grand public, mais aussi des acteurs qui sont aux avant-postes. A ces fins, une association a été créée le 6 avril 2016, France BlockTech, premier pas vers l’organisation des acteurs impliqués dans cette technologie. Certes, tout reste à faire, mais la dynamique est enclenchée, un nouvel écosystème émerge et les initiatives fleurissent avec par exemple la création d’un label Frenchchain.

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