Quand "comprendre" n'est pas nécessaire...

Nous voulons toujours "comprendre" ! Il y a des chemins plus efficaces et plus élégants pour agir. Comment cesser de résister au changement, en accueillant l'instant présent en tant que "contenant", porteur des situations inacceptables, pour mieux les faire changer de l'intérieur.

La carte et le territoire
Nous n’avons accès à la réalité que par l’intermédiaire de nos représentations, ces éléments que nous construisons nous-mêmes et projetons à l’extérieur, pour organiser notre expérience cognitive. Cette construction est progressive et automatique, si bien qu’il nous est difficile de différencier la carte du territoire, la réalité des représentations que nous en avons. Nous sommes ainsi sous l’emprise de nos croyances profondes, acquises dans l’enfance et qui telles des méta programmes sur déterminent nos perceptions actuelles de surface : nos expériences présentes sont traduites et interprétées par un filtre invisible que nous avons constitué nous-même. Les données extérieures brutes étant digérées de façon orientée, nos expériences ainsi qualifiées confortent nos croyances et renforcent encore leur pouvoir. C’est ce mécanisme d’auto-confirmation de notre cadre de référence, qui permet à notre système une relative stabilité.

La tentation de « comprendre »
Le verbe « comprendre » signifie littéralement « prendre en soi ». A priori, il n’y a pas de mal à cela, et il est même naturel de chercher à agrandir notre cadre de référence en y incluant ce qui lui manque, et ainsi nous organiser une vision plus large du monde. Dans ce sens d’ouverture et d’augmentation, la recherche de compréhension est enrichissante. 
En revanche, quand une situation est tellement nouvelle, qu’elle ne permet pas un changement de type 1, mais impose un changement de type 2, la recherche de compréhension est vaine, car de même qu’il est impossible de prendre en soi ce qui nous dépasse, ou d’ “englober” ce qui nous englobe, il sera impossible de donner un sens cohérent à une logique extérieure à un système, depuis l’intérieur de ce système. 

Comprendre ou contrôler ?
Il arrive alors que la recherche de « compréhension » cache une vaine recherche de contrôle de ce qui n’est pourtant pas contrôlable. Il s’agit dans ce cas d’une résistance au changement, déguisée en recherche de sens.
Le mental « cartésien » veut toujours comprendre pour pouvoir contrôler. La contrepartie de cette qualité est qu’il a peur de se sentir impuissant et débordé face à la nouveauté, qu’il ne peut appréhender à partir de ce qu’il connaît déjà. Ceci le rend rigide, et l’incite parfois à tenter le bras de fer contre la réalité. Il essaiera dans ce cas de soumettre les situations externes à son désir intérieur pour qu’elles ne soient pas ce qu’elles sont, quitte à en nier inconsciemment des parties pourtant évidentes à d’autres, et à confirmer ainsi à son insu sa situation d’échec. Certaines expériences ne peuvent être appréciées de manière rationnelles, parce qu’elles débordent du cadre de notre raison.
Il faut les appréhender autrement, pour leur permettre d’agrandir notre raisonnement avec les nouveaux arguments qu’elles apportent !

Accepter l’instant présent 
Comment faire ? Lorsque on ne peut accepter l’inacceptable (la nouvelle situation étant vécue comme inacceptable depuis l’intérieur de notre cadre de référence) :
- soit on s’accroche au passé, on résiste au changement, et la crise dégénère en maladie, accidents, et autres problèmes majeurs
- soit il ne reste plus qu’une seule solution : on peut au moins accepter l’instant présent, ce « support neutre » qui contient cette situation que l’on ne parvient pas à accepter.
Cette acceptation minimale est la base, le point fixe sur lequel on va pouvoir prendre appui pour se transformer, et changer ce qui est mobile. En acceptant sans négociation intérieure l’instant présent qui nous contient, il nous sera possible de changer des éléments tellement proches de notre identité, que nous croyons qu’il s’agit de nous-même.

En résumé 
Il n'est donc pas toujours nécessaire de "comprendre", surtout si cette tentative traduit surtout un désir de contrôle de ce qui en fait nous échappera toujours. Il est plus habile d'accueillir ce qui est, sans négociation. Ne serait-ce que pour faire changer les choses de l'intérieur, tel Ulysse dans le cheval de Troyes

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