TRIBUNES > ARNAUD DIMEGLIO
RECHERCHER UNE TRIBUNE
Les experts s'expriment sur le Journal du Net
 LA TRIBUNE DE ARNAUD DIMEGLIO 
Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?
Pour lutter contre le téléchargement illégal de fichiers sur Internet, les juges disposent désormais de tout un attirail juridique. Pour l'instant, les peines restent légères, mais cela pourrait changer.
(01/03/2007), modifié le 01/03/2007
Envoyer   |    Imprimer
Selon une étude récente de l'IDATE, il y aurait en France plus de 9 millions d'internautes qui téléchargent illégalement sur Internet (films, musiques, jeux vidéo et programmes). Seuls 15 % des fichiers seraient téléchargés légalement.

Face à ce fléau, les titulaires de droits d'auteurs et de droits voisins ont déposé des plaintes, des condamnations ont été prononcées par les tribunaux, et le législateur a adopté la loi du 1er août 2006 relative au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information (DADVSI).

Cette loi contient des dispositions relatives à la prévention, et à la répression du téléchargement illégal.


Prévention
La loi DADVSI a crée un nouveau chapitre intégré dans le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) intitulé "Prévention du téléchargement illicite". Ce chapitre contient deux articles.

Le nouvel article L.336-1 du CPI prévoit que lorsqu'un logiciel est principalement utilisé pour télécharger illicitement des oeuvres, le président du tribunal, statuant en référé, peut ordonner toute mesure nécessaire à la protection des droits d'auteurs et droits voisins. Ce qui signifie qu'il pourrait contraindre le fournisseur d'un logiciel, notamment peer to peer, ou même la personne qui télécharge, à cesser la mise à disposition, ou l'utilisation dudit logiciel. Mais cette mesure ne doit pas avoir pour effet de dénaturer les caractéristiques essentielles ou la destination initiale du logiciel. Cet article renvoie par ailleurs à un autre article du CPI qui prévoit la possibilité d'effectuer, sur requête, une saisie contrefaçon du logiciel (article L.332-4).

Quant au second, l'article L. 336-2, il dispose que les fournisseurs d'accès à Internet adressent, à leurs frais, aux utilisateurs de cet accès, des messages de sensibilisation aux dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicite pour la création artistique. Un décret en Conseil d'Etat doit déterminer les modalités de diffusion de ces messages.

Répression
La loi DADVSI réprime certains actes liés au téléchargement illégal.

Le nouvel article L. 335-2-1 du CPI prévoit tout d'abord une peine de trois ans d'emprisonnement et de 300.000 euros d'amende pour les éditeurs de logiciels destinés manifestement au téléchargement illicite. Les fournisseurs de logiciel peer to peer sont particulièrement visés par cet article. Cette peine est également encourue par les personnes qui incitent, y compris à travers une annonce publicitaire, à l'usage de tels logiciels.

Par ailleurs, la loi DADVSI fixe des peines pour ceux qui porteraient atteinte ou contourneraient les mesures techniques de protection ou d'information des oeuvres (DRM). Un décret en date du 23 décembre 2006 est venu définir de nouvelles contraventions applicables à ce type d'infraction.

En revanche, concernant les personnes qui téléchargent de manière illégale, notamment par l'utilisation d'un logiciel peer to peer, une oeuvre protégée, la loi DADVSI ne contient pas d'infraction ou de peine spécifique. A l'origine, le projet de loi prévoyait un système de peine graduée, avec une sanction proportionnelle à la gravité de l'infraction. La peine encourue pour un simple téléchargement illégal était de 38 euros tandis que le fournisseur d'un logiciel peer to peer encourait la peine maximale.

Mais ce système, contraire à l'égalité devant la loi pénale, a été censuré par le Conseil constitutionnel. Les personnes téléchargeant de manière illégale une oeuvre protégée encourent par conséquent les mêmes peines que n'importe quel autre contrefacteur : trois ans d'emprisonnement, et 300.000 euros d'amende.

Bien entendu, il ne s'agit que d'une peine maximale, et l'on sait que les tribunaux prononcent des condamnations beaucoup moins élevées, et généralement assorties de sursis. Du moins lorsqu'ils entrent en condamnation, car certaines juridictions ont pu considérer que le téléchargement "illicite" pouvait bénéficier de l'exception de copie privée. Une tendance qui devrait néanmoins s'estomper à la suite de l'arrêt rendu par la Cour de cassation du 30 mai 2006, lequel casse la décision, en ce sens, de la Cour d'appel de Montpellier.

