La Génération Y, une définition contextuelle avant tout

La génération Y est mal définie. Souvent identifiés par leurs hypothétiques traits communs, les "jeunes" nés entre 1980 et 2000 correspondent rarement à la caricature qu'on en fait. Peut-être car nombre des articles et ouvrages sur eux sont rédigés par ceux qui n'en sont pas ?

Le principal problème d'une approche dite "par les traits" est qu'elle tente d'identifier des points communs dans une population donnée, tendant alors régulièrement à la caricature. Ainsi, on pense que les leaders ne peuvent être que des grands orateurs extravertis et les entrepreneurs des génies créatifs ; ce qui est parfois vrai, mais souvent faux. Dans le cas de la génération Y, cela donne naissance à des lieux communs aberrants faisant croire que toute personne née après 1980 serait technophile, hyper-connectée, individualiste, impatiente, rebelle, inventive, etc. Il est évident que les générations partagent des éléments communs, mais ce type de généralisation hâtive ne sert pas à grand chose de plus qu'à remplir des pages, physiques ou virtuelles...

Une génération se définit par une naissance durant une période donnée. Dès lors, pourquoi ne pas simplement s'intéresser au contexte dans lequel la génération Y grandit plutôt que de vouloir lui assigner des pratiques communes caricaturales ? Bien que le concept de « génération Y » soit la plupart du temps extrêmement mal employé, il serait aberrant de nier que des segments démographiques partagent des caractéristiques partagées en fonction du contexte géopolitique et historique dans lequel les individus sont nés et ont grandi. On soulignera au passage qu'au-delà de ses frontières historiques, une génération doit aussi se délimiter dans l'espace. Or la génération Y est avant tout une notion propre à l'Occident (au sens large des pays industrialisés du Nord), même si la mondialisation et les technologies de l'information ont rendu ses frontières éminemment poreuses. Déjà qu'elle est une généralisation problématique, ne l'étendons pas trop vite à l'ensemble de la planète.

Par convention, on dira que la génération du Baby boom correspond à des naissances entre 1940 et 1960 et la génération X entre 1960 et 1980. Si les baby-boomers ont connu une période de croissance économique forte et le plein-emploi, on se rappellera que l’époque était aussi celle de l’angoisse d’une apocalypse nucléaire imminente et que ce sont eux qui avaient 20 ans en Mai 68. Leurs enfants, les X, ont vu l’effondrement des idéologies (chute du mur de Berlin puis de l’URSS) et cet « esprit des fins » qui caractérisait les années 1990. C’est alors que vient la Génération Y qui a grandi dans un contexte qui a, comme les précédents, des caractéristiques propres et qui, selon nous, permettent de penser ce qu’ils peuvent avoir en commun

En premier lieu, la virtualité de la guerre car le conflit armé est devenu une affaire de professionnels sans lien direct et concret avec le quotidien. Nés après 78, les Y français n’ont même pas fait de véritable service militaire et le seul contact avec la guerre reste finalement les médias. Ensuite, l’évidence écologique puisqu’on sait dorénavant que l’activité humaine a un impact sur l’environnement. Sans faire de l’ensemble des moins de 30 ans des activistes écologistes, nous savons que nous vivons dans un monde pollué, et que nous polluons. Une autre caractéristique majeur est que ceux nés après 1980 n’ont jamais connu le monde sans le SIDA. Cela marque une rupture phénoménale avec la volonté de libération sexuelle des années 1960 et 1970. Pour un Y, l’acte sexuel est accompagné d’une prise de risque, et même si les pratiques de protection sont en régression, cette idée reste toujours présente. Comment nier l'impact que cela peut avoir sur les relations amoureuses ? Enfin, l’environnement des Y est de plus en plus numérique. Il est idiot de penser que toute la génération Y est digital native et technophile, mais on ne peut nier l’omniprésence des nouvelles technologies et d’internet. Beaucoup de « jeunes » sont réfractaires à l’informatique, et tous ne passent pas leurs journées sur Facebook. Si la majorité utilise régulièrement ordinateurs et téléphones portables, leur maîtrise en est très variable. Mais les technologies de l’information et de la communication sont instituées et font partie du contexte comme une évidence indéniable.

Dans ce contexte des années 1980 et 1990 en Occident, les Y ont connu un cadre commun qui leur donne une relative identité. Mais ils ne sont pas tous technophiles, rebelles ou créatifs. Certains ne savent pas se servir d’un iPhone, d’autres n’ont pas de compte Facebook et ils sont finalement peu à Twitter. Certains sont des entrepreneurs innovants mais beaucoup rechignent à se lancer dans l’angoissante création d’entreprise. Si on peut effectivement constater une tendance à la multi-activités, les Y restent capables de se concentrer sur une tâche et ne sont pas en constant zapping.
La génération Y n’est pas homogène, pas plus que les autres, mais le contexte dans lequel elle a grandi l’a doté d’éléments culturels communs. Ni plus, ni moins.

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