Délégation : et si un jour, vous n'arriviez pas au bureau ?

Chez les patrons de TPE/PME, la délégation est sans doute l'exercice le plus difficile. Le dirigeant d'entreprise a souvent du mal à déléguer car cela est vu comme une perte de pouvoir. Et pourtant, prévoir son absence est plutôt un acte responsable.

Pour quelles raisons un patron n'atteindrait-il pas son bureau ? Ou en version management mobile, ne pourrait-il pas se connecter ?
On va vite passer sur la raison la plus définitive, la mort. On sait que cela doit nous arriver mais en général on estime que ce sera le plus tard possible. 
Mais il y a de nombreuses autres raisons : l'accident, le burn-out -de plus en plus fréquent-, l'accident cardio-vasculaire, la maladie...ou l'absence de connexion ou le vol de son "bureau" mobile (ordinateur, tablette, smartphone).
Si on additionne l'ensemble de ces facteurs, on augmente assez considérablement le risque, qu'un jour, on ne puisse pas (re)joindre son lieu de travail. D'où l'importance de la délégation.
La délégation, c'est, en général, permettre à une autre personne d'accomplir une tache à sa place. Il faut donc accepter que l'autre fasse différemment avec des résultats qui ne seront peut-être pas les mêmes. En général on pense que le délégataire fera moins bien que "l'original" mais parfois il fait mieux, c'est une petite difficulté supplémentaire à gérer pour certains patrons qui se voient comme le meilleur d'entre nous.
Mais la délégation, c'est aussi un acte administratif : délégation de signature, de mandat, de responsabilité. Il existe un acte juridique qui permet d'organiser cette délégation, il s'agit du mandat de protection future qui est malheureusement très peu utilisé par les dirigeants parce que préparer ce mandat c'est un peu se projeter dans d'éventuelles difficultés et c'est forcément difficile pour une personne qui est, par définition, dans l'énergie et la construction.

Enfin, avec la digitalisation des TPE/PME, que ce soit pour leur communication (site internet 50% des TPE équipées ) mais aussi pour la gestion courante : comptabilité, relation client, devis, mails, etc... La délégation doit aussi se faire sur l'accès aux comptes web, au cloud utilisé par la petite entreprise, aux services en ligne. Et pour l'instant, cette gestion des droits et de la délégation n'est vraiment pas bien gérée par les services. On peut partager des éléments mais on ne donne pas accès à son propre compte. Et on peut même estimer que plus le contenu est stratégique pour l'entreprise, moins le secret est partagé. 

Tant et si bien que même si la délégation humaine est prévue... Le délégataire risque de se retrouver pieds et mains liés, sans accès aux informations clés nécessaires à la réalisation de sa mission. On a de moins en moins de connaissance dans notre cerveau, on délègue à notre smartphone et à la mémoire de notre ordinateur, mais on garde trop souvent le moyen d'y accéder, les clefs numériques.

Les services américains notamment commencent à proposer des options de transmission (Google, Facebook, etc.); un service français Transmitio s'intéresse au sujet et propose une transmission de l'ensemble des clés numériques.

Le sujet, au même titre que la mort numérique, doit être intégré au minimum dans les plans de continuité d'activité des entreprises.

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