Cette interprétation en faveur de la condamnation pour contrefaçon du téléchargement illégal d'oeuvre est renforcée par la circulaire du 3 janvier 2007 du Ministre de la justice suivant laquelle, "en matière de téléchargement d'oeuvres proposées illégalement sur Internet, l'exception de copie privée n'a pas vocation à être retenue."

La circulaire précise néanmoins que les peines devront être graduées, et qu'en particulier, s'agissant du téléchargement, seule une peine pécuniaire (amende) devrait être requise par le Ministère public, lequel devra en outre tenir compte de plusieurs critères pour définir son montant : état de récidive de la personne poursuivie, nombre de fichiers téléchargés, date du téléchargement (avant ou après commercialisation de l'oeuvre), et mise à disposition automatique dans le cadre d'un logiciel peer to peer.

En ce qui concerne les sanctions civiles (dommages et intérêts), les tribunaux prononcent des peines mesurées. Dans le domaine musical par exemple, le montant de la condamnation est de 1 à 2 euros par titre téléchargé. Les dommages et intérêts sont naturellement plus élevés en cas de téléchargement de logiciels, jeux ou de films. Sans compter les frais de justice.

En conclusion, les risques encourus par le téléchargement illégal sont pour l'instant limités. Mais les tribunaux n'ont eu à statuer que sur des faits antérieurs à l'arrêt de la Cour de cassation précité, et la loi du DADVSI telle qu'interprétée par la circulaire du 3 janvier dernier. Le doute pouvait encore, d'une certaine manière, bénéficier à l'accusé.

Maintenant que le régime applicable au téléchargement illégal est précisé, nul n'est censé l'ignorer, et en cas d'infraction, les sanctions prononcées risquent de s'aggraver.

Envoyer   |    Imprimer
VOS REACTIONS, VOS COMMENTAIRES 

Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Bettie)

Que faites-vous du champion européen du P2P : la France ? (06/03/2007)

Et les logiciels qui enregistrent les Web Radio?

  (Patricia)

Qu'en est -il exactement des logiciels qui enregistrent les Web Radio tels que Streamripper ou Stationripper ? Les utiliser est-il illégal ? Certaines revues informatiques semblent ne pas le considérer ainsi. (08/03/2007)

Re : Et les logiciels qui enregistrent les Web Radio?

  (Fred)

Bonjour,

un peu sur le même principe évoqué par Patricia, j'aimerais savoir quelle différence y a t il entre enregistrer un film en qualité numérique à la TV sur support DVD et télécharger ce même film sur Internet ? Est-ce seulement le support qui fait scandale ? Ce serait stupide n'est-ce pas. (14/03/2007)

Re : Re : Et les logiciels qui enregistrent les Web Radio?

  (Nicolas)

Entièrement d'accord. Ce serait stupide de réprimer des actes pareils. Mais il faut aller plus loin : le législateur pose des règles pour des oeuvres souvent non parues en France (comme des films qui sont ou bien à peine sortis au cinéma, ou vont sortir incessament) et cela afin de protéger les auteurs et propriétaires d'oeuvres.

L'Internet est une chose formidable, beaucoup seront d'accord avec cela, mais c'est aussi un outil à tout faire dangereux : vouloir le démocratiser posait le risque qu'on en arrive là ; c'était inéluctable. Certains s'en plaignent et d'autres, au contraires, sont ravis de pouvoir être entendus et découverts grâce au Net même s'ils ne gagnent rien (ou du moins au départ).

Quoi que l'on fasse, il y aura toujours ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Sans compter qu'il faut aussi penser aux artistes pour lesquels la vente de disques par exemple est leur principale source de revenu. Dans ce cas la question est de savoir si on est de leur côté ou pas. (09/10/2007)

Le Peer to Peer est un formidable outil de diffusion de la culture

  (Sylvain)

Et lorsqu'on enregistre sur cassette audio une musique qui passe à la radio (dont on n'a pas acheté les droits d'auteur) on est dans l'illégalité alors...
Le Peer to Peer est un formidable outil de diffusion de la culture, et il serait dommage d'envoyer les français en prison car ils se cultivent, non?
Si le seul moyen de se cultiver est d'aller au cinéma à 8€ la séance, acheter un CD 15€, ou voir un spectacle 20/30€...
Il manquerait plus que Sarko censure la Culture (09/05/2007)

