Systèmes de paiement : les banques vont-elles perdre ce marché en forte croissance ?

A l’échelle mondiale, les volumes de paiement passeront de 306 300 millions en 2010 à 749 800 millions en 2020. Ce marché, jusqu’ici perçu comme quelconque et peu lucratif, affiche depuis quelques années un beau dynamisme…au point d’avoir attiré de nouveaux intervenants qui concurrencent désormais les institutions financières. Quels sont ces acteurs et quelle est leur valeur ajoutée pour s’imposer sur le marché ? Comment les banques et les fournisseurs historiques de solutions de paiement réagi

L'émergence d'une pléthore de nouveaux acteurs, parfois inattendus

Ceux qui diversifient leur offre...

Western Union, Visa, FIS et First Data. Ces grands noms, présents de longue date sur le marché des systèmes de paiement, ont su capitaliser sur leur expertise et leur renommée pour commercialiser de nouveaux services toujours plus avancés afin d'élargir leur présence dans le secteur. Ces grandes marques sont progressivement rejointes par des acteurs prometteurs, qui se concentrent uniquement sur les transactions électroniques. De son côté, la grande distribution progresse dans le domaine des cartes prépayées, comme en témoigne le succès de la MoneyCard de Walmart aux États-Unis.

Ceux qui innovent...

L'innovation permet aujourd'hui à de nombreuses sociétés de défier  les institutions financières sur leur terrain historique, en remettant en cause les concepts établis de longue date en matière de systèmes de paiement. Certaines progressent sur les marchés traditionnels de la banque de gros ou de détail, d'autres se sont illustrées par la création et la gestion d'un environnement de paiements électroniques innovant, celui du modèle peer-to-peer. Porté par le géant du secteur Paypal, ce système de paiements, dédié aux flux entre particuliers, accompagne avec ingéniosité l'essor des nouveaux modes de consommation sur internet. Paypal a ainsi su répondre à la demande des sites de e-commerce et de dons caritatifs, soucieux de s'appuyer sur des systèmes de flux monétaires fiables et sécurisés.     

La concurrence - inattendue - des opérateurs de téléphonie mobile

Sur les marchés émergents, les principaux concurrents des banques sont les opérateurs de téléphonie mobile. Ces derniers proposent en effet des services de paiement mobile au succès de plus en plus franc. Pas étonnant dans un contexte où environ 60 % de la population mondiale ne dispose pas de compte bancaire, tandis que plus d'un milliard de personnes possèdent un téléphone portable. Un nombre qui devrait d'ailleurs dépasser les 1,7 milliard en 2012.

Le service de paiement mobile le plus étendu est le programme M-PESA au Kenya. La réussite de ce projet a encouragé ses investisseurs à étendre leur service à d'autres pays d'Afrique et à l'Afghanistan (sous le nom de M-PAISA). En Inde, de grands opérateurs de téléphonie mobile tels que Airtel on fait une entrée remarquée dans le secteur des paiements, en créant un système capable de relier les millions de possesseurs de téléphones portables du pays au réseau quasiment ubiquitaire de micro-revendeurs.

Les géants du web s'y mettent aussi...

Apple, Facebook, Google et Amazon ont eux aussi fait leur entrée sur le marché, en ciblant dans la chaîne de valeur les parties de traitement et d'interface client. Bien que ces entreprises n'aient peu voire aucune expérience dans ce domaine, elles peuvent s'appuyer sur le puissant capital de confiance du consommateur ainsi que sur une forte fidélisation de la clientèle. Des avantages précieux que les banques s'efforcent aujourd'hui de regagner. Les géants du web capitalisent également sur leur cote de popularité auprès des jeunes (marché ô combien versatile) - qui n'ont pas encore eu le temps de s'attacher à une banque en particulier.

Des fournisseurs plus spécialisés tels que Green Dot, Boku et Square ont rejoint les géants du web sur le marché des systèmes de paiement. S'ils ne bénéficient certes pas d'une renommée internationale, ils savent faire la différence en proposant des modèles commerciaux rationalisés et ciblés. Ces acteurs offrent ainsi une alternative pratique et peu coûteuse aux solutions de paiement traditionnelles, répondant avec succès aux besoins des entreprises comme des particuliers.

Les institutions financières s'adaptent aux évolutions rapides du marché

Partenariats et acquisitions de rigueur pour perdurer sur le marché

Face à cette vague de nouveaux acteurs, plus innovants les uns que les autres, les institutions financières traditionnelles ont le choix entre deux options : entrer en concurrence frontale pour sauver leurs parts de marché...ou bien collaborer. Cette deuxième option se traduit par des partenariats ou des acquisitions avec les nouveaux entrants du marché, des petites entreprises et start-ups disposant d'une offre prometteuse garante d'une forte compétitivité sur le marché. Des partenariats ont d'ores et déjà été signés dans les secteurs des paiements mobiles et de la banque : citons le cas de Barclays et de l'opérateur Everything Everywhere au Royaume-Uni ou de Synovus Bank et de Green Dot aux États-Unis.

De telles opérations permettent ainsi aux banques de contrebalancer leur difficulté à innover en matière de systèmes de paiements. Les entreprises et start-ups choisies dans le cadre de ces opérations y trouvent également leur compte. Souvent trop petites pour survivre longtemps par elles-mêmes, elles choisissent de s'appuyer sur un partenaire ou un acquéreur de grande taille, capable de mettre à leur disposition un réseau de distribution bien établi qui puisse garantir le succès de leur offre.

Réduire les coûts de traitement pour préserver les marges

Outre une concurrence accrue sur le marché ces dernières années, les banques doivent relever un autre défi, celui de la rentabilité. En effet, les institutions financières gardent à l'esprit que, malgré la croissance du volume des paiements, la marge dégagée par transaction diminue. Ce constat les oblige à sécuriser une part élevée du volume des paiements mondiaux, mais aussi à réduire leurs coûts pour préserver leurs marges. Sur ce dernier point, elles comptent notamment sur l'investissement dans les technologies innovantes pour obtenir les résultats les plus probants. 

Au cours de la prochaine décennie, les banques et les organismes de traitement verront leurs systèmes gérer des millions de transactions supplémentaires, pour une valeur totale qui fera plus que doubler... avec toutefois un revenu par transaction significativement inférieur. Face à l'arrivée de nouveaux acteurs ultra-compétitifs sur le marché, les banques n'ont pas d'autre alternative que de s'adapter, pour maintenir et élargir leurs volumes de transactions mais également pour garantir leurs marges. Celles-ci semblent avoir choisi la voie des acquisitions et des partenariats avec les acteurs émergents du marché. Ceux-ci savent en effet apporter aux banques la flexibilité et le degré d'innovation nécessaires pour permettre à ces dernières de prospérer encore longtemps sur le marché ultra-concurrentiel des systèmes de paiement.

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