Publicité sur l'App Store, pourquoi Apple rentre dans le rang

En annonçant l'arrivée prochaine de la publicité sur l'AppStore, Apple a fait bien plus que refondre sa boutique d'applications. Elle a peut être repensé tout son positionnement.

La nouvelle est tombée hier au détour d’une interview du patron de l’AppStore. Phil Schiller présente une mise à jour profonde de la boutique d’applications pour terminaux iOS. Mais plus qu’une mise à jour, c’est bien une révolution qui s’annonce : la publicité débarque sur l’AppStore !

Ainsi, les éditeurs d’applications auront enfin la possibilité de mettre en avant leur produit autrement qu’en tordant le modèle de référencement naturel de l’AppStore, en misant sur un ranking souvent dopé ou en espérant décrocher le Saint Graal de tout développeur iOS, à savoir une mise en avant éditoriale par Apple tout puissant. Apple promet un système juste et accessible à tout éditeur. Mêmes les plus petits. En gros, les promesses classiques de tout moteur de recherche misant sur la fameuse « longue traîne » mais qui dans les faits se vérifient assez mal.

Au fond, quoi de plus normal pour un site qui draine chaque jour des centaines de milliers d’utilisateurs que de monétiser son audience ?

Google a d'ailleurs précédé Apple puisqu'il est possible de pousser son app sur le Play Store via de l’achat d’espace publicitaire.

Apple n’a fait que concrétiser une opportunité stratégique et répondre à une réelle attente des éditeurs. D’autant plus que les classements des différentes catégories sont souvent truqués par des acteurs commercialisant du téléchargement incentivé. Cette nouvelle offre va permettre de mieux centraliser les demandes de médiatisation d’applications.

Et pourtant…

Pourtant l’absence de publicité sur l’AppStore faisait partie des sacro-saintes règles érigées par Steve Jobs. Avec notamment le contrôle strict des contenus publiés (via une charte déontologique et un process de vérification des apps) et une mise en avant éditoriale d’applications sélectionnées par Apple. Ces règles visaient à préserver la « pureté » de cette boutique d’applications.

C’est donc un autre tabou, une nouvelle barrière qui vient de tomber chez Apple. Car d’autres avant celle-ci l’ont précédée.

Citons d’abord le stylet, qui a débarqué comme un accessoire « indispensable » de l’iPad Pro. Steve Jobs en avait tout simplement horreur ! Il répétait à qui veut l’entendre : « Si vous avez recours à un stylet, vous êtes fichus ! ».

La nouvelle direction d’Apple a bien pris soin de remiser ce principe au placard et le stylet a été présenté comme une révolution technologique pour Apple.

Et que dire de l’arrivée du low cost chez Apple avec l’iPhone SE ! Jamais Apple ne faisait une quelconque concession sur les prix et la qualité des produits. Et pourtant avec un pragmatisme que certain diront « Cook –ien », Apple a osé proposer un iPhone à moins de 500 dollars.

On peut d'ailleurs faire un parallèle avec une autre « entreprise » mythique : le FC Barcelone, le club de football de la capitale catalane dont le slogan est : « Més que un club » (soit « Plus qu’un club »).

Cette équipe de football est souvent considérée comme la meilleure au monde. Détenu par des socios (fans du club) et avec un centre de formation reconnu, ce club a toujours véhiculé un certains nombres de valeurs, souvent en opposition avec le grand rival madrilène.

Ces valeurs se concrétisaient notamment par une absence de sponsor sur le maillot, chose qui semblait impossible dans le football moderne.

Mais voilà, comme tous les autres clubs, le club a fini par céder et commercialiser son maillot. D’abord auprès de l’Unicef, ce qui permettait encore de se distinguer, avant de se tourner vers des acteurs beaucoup plus mercantiles.

Johann Cruyff, la légende du football, ancien joueur et entraineur du Barça, avait tout de suite critiqué cette opération disant que le club devait être au-dessus de tout ça, pour respecter sa devise.

De la même manière, je trouve qu’Apple a beaucoup renié ses principes. Steve Jobs a toujours voulu en faire une entreprise hors du commun, « plus qu’une entreprise » pour paraphraser la devise du Barça.

Mais depuis sa disparition, Apple court après la concurrence faute de pouvoir se réinventer. Apple n’est plus la première capitalisation boursière au monde, les ventes des terminaux iOS ne suffisent plus à soutenir la croissance et pire Apple serait même prêt à faire des sacrifices sur ses marges liées aux abonnements commercialisées via les applications. Un comble pour un acteur qui a imposé le principe des 30% de marge comme un standard des boutiques d’applications.

Apple est donc rentré dans les rangs. Alors choix nécessaire ou erreur stratégique, seul l’avenir nous le dira.

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