Investir en crowdlending : comment ne pas se tromper

Prêter de l'argent à des entreprises via des sites Internet dédiés peut rapporter gros. Encore faut-il choisir la bonne plateforme et le bon projet.

En 2015, 27 plateformes françaises de crowdlending ont permis de prêter 196,3 millions, selon l'association Financement Participatif France, contre 88,4 millions en 2014, soit une hausse de 122% du montant de la collecte. L'engouement pour cette forme de financement participatif est donc évident. Et pour cause : cette branche du crowdfunding permet aux emprunteurs d'accéder rapidement et facilement au financement, ce qui n'est pas toujours possible dans le système bancaire, et aux prêteurs de bénéficier de rendements plus élevés que ceux offerts par bon nombre de produits d'épargne*.

Limiter le capital investi

Mais sous des dehors attractifs, le crowdlending n'en est pas moins un placement à manier avec précaution. Il renferme en effet une contrainte de liquidité. "Quand on investit sur des crédits, il faut bien avoir à l'esprit qu'ils sont amortissables sur deux à six ans. On ne peut pas récupérer son argent aussi facilement que lorsqu'on le place sur un livret d'épargne", prévient Frédéric Chaignon, directeur des ventes de Prêt d'Union, une plateforme qui ne prête qu'aux personnes physiques. "En Bourse, vous pouvez vendre. En crowdlending, tant que le prêt n'est pas fini, votre argent est immobilisé", enchérit Nicolas Lesur, fondateur d'Unilend, une autre plateforme.

Autre motif d'inquiétude : si la plateforme venait à rencontrer des problèmes de performance, de liquidité, voire à se trouver en situation de défaut, le client se retrouverait dans une position délicate", imagine Frédéric Chaignon. C'est pourquoi il recommande de ne jamais placer plus de 20% de son épargne sur une plateforme de crowdlending. Et ce n'est pas le seul prérequis pour minimiser son risque et réaliser un investissement réussi.

Veiller aux fonds propres des plateformes

Premier impératif pour les prêteurs : bien choisir la plateforme qui servira d'intermédiaire. "Mieux vaut privilégier celles qui ont beaucoup de capitaux propres, car aucune n'est encore rentable", conseille Nicolas Lesur, d'Unilend qui, pour sa part, affiche 9,5 millions d'euros de fonds propres. Olivier Goy, président fondateur de Lendix, un concurrent, tient toutefois à rassurer les prêteurs potentiels : "Même si une plateforme dépose le bilan, elle n'utilisera jamais l'argent des prêts pour payer ses dettes. La continuité de l'activité est assurée, l'argent prêté ne passant jamais par la plateforme mais par son prestataire de services de paiement".

Attention au taux de défaut

Le taux de défaut, que tous les Intermédiaires en financement participatif (IFP) ont l'obligation de communiquer, doit également entrer en ligne de compte. "Certaines affichent déjà des taux de défaut non négligeables", déplore Louis de Froissard, du cabinet de conseil en gestion de patrimoine Montaigne Patrimoine, qui a lancé un mandat d'accompagnement au crowdfunding en octobre dernier.

Un constat d'autant plus préoccupant que, comme le fait remarquer Olivier Goy, de Lendix, les plateformes de crowdlending sont jeunes : "Le décret qui réglemente l'activité date d'octobre 2014 donc, forcément, le taux de défaut ne reflète pas encore la réalité. Chez Lendix, nous n'avons pas encore de défaut mais ça ne veut pas dire qu'on n'en aura jamais. Mécaniquement, ça va arriver". Nicolas Lesur le reconnaît, sa plateforme présente "plus de défauts que les autres". Sur 265 projets financés via Unilend, dix sont en procédures collectives, dont une en sauvegarde, et quatre sont en recouvrement. "C'est-à-dire que deux échéances consécutives, au moins, n'ont pas été payées", traduit le dirigeant. Mais selon lui, ces chiffres s'expliquent : "Les autres sites ont à peu près un an alors que, nous, nous avons deux ans". Et ces statistiques ne feraient pas d'Unilend un mauvais élève pour autant. "Nous avons eu notre premier défaut au bout de 13 mois d'existence alors que tous ceux qui ont fêté leur premier anniversaire l'ont eu avant", défend Nicolas Lesur.

Privilégier les plateformes sélectives…

Autre critère à prendre en compte, la manière dont les plateformes sélectionnent les projets qu'elles présentent. "Pour faire du chiffre d'affaires, elles peuvent être tentées de mettre des dossiers de moins bonne qualité", prévient Thomas Bourayne, directeur général de Credit.fr Il faut donc choisir une plateforme qui se montre très sélective.". Pour sa part, il ne retient que les projets d'entreprises qui ont plus de 4 ans. "Si elles sont plus jeunes, on considère que la probabilité de défaut est trop importante pour proposer à nos investisseurs de les soutenir", justifie-t-il. Au final, Credit.fr ne retient que 0,7% des dossiers reçus. Le taux n'est guère plus élevé chez Unilend (1%), qui demande notamment aux entreprises d'avoir au moins trois bilans, des fonds propres positifs et de se trouver dans une "situation saine", ce qui, pour Nicolas Lesur signifie "ne pas être au bord de la procédure collective, ne pas avoir de privilège, d'avis à tiers détenteur…".

