To Mooc or not to Mooc ?

Les MOOCs – Massive Open Online Courses – sont majoritairement proposés en langue anglaise aujourd’hui. Et cela pourrait freiner leur développement à terme, du fait de l’existence d’une barrière linguistique pour certains apprenants non anglophones.

Comment alors ce nouveau marché de la formation en ligne à échelle mondiale envisage t-il de se déployer au delà des différences linguistiques ?
Aujourd’hui, d’un clic et gratuitement (1) on peut développer ses compétences professionnelles car la technologie est telle que la connaissance et l’apprentissage voyagent vers des apprenants de toutes cultures. Pendant quelques semaines avec certains des meilleurs enseignants au monde, on peut revisiter ses fondamentaux sur le Management, apprendre de nouvelles techniques de Marketing ou de Finance, travailler sur sa capacité à innover, que sais-je encore…, et cela grâce aux MOOCs, et en 2 heures seulement de connexion hebdomadaire! De nouveaux programmes apparaissent chaque jour et l’histoire de cette nouvelle forme d’apprentissage est en train de s’écrire sous nos yeux, comme son modèle économique (2) qui est en passe de trouver sa voie.Si la première mission des MOOCs est de permettre l’accès à un enseignement pour tous à une échelle mondiale, un défi auquel nombre d’apprenants sont confrontés est la langue dans laquelle est enseigné le cours. L’hégémonie de la langue anglaise, utilisée dans ces programmes, devient alors une problématique très concrète dont certains acteurs prédominants s’emparent. Il suffit de noter que seulement 40 % des Courserians (étudiants inscrits sur Coursera, l’un des premiers fournisseurs de MOOCs) vivent dans des pays anglo-saxons et que trois des plus importantes plateformes de MOOCs, Coursera, Udacity, et EdX sont basées aux États-Unis. Si l’anglais est la langue mondiale dans le monde des affaires et de la recherche, qu’il est déjà dominant dans les sciences, l’ingénierie, la médecine entre autres, qu’en est-il alors dans l’offre de formations en ligne ?Les participants aux MOOCs font partie virtuellement d’une communauté mondiale et doivent être en mesure d’interagir les uns avec les autres dans la langue du programme dispensé. Néanmoins, la plateforme Coursera, du fait de la variété culturelle des apprenants, et consciente de l’enjeu que l’offre de programmes en plusieurs langues représente, a lancé fin avril 2014 le Global Translator (GTC)Community (3) avec pour objectif de créer des sous-titres traduits dans plusieurs langues, grâce notamment à la communauté des apprenants.En lançant son GTCCoursera a formé l’hypothèse que la langue anglaise dominerait à terme l’offre de contenus de MOOCs, et pourrait alors venir verrouiller leur fonction première en restreignant leur accès massif. Or, il semble peu probable que l’anglais puisse être traduit demain en instantané pour l’ensemble de ces enseignements. Et, s’il est indéniable que l’offre de MOOCs incite à un apprentissage en langue anglaise, de par la variété des contenus offerts dans cette langue mais aussi du style d’enseignement « à l’américaine» centré sur les acteurs, la collaboration et les échanges, il a été aussi démontré que l’on apprend mieux dans sa langue maternelle, car cela favorise une meilleure mémorisation et optimise le processus cognitif. Alors l’anglais comme langue d’apprentissage est surtout choisi pour répondre aux attentes d’une audience internationale (4). De plus, les internautes disposent d’outils de traduction en ligne gratuits et de plus en plus performants (5) qui leur permettent de comprendre rapidement le sens d’un texte afin d’en évaluer l’intérêt, et avant d’en faire une traduction plus approfondie. L’on pourrait aussi imaginer à terme, que des MOOCs soient donnés en licence à des fournisseurs locaux de plateformes qui proposeraient des contenus traduits dans leur langue nationale.Quel avenir alors pour une offre de MOOCs bilingues et la traduction en direct ?Google travaillerait depuis plusieurs années à la mise au point d’un traducteur instantané; son application dénommée Babel devrait permettre de traduire en direct et vocalement les communications téléphoniques notamment, et donc à terme les vidéos des cours, voire les discussions instantanées (Hangouts et Chats) entre apprenants et enseignants. Il existe aussi plusieurs projets open source à des niveaux d’avancement différents, comme Linguaphile. Enfin, l’Université Nationale Australienne – ANU -, depuis fin avril 2014, offre la première version bilingue, hindi – anglais, de MOOCs sur la base d’un format de cours de 10 semaines - Engage India -, grâce à un partenariat avec la plateforme EdX. L’Inde qui reste l’une des plus importantes sources d’étudiants étrangers dans les universités australiennes était une cible à ne pas rater; et ce n’est pas un hasard si le fondateur d’EdX, Anant Agarwal (6) qui est né en Inde et maintenant vit aux États-Unis, considère que les MOOCs sont très importants pour l’avenir de l’éducation dans son pays d’origine et a fait de l’hindi la troisième langue officielle des programmes d’EdX, permettant depuis à des partenaires indiens, comme IIT Bombay (7), de proposer des cours spécifiques à leurs collaborateurs en ligne et en hindi.Aujourd’hui le développement de ces programmes d’enseignements de grande qualité, ouverts à tous et en ligne, permet à quiconque, où qu’il se trouve, d’accéder à des cours des meilleures universités/écoles au monde, et ce, à moindre frais (soit a minima le coût d’une connexion internet). Des acteurs de la Digital Economy aussi importants que Google (8) génèrent chaque jour de nouveaux partenariats pour offrir des contenus plus adaptés; et c’est cette « customisation » de l’offre à court terme, qui devrait permettre d’infléchir définitivement le modèle économique des MOOCs en étant créatrice de valeur !Last but not least (9), ces nouvelles formes d’apprentissage sont efficaces car ludiques : et quoi de mieux que d’apprendre le Mooc en Moocant ! Alors, où que vous vous trouviez, et qu’importe l’heure, lancez-vous ! Inscrivez-vous sur une plateforme (10) et choisissez votre Mooc librement en fonction de vos envies ou de vos besoins de connaissances.Et surtout, quelle que soit votre langue maternelle ou d’apprentissage…Enjoy !

