Attention, révolution ? L’innovation devient frugale ?

Notre modèle économique est caractérisé par l’inutile. Demain, l’innovation frugale ? Un tsunami ?

C.K.Prahalad, gourou anglo-saxon, pensait tenir une mode de management. « The bottom of the pyramid ». Ou l’innovation frugale. Comme dans toute mode de management, il s’agissait d’imiter quelqu’un. L’Inde, en l’occurrence. Car, en Inde, on est parvenu à donner aux pauvres (« bottom of the pyramid ») des services pour riches. Il a suffi de le vouloir pour le pouvoir : qu’il s’agisse d’opération chirurgicale complexe, ou de mobilité téléphonique, on peut en réduire, spectaculairement, le coût.

Bonne nouvelle ! Nous ne sommes peut-être pas condamnés au réchauffement climatique ! Mais, en Occident, la mode a fait flop. A moins qu’elle n’ait pas dit son dernier mot...

Conquête de l’inutile

Economie du partage ?, me direz-vous. Degré 0 de la frugalité. L’aviation ou le train « low cost » ?, alors. Il y a plus révolutionnaire : le Big Data selon Google. La démocratisation de l’informatisation remplace les bases de données traditionnelles et les serveurs sophistiqués par de vieux algorithmes et des nuages de PC ordinaires. C’est un tremblement de terre pour IBM, HP et leurs amis. Et Sigfox ? Il prend le contre-pied du GSM « toujours plus haut débit ». Or l’hyper bas débit a des quantités de vertus. Ne serait-ce que de coûter et de consommer très peu, et d’éviter le virus à l’Internet des choses…

Et si l’inutile était la caractéristique de notre société ? Le siège de voiture est bourré d’électronique. Il faut une heure pour l’assembler ! Qui utilise ces fonctionnalités ? Et celles du logiciel de traitement de texte ? Les extracteurs d’air de mon immeuble ont plus de 50 ans. Doit-on les changer ? Surtout pas ! Ce que l’on fabrique aujourd’hui n’est ni durable, ni efficace !, répond un spécialiste.

Et l’Education nationale ? Je lisais Condorcet. Il s’émerveillait des progrès de la science. De sa vitesse d’entrée dans les connaissances de tous. Est-ce encore le cas ? Vous a-t-on enseigné la théorie du chaos de Poincaré ? La systémique ?... En revanche, qu’est-ce qui vous a servi dans ce que vous avez étudié ? N’auriez-vous pas pu gagner quelques années d’indépendance en éliminant le superflu ou ce que la vie vous aurait appris de toute manière ?

Je pourrais multiplier les exemples. Tout est devenu d’une complexité qui ne sert à rien, sinon à gêner notre existence, et à justifier un prix élevé et quelques rentes.

Les Indiens à la conquête de l’Ouest

Attention. Le changement pourrait être brutal ! Nous vivons à l’heure du marché et de la concurrence. Or, la concurrence a un effet paradoxal : elle tend à éliminer le meilleur, et encourage un comportement moutonnier. (Il suffit de regarder l’offre politique pour constater cela.) Donc, dès que quelque-chose de révolutionnaire parvient à traverser les pavés, tout le monde change, en bloc.

La question qui se pose à nous est : n’est-ce pas ce qui est en train de se passer ? N’y a-t-il pas des failles qui commencent à apparaître ?  Si c’est le cas, un Far West s’ouvre à l’esprit (indien) entreprenant !

Compléments :

  • CK Prahalad, The Fortune at the Bottom of the Pyramid, Wharton school publishing. Alors qu’il parle d’innovation frugale, le livre ne contient que quelques pages utiles, le reste semblant un remplissage justifiant un prix élevé ! Illustration de la résistance au changement occidentale ? Les quelques idées utiles sont en téléchargement gratuit…
  • Sur l’arrivée de l’innovation frugale en Occident : Cheap and chearful, The Economist, 24 janvier 2015. The Economist explique : « Les classes moyennes des pays riches sont parmi les grands perdants (des transformations connues par le monde ces dernières décennies) ». Un facteur favorable à l’innovation frugale est que nous sommes devenus des Indiens. Les inégalités entre pays se tassent. En revanche, nous connaissons le double phénomène des « 0,1% » et du « sablier ». Une petite fraction de la population s’enrichit massivement. Mais le reste s’appauvrit. Et il y a disparition de la classe moyenne. Sablier, ou pyramide ?
  • Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique, Garnier-Flammarion, 1994.

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