Re : Le Peer to Peer est un formidable outil de diffusion de la culture

  (Julien)

Sincèrement d'accord avec toi Sylvain. Je me présente, je m'appelle Julien. Et je ne comprend pas sur quels critères ils estiment que le téléchargement est illégal. Comme tu l'as si bien
dit, quand on enregistre un film sur un support numérique tel que le magnétoscope ou le graveur
DVD, pourquoi on risque pas une amende alors que quand une même personne reproduit le même fait sur Internet, cela devient illégal. C'est pas logique et je pense que certaines amendes sont abusé quand même. Franchement, 3 ans d'emprisonnement et 300.000 € d'amendes ça va loin. (19/04/2008)

Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Anthalya)

Pourquoi le téléchargement serait il illégal alors que je peux enregistrer avec mon décodeur disque dur intégré les films de canal+ par exemple ? Avec mon magnétoscope rétro je suis tout aussi dans l'illégalité puisque j'enregistre un film que je ne possède pas ! La redevance me direz-vous ! Mais celle ci va-t-elle aux personnes concernées ou dans les poches de l'état ? Et à quelles fins ? Le téléchargement d'oeuvres non diffusées en France à la télévision, ok, mais le reste ? Et avec un bon magnétophone je peux aussi enregistrer la radio, puis transférer ce contenu dans mon ordinateur et le convertir au bon format … C’est n’importe quoi ! J'aimerai vos réactions...envoyez moi un mail à: anthalya78@msn.com
Merci à tous. (23/11/2007)

Et qu'en est il des bibliothèques, vidéothèques et médiathèques?

  (Liquide)

Voilà, je voudrais confesser ceci : je n'ai jamais telechargé quoi que ce soit d'illégal,
par contre, je vais à la bibliothèque chaque semaine et visionne au moins deux DVD que je n'ai pas acheté. Quels sont les risques que j'encours ? Je me souviens des cassettes que j'enregistrais d'après les cd dans les années 80. Je ne savais pas quel délinquant j'étais alors. Mais aujourd'hui le marché du disque se porte on ne peut plus mal, alors ce n'est pas pareil... (28/11/2007)

Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Maximusantoninus)

Bonjour,
Je partage totalement ton point de vue. C'est de l'hypocrisie. Tout augmente. La culture au sens général est aujourd'hui inabordable.
C'est une chose de commercialiser sous le manteau des oeuvres téléchargées, sans n'est une autre que de les partager avec les siens.
Messieurs les députés, il serait bien que votre conception de la morale et de l'effort ne s'applique pas qu'aux autres mais aussi à toutes les personnes qui vivent sur le dos de la République et pour commencer à ceux qui sont censés la servir. (02/12/2007)

Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Sohier thomas)

Bonjour, je suis d'accord pour qu'on ne puisse plus télécharger illéglamenent mais a ce moment là il faudrait que les sociétées envisagent de baisser leurs tarifs. Pourquoi téléchargeait on illégalement ? A cause du coût. J'aimerai que les sociétées réfléchissent à ça parce que je trouve que ce n'est pas une solution. Le CD ne va pas reprendre son inportance. Les gens achèteront encore moins de CD justement à cause du coût donc ils nous privent encore une fois d'un moyen de partager notre culture. (28/11/2007)

Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (powerpicton)

Hypocrisie !!

L'industrie du disque se porte très bien, et ils n'ont qu'à faire des vrai concerts avec de vrai musiciens plutôt que du copié-collé.

Je sais c'est un peu violent comme réaction mais tellement vrai !
De toute façon un CD à 20 euros c'est beaucoup trop chère, quand à la musique en vente en ligne je n'en parle même pas... Vive deezer.com :P (site légal, je pécise !)

