Apprendre le changement avec Syriza

La victoire de Syriza nous annonce-t-elle la montée des extrêmes ? Les mêmes causes, les mêmes effets : on est reparti comme en 40 ? Il est difficile de prévoir, en particulier l’avenir, disait Niels Bohr. En tout cas, il y a peut-être dans l’affaire grecque une grande leçon de changement : pour le réussir, il faut être, en deux mots, « in quiet ».

Grèce. Syriza au pouvoir. N’est-ce pas effrayant ?, se demandait un ami. Je lui ai répondu, en substance, que, avant les élections, la presse internationale envisageait trois scénarii :

La Grèce sauve l’Europe

Le scénario idéal. Il n’y a pas de changement d'objectif : la Grèce rembourse et se réforme. Mais la manière de mener le changement change. On passe du changement comme punition à un changement comme recherche d’une meilleure efficacité. Et là, il se trouve que Syriza a un atout. Le mal de la Grèce, ce que l’on tente de réformer, se nomme clientélisme. Or les partis de gouvernement traditionnels en sont les causes premières. Ils ne peuvent donc pas se mettre à dos leur clientèle en lui faisant subir le changement ! Mais Syriza a les mains libres. Si cette analyse est juste, que Syriza conduise des changements désagréables, mais utiles, est dans l'intérêt des partis traditionnels !
Il y a mieux dans ce scénario. L’apprentissage grec donne à l’Europe l’idée d’une nouvelle façon de se réformer. Le peuple n'est plus la victime de « l'austérité ». Austérité qui le pousse, en désespoir de cause, vers les extrêmes. Résultat : l'économie et la société s'écartent du précipice au bord duquel elles chancellent...

La Grèce évite le chaos ?

Le second scénario veut que Syriza ne parvienne pas à établir un gouvernement. C’est le chaos. Syriza a fait mentir ce scénario.

… Pour tomber entre les mains d’une joyeuse bande d’amateurs ?

Il y a, enfin, le scénario « bande d'amateurs ». Syriza est constitué d’une équipe hétéroclite, qui n’est pas préparée à diriger une nation. Ce scénario semble le plus vraisemblable. En effet, Syriza, très à gauche, s'est allié avec un parti qui ressemble à notre FN, avec un QI apparemment inférieur. Carpe et lapin unis dans leur opposition..

… Décidément la Grèce n’échappera pas au chaos ?

De plus, Syriza, s’il doit renégocier remboursements et réformes va devoir faire des compromis, et renier une partie de ses promesses de campagne. Ses propres députés risquent de ne pas le suivre. D’où dissolution. Retour au second scénario. La probabilité de nouvelles élections à court terme est élevée.

Le chaos est une façon de penser collective

Mais voilà. Quand il est question de changement, parier sur la stupidité des gens n’est jamais gagnant. C’est ce que mon expérience m’a appris. On ne peut pas écarter l'hypothèse qu'un montage aussi invraisemblable et fragile soit voulu.
Car, sachez-le, se mettre le dos au mur, brûler ses bateaux, est la bonne façon de réussir une négociation conflictuelle !
D’ailleurs, c’est la tactique qu’avait utilisée le précédent premier ministre grec. C’est à elle que nous devons ces élections anticipées ! Il a suicidé son gouvernement.

En fait, nous sommes dans le cas d'un changement « incontrôlé ». Il est incontrôlé parce qu'il n'a pas d'objectif. Ce type de changement est par nature chaotique. Mais il est rationnel.

Dans un changement incontrôlé, la société pense sans que nous pensions. Voici comment elle procède. Elle nous projette les uns contre les autres. Nous essayons d’imposer nos intérêts. Réaction indignée. D’où une succession d’attaques et de contre-attaques, de victoires et de revers… Mais ces chocs nous permettent de « comprendre » la logique de l’autre, ce qui compte pour lui, sa notion de la justice, et de progressivement mettre au point notre partie du changement dont la société a besoin. Tout cela se fait dans la douleur, mais inconsciemment.

Soyons "in quiets"

On prête à notre président la croyance au cycle économique. Pas besoin d’agir, après la pluie, le beau temps. Ce que je viens de dire validerait-il cette théorie ?

Non. S’il y a cycles, ces cycles sont produits par l’action humaine. Si l’homme ne fait rien, il ne se passe rien. Le changement incontrôlé présente un danger : le blocage. Un acteur se fige dans ses certitudes ou dans son honneur outragé. Surenchère dans l’invective. Jusqu'au geste irréparable.
Depuis longtemps j’observe le changement. J’en suis arrivé à une idée très simple. Le critère ultime de succès d'un changement est « l'in quiétude » (en deux mots). C'est-à-dire le fait non d'être stressé mais d'être vigilant.
Pour ma part, j'ai l'impression, en dépit de tout le mal que l'on peut dire de nos gouvernants mondiaux, qu’ils sont « in quiets ». Toutes les idéologies ont bu un bouillon. Ils n’ont plus de certitudes. Le pragmatisme est aux commandes.

J’espère ne pas vous avoir rassuré… 

Compléments :

Premier ministre / Gestion du changement