… et qui investissent elles-mêmes

Mieux vaut également porter son choix sur une plateforme dont les intérêts sont alignés avec ceux des prêteurs. "Prêt d'Union est obligé de financer 5% de la production de crédit", promeut Frédéric Chaignon. Nous n'allons donc pas proposer de mauvais projets sur la plateforme puisque nous sommes nous-mêmes obligés de les financer." Certains acteurs vont encore plus loin. Chez Lendix, par exemple, ce sont les dirigeants qui prêtent à tous les projets entre 8 à 10% du montant du prêt. "Si un dossier dépose le bilan, que l'entreprise ne peut plus rembourser, nous perdrons de l'argent", explique Olivier Goy.

Multiplier les lignes de crédits

Mais pour bien investir en crowdlending, il ne suffit pas de choisir une plateforme fiable. Il faut également, comme toujours en matière de placement, diversifier. "Si vous avez 10 000 euros à prêter, il vaut mieux prêter 100 euros à 100 entreprises que 1 000 euros à 10 entreprises", assure Nicolas Lesur. En Bourse, si vous avez 100 lignes dans votre portefeuille et qu'il y en a une qui double, vous ne sentirez presque pas la différence. En revanche si vous n'en avez que 20 et que l'une d'entre elles double, cela aura un vrai impact. En matière de prêts, c'est tout l'inverse : que vous prêtiez 1 000 euros à 10 entreprises à 8% ou 100 euros à 100 entreprises à 8%, vos 10 000 euros seront toujours prêtés à 8%. Faire un choix très spécifique n'améliore pas le gain. Ce qu'il faut, c'est réduire l'impact des défauts. Et un prêteur qui a un portefeuille de 100 lignes peut supporter un taux de défaut de 16% avant que son rendement devienne négatif." Chez Lendix, on estime que le seuil de diversification idéal se situe autour des 50 projets.

Diversifier les secteurs

Financer suffisamment de projets, c'est bien. Mais financer suffisamment de projets dans suffisamment de secteurs d'activités, c'est mieux. "On a parfois tendance à laisser parler le cœur plutôt que le portefeuille et à investir dans des sociétés issues de secteurs avec lesquels on a des affinités et à être prêts à prendre beaucoup de risques dans ces cas-là, remarque Olivier Goy. Mais c'est aussi important d'aller vers des secteurs par lesquels on n'est pas forcément passionné, comme le BTP, par exemple."

Ceci dit, pour Yves Gambart de Lignières, conseiller en gestion de patrimoine, si ce n'est pas pour être un minimum dans l'affectif, mieux vaut "acheter un fonds obligataire high yield, qui fera 5 ou 6%, qu'investir en crowdlending. Ce sera certes un peu moins rentable mais plus sécurisé car plus diversifié, avec un gérant actif derrière qui fera sélection au moins aussi poussée, si ce n'est plus, que celle opérée par la plateforme." Et de poursuivre : "d'autant que les intérêts des prêts sont fiscalisés à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux alors qu'un fonds peut se loger dans un contrat d'assurance-vie".

Sur Prêt d'Union, l'emprunteur n'a d'autre choix que de diversifier, puisque la plateforme a mis en place des véhicules mutualisés qui exposent l'investissement des prêteurs au portefeuille entier de crédits, permettant ainsi de réduire au maximum le risque et de sécuriser leur placement.

Vérifier les comptes de l'entreprise

Quand il est possible de cibler l'emprunteur, "il faut faire preuve de bon sens et étudier les données portées à notre connaissance sur les plateformes, recommande Louis de Froissard. Il y a parfois des motifs d'incohérence ou d'inquiétude faciles à déceler. Le prêt à une entreprise toute récente ou le financement du lancement d'une franchise doivent, par exemple, être évités." Et de poursuivre : "Il faut notamment regarder si le bilan de l'entreprise permet le remboursement de l'emprunt. Ce n'est pas toujours le cas et l'emprunt ne permet pas toujours de développer le chiffre d'affaires nécessaire au remboursement". Autre astuce pour minimiser le risque pris : soutenir un projet co-financé par une banque. "C'est une bonne indication sur la qualité du dossier", assure le conseiller.

Enfin, pour bien répartir le risque sur tous les dossiers, mieux vaut "prêter la même somme de manière régulière, conseille Olivier Goy. Il ne s'agit pas de mettre 1 000 euros la première fois parce qu'on dispose de cette somme puis 20 euros le coup d'après."

On vous aura prévenu.

*En moyenne, entre 3 et 4% chez Prêt d'Union, 5,40% chez Unilend, 6,5% chez Lendix et 7% chez Credit.fr. Ces taux sont net du risque mais brut de fiscalité.

 

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