Quand au risque...pfff franchement on ne me fera pas croire que je vole qui que se soit en téléchargent un disque de temps en temps, sachant que dans la moitié des cas je l'achète pour avoir le support, la pochette et tout et tout... Enfin si c'est pas un bête livret avec 3 photos dans un boitier en plastique moche. (09/01/2008)

Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Yann)

Quand vous savez qu'un album en magasin vaut 15 a 20 euros et un film en dvd coute 15 a 20 euros aussi et qu'il y a 85 pour cents des français qui télécharge sur des plates-formes illégales c'est qu'il y un problème. Je pense sérieusement que les peines qu'ils donnent à cause des téléchargements sont tout simplement trop lourdes. Ils devraient baisser les prix et supprimer les plates-formes de téléchargements illégales. (03/03/2008)

Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Guyome)

Bonjour, je télécharge car le coût de la vie est tel que quasiment tout mon salaire y passe. Par contre les acteurs et chanteurs gagne toujours de plus en plus de millions. Qu'en pensez-vous? (03/04/2008)

Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Olivier)

Ce qui me choque profondément, c'est l'hypocrisie et la malhonnêteté de ceux qui téléchargent illégalement. Pour beaucoup de musiciens qui démarrent, la vente de CD est leur seule source de revenus, elle constitue une juste rémunération de tous leurs efforts. La musique c'est un travail, je suis musicien, le piano c'est des milliers d'heures de boulot, la compo c'est beaucoup de travail... (19/04/2008)

Re : Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus?

  (Alex)

Tu as raison Olivier, pour beaucoup d'auteurs c'est très dur.

Le problème est notamment la médiocrité du débat économique sur le sujet. Pour simplifier
- si je télécharge une oeuvre nouvelle, j'empêche ceux qui l'ont réalisé d'en tirer un revenu.
- si je télécharge une oeuvre ancienne, qui a déjà été amortie dix fois, j'empêche une major d'obtenir une rente.

Entre revenu d'un artiste ou d'un producteur et rente financière d'un groupe... il y a une différence énorme que personne n'aborde dans le débat! (15/06/2008)

Re : Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus ?

  (Loule13)

Quelle hypocrisie ? Monsieur le pianiste.
Je suis d'accord que le métier d'artiste n'est pas celui de Lorie pour tout le monde. Et heureusement.

Un projet de loi que je soutenais a été littéralement enterré. Il comprenait une taxe sur les abos Internet aussi appelée Licence globale. Cette proposition procèdait à la manière de la taxe sur les moyens de stockage amovibles (DD,CDR, DVD-R, Graveurs etc...) Les revenus de cette taxe devaient être un moyen supplémentaire de rémunération des artistes.

Or les lois actuelles ne sont pas là pour protéger les artistes mais les maisons de disque. Ca n'est pas tout à fait la même chose.

Et puis cessons cette hypocrisie sur le fait que le vilain pirate ne paye rien ! Je prend un exemple simple : un jour j'ai voulu jouer à un jeu que l'on appelle Age of Conan (Il s'agit d'un jeu de rôle massivement multijoueur). Ses caractéristiques techniques font qu'il exige une configuration extrêmement pointue pour bien fonctionner.

Savez vous monsieur le pianiste combien coute une carte graphique de type : 9800GX2 de chez Nvidia ? Je vous le dis 500 euros. Maintenant savez vous ce qu'est un Quad-SLI ? Je vais vous le dire. C'est une technique qui consiste à exploiter deux cartes graphiques (ici multi GPU d'où le quad) dans la même machine pour en augmenter les performances. Donc le jeu m'a couté 70 euros à l'achat, plus 1 000 euros de carte graphique, 1000 euros de composants informatiques divers (processeur, mémoire, disque dur, carte mère etc... ), plus 13 euros d'abonnement par mois. (01/08/2008)

Re : Re : Re : Téléchargement illégal : quels sont les risques encourus ?

  (Pepper44)

Hmm.. Loule, tu as du te tromper de sujet la . Tu t'es fais plaisir.
Je ne connais pas trop le monde artistique..
Cependant, je trouve sa dingue que lorsque l'on vous tend la main, vous preniez le bras avec, en estimant que c'est un dû !
S'il y avait pas eu autant d'abus, nous n'en serions pas là aujourd'hui.
Manquerait plus que vous me rétorquiez que c'est une atteinte à votre liberté que de vous empêcher de libre échanger tout azimut, sans respect des auteurs, sous prétexte que c'est devenu trop cher ! S'il y a bien un domaine qui a fortement baissé en prix par rapport au coût de la vie, c'est bien la culture, le divertissement. Enfin, des sites payant vous proposent les mêmes choses a des prix dérrisoires par mois, mais je suis sûr que la plupart d'entre vous préfère télécharger des film, des musiques, en qualité plus médiocre, avec risque de virus et tout ce qui vient avec... (06/09/2008)