Digital : l’université mise à jour

La révolution numérique représente une opportunité sans précédent pour répondre aux nombreux défis auxquels notre système d’enseignement supérieur est confronté. Pourtant, il existe plusieurs pistes pour mettre en place une stratégie numérique ambitieuse.

800 000 : c’est, faute de formation adaptée, le nombre d’emplois vacants dans le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) estimé par la Commission européenne à horizon 2020. Ce chiffre, pour impressionnant qu’il soit, ne décrit qu’une infime partie du défi auquel nos sociétés sont confrontées.

Au-delà du secteur des technologies de l’information et de la communication, l’ensemble de l’économie et des métiers sont concernés par la révolution numérique. La digitalisation progressive de tous les secteurs d’activité demande de plus en plus de "têtes bien faites", capables de penser la complexité. De la formation aux compétences strictement "numériques" la réflexion doit donc s’étendre aux compétences "de l’ère numérique", que sont, par exemple, les capacités d’anticipation, l’esprit critique ou la créativité.

Le défi adressé à notre système d’enseignement supérieur est donc double : former plus de diplômés aux métiers du numérique, d’une part, adapter l’ensemble de nos formations aux réalités d’une société vivant à l’ère numérique, de l’autre.

En faisant sa révolution, notre système d’enseignement supérieur pourra résoudre nombre de ses maux. massification, défaillance de l’orientation, décrochage universitaire : sur tous ces sujets, l’enseignement supérieur français peut tirer parti des potentialités du numérique. Rénover et accroître la qualité des modèles pédagogiques, lutter efficacement contre le décrochage universitaire en individualisant les parcours et en renforçant l’orientation, favoriser l’insertion professionnelle des étudiants, renforcer l’attractivité de nos établissements… sont autant d’attendus possibles d’une telle réforme.

L’histoire institutionnelle récente nous pousse à nous engager sur cette voie. Depuis près d’une décennie, des efforts considérables ont été accomplis pour rendre nos universités et nos écoles plus autonomes. Il est temps d’aller plus loin. Par la maîtrise de leurs données, le développement de bons outils de pilotage ou le basculement dans l’innovation ouverte nos universités pourront entrer pleinement dans l’ère numérique. Le parachèvement de l’autonomie en est la condition préalable. Le rayonnement de nos universités en France et à l’international en est l’issue.

C’est pourquoi, avec l’Institut Montaigne, nous avons souhaité analyser la façon dont les institutions d’enseignement supérieur, en formation initiale comme en formation continue, peuvent adapter leurs modèles afin de tirer parti des potentialités du numérique. Il faut aujourd’hui  imaginer un modèle nouveau, façonné par l’esprit du siècle, qui valorise la créativité individuelle et le travail collectif, la pensée de rupture, le goût de l’expérimentation. Un modèle qui facilite les parcours pluridisciplinaires, qui enseigne les matières essentielles et, au-delà, qui invite à des allers-retours réguliers entre recherche fondamentale et recherche appliquée.

Dans les décennies qui viennent, la performance sociale et économique de notre pays sera largement dépendante de notre capacité à mettre en œuvre une stratégie numérique ambitieuse, associée à un capital humain formé en conséquence. Nous ne pouvons pas laisser passer cette opportunité. C’est tout le sens des propositions que nous formulons dans le rapport de l'Institut Montaigne.

Cette chronique est écrite par Gilles Babinet et Edouard Husson, professeur des universités, vice-président, Université Paris Sciences et Lettres (PSL).

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