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  1. Avec parfois l’offre d’une option payante pour obtenir un certificat de suivi et une première évaluation des connaissances acquises, dont on peut alors attester sur un CV par exemple. Les MOOCs disposent d’un système d’évaluation des apprentissages grâce à des tests – type quizz qui permettent une évaluation de ce qui est acquis ainsi qu’un suivi de la progression de l’apprenant.
2) Modèle de revenus et donc de coûts, et proposition de valeur.
  2. Cet outil collaboratif a émergé à la demande des participants quand spontanément ils ont décidé de s’entraider en proposant des sous-titres à l’intention de leurs camarades de classe non anglophones. Il permet à n’importe qui de  contribuer à la traduction, en s’inscrivant librement sur une plateforme des traductions. Plusieurs partenaires linguistiques soutiennent Coursera dans le monde comme la Fondation Lemann (Brésil), la Fondation Carlos Slim (Mexique), ABBYY Language Services (Russie), et Guokr (Chine).
  3. À l’heure actuelle, selon Andrew Ng, co-fondateur de Coursera, au moins 60% des inscrits sur sa plateforme proviennent de pays non-anglophones ; mais on peut supposer que ces apprenants ont un bon niveau d’anglais. Les vidéos des cours ainsi sous-titrées devraient permettre d’élargir l’accès à ce type d’enseignement à travers le monde ; une fois que le programme démarrera, des sous-titres traduits seront affichés pour tous les élèves grâce à un outil « sous-titrage » proposé au moment de lecture de la vidéo. Selon Coursera, ces sous-titres traduits était l’une fonctionnalité les plus demandées par les apprenants et la traduction devrait augmenter les inscriptions des locuteurs de la langue traduite jusqu’à 200-300 %.
  4. Deux méthodes pour produire une traduction sont utilisées aujourd’hui sur internet : a) La traduction mot-à-mot avec un logiciel qui utilise une énorme base statistique sur la langue puis génère mécaniquement un texte, b) La modélisation linguistique qui fait appel à des facultés d’interprétation grâce à l’utilisation de dictionnaires thématiques et d’algorithmes élaborés ; c’est la seule technique pouvant garantir le minimum d’erreurs de sémantique, l’interprétation consistant à identifier le sens et le référent de la phrase ou du texte à traduire.

  5. Anant Agarwal est un locuteur natif Hindi. Il est né et a grandi en Inde jusqu’à son départ pour les Etats- Unis pour l’Université de Stanford .Les étudiants inscrits à ce premier MOOC entièrement bilingue ont ainsi le choix d’utiliser l’anglais ou le hindi comme langue d’enseignement. Tout, y compris les vidéos et la lecture de documents, est disponible dans les deux langues. Les élèves peuvent même choisir la langue qu’ils utilisent dans les forums en ligne. Les étudiants indiens représentent 250 000 des 2 millions apprenants qui se sont inscrits sur la plateforme d’EdX.

  6. IIT-B – Indian Institute Technology – Bombay a créé ses trois premiers MOOCS – l’Introduction à la Programmation informatique (la partie 1), l’Introduction à la Thermodynamique et l’Introduction à la Programmation informatique (la partie 2 et 3). Les sessions pour les deux premiers cours commenceront en juillet 2014, le troisième cours débutera en septembre 2014. Les étudiants pourront recevoir un certificat attestant le suivi du cours, au prix de Rs 1,500 (environ 19 euros).
  7. Google travaille au projet d’une application MOOC appelée Course Builder qui permettra de créer son MOOC en quelques clics.

  8. « Dernier point mais non des moindres »
  9. Je recommande la plateforme française FUN – France Université Numérique, qui reprend la présentation et le format des cours de la plateforme américaine EdX

  10. cf. le titre de l’article ! Choisir de suivre un MOOC même quelques heures, c’est découvrir le plaisir d’apprendre en ligne en lien avec une communauté connectée un peu partout dans le monde !

Mooc