B3i, le discret consortium blockchain qui a convaincu les grands assureurs

B3i, le discret consortium blockchain qui a convaincu les grands assureurs L'organisation développe une plateforme de partage de données des contrats de réassurance. Parmi ses 38 membres, les Français Covéa et Scor.

Les banques n'ont pas le monopole des consortiums blockchain. Les assureurs et réassureurs se rassemblent aussi autour de cette technologie qui promet de réduire les coûts de leur industrie : automatisation des versements d'indemnisation, accélération du partage des données… En octobre 2016, Aegon, Allianz, Munich Re, Swiss Re et Zurich Insurance Group ont fondé B3i, pour Blockchain insurance industry initiative. Trois mois après le lancement, dix autres entreprises les ont rejoints dont le réassureur français Scor. Aujourd'hui, ils sont 38, dont l'Américain AIG et le Français Covéa (qui n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet) qui se sont récemment rajoutés à la liste.

Les membres fondateurs de B3i allouent l'équivalent de 1,5 personne à temps plein sur l'initiative

Contrairement aux gros consortiums (R3, Hyperledger…) qui communiquent régulièrement sur leurs projets, B3i reste discret, mais n'en est pas moins actif. Cela s'explique en partie par la structure même de l'entité. Alors que R3 est géré par une entreprise du même nom et qu'Hyperledger (un projet open source) est très influencé par IBM, B3i n'est "qu'une" association où personne ne travaille à plein temps.

Les quinze membres fondateurs se sont engagés à allouer l'équivalent de 1,5 personne à temps plein sur l'initiative. Par exemple, quatre salariés de Scor (à temps partiel) s'occupent des projets liés à B3i. "Les membres concernés se réunissent en général une fois par mois, dans des pays différents, en fonction des sujets et des responsabilités des uns et des autres", explique Ken Marke, porte-parole du consortium. Dernier événement en date : le B3i Summit à Munich en novembre dernier où tous les membres étaient invités à faire leurs retours sur le premier prototype développé par le groupe de fondateurs.

De l'association à l'entreprise B3i

En quelques mois, ils ont conçu une plateforme de partage de données basée sur la blockchain. "Le processus a été rapide puisque nous avons réalisé le MVP (minimum viable product, ndlr) entre avril et juillet 2017", s'enthousiasme Régis Delayat, senior digital advisor to the chairman chez Scor. Ce registre comprend pour le moment les données de contrats liés aux catastrophes naturelles. Concrètement, les participants (assureurs, réassureurs et courtiers) peuvent échanger sur la plateforme toutes le s opérations administratives relatives aux contrats souscrits. 

Cette mutualisation des infrastructures de gestion des données doit permettre aux utilisateurs de réaliser 30% de gains d'efficacité. "La plateforme permet de gérer tous les échanges administratifs entre les acteurs du contrat depuis la fin de la phase de souscription jusqu'au règlement des primes et des sinistres. Les bénéfices incluent une diminution des charges administratives, qui permettra à notre industrie de se concentrer sur sa raison d'être, la couverture des risques", souligne Régis Delayat. Les participants apprécient le fait de pouvoir fluidifier leurs processus tout en gardant le contrôle et la propriété de leurs données. Les 38 membres sont actuellement en train de tester la plateforme.

"Nous voulons créer une grande communauté qui partage les bénéfices et pas avoir deux ou trois gros investisseurs"

B3i devra ensuite changer de statut. Celui d'association n'est pas suffisant pour ses ambitions. "Notre priorité pour 2018 est de nous doter d'une structure légale qui soit compatible avec la commercialisation d'un produit", indique Ken Marke. "La communauté informelle créée en 2017 a parfaitement fonctionné : nous avons pu explorer les bénéfices de la blockchain pour l'assurance. A partir de 2018, un modèle plus industriel sera mis en place pour progressivement développer et opérer tous les produits d'assurance et de réassurance identifiés", raconte Régis Delayat.

Comme toute entreprise qui se respecte, B3i aura besoin de fonds. Pour l'instant, le consortium vit des contributions de ses membres, dont le montant n'est pas communiqué. Il va donc chercher des investisseurs dans le marché de l'assurance. "Nous voulons créer une grande communauté qui partage les bénéfices et pas avoir seulement deux ou trois gros investisseurs", indique Ken Marke, sans préciser le montant nécessaire. B3i souhaiterait même que ses 38 membres soient investisseurs. Une idée qui fait son chemin chez Scor. "Beaucoup d'initiatives blockchain sont apparues ces derniers mois, mais seule B3i a rassemblé une communauté aussi large", estime Régis Delayat. "L'adoption d'une plateforme comme B3i par l'ensemble des acteurs de l'industrie est essentiel si nous voulons tous maximiser les gains", soutient de son côté James Vickers, international chairman du réassureur américain Willis Re.

Une fois le statut d'entreprise entériné, le consortium compte finaliser la plateforme pour une sortie prévue à l'automne 2018. "On est plutôt confiant. Si tout se passe bien, nous sortirons le même produit mais sur un autre type de contrat. Cela pourrait arriver pour la seconde moitié de l'année prochaine. A terme, nous aimerons couvrir tous les produits de l'assurance et la réassurance", conclut Ken Marke.

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