Renaud Finaz de Villaine (Micropole) "La Business Intelligence sociale aide à transformer les followers en prospects"

Les outils de Business Intelligence sont de plus en plus nombreux à analyser des données issues des réseaux sociaux. IBM, Microsoft, Oracle et SAP peinent à rattraper leur retard.

JDN Solutions. Quels sont les atouts de la Business Intelligence sociale ?

Renaud Finaz de Villaine. Alors que l'on utilisait jusqu'alors la Business Intelligence surtout à des fins d'analyse du passé et de compréhension des données internes à l'entreprise, aujourd'hui on cherche à devancer les intentions des clients tout en se tournant vers des sources d'informations externes à l'entreprise, en particulier les réseaux sociaux.

Pour les entreprises, la Business Intelligence sociale présente un triple intérêt. Le premier est de pouvoir partager en temps réel des données décisionnelles et les commenter, c'est ce que l'on appelle la Business Intelligence collaborative. Mais il y a deux autres aspects plus importants. Tout d'abord la capacité des solutions à analyser les réseaux sociaux, pour transformer par exemple une petite partie, peut-être 1-2% des followers qui suivent une marque, en clients. Ce qui, lorsque l'on parle de milliers voire de millions de followers représente une taille conséquente de nouveaux prospects.


Enfin, la capacité des solutions à cartographier les réseaux sociaux pour comprendre les relations qu'entretiennent les individus entre eux et devancer leurs attentes, leurs envies monte aussi en puissance. Et si une entreprise est en mesure d'anticiper ou de mieux comprendre leurs relations, elle va pouvoir mieux cibler et segmenter ses clients.

Parallèlement, la surveillance de l'e-réputation va se banaliser. Avant, les entreprises avaient à leur disposition des outils pas assez performants qui ne permettaient pas une analyse fine et approfondie. Aujourd'hui, les solutions d'analyse de l'e-réputation se sont ouvertes aux réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et Tumblr.  

 

Quels acteurs innovants voyez-vous émerger sur ce créneau ?

MicroStrategy et Information Builders ont été les premiers à proposer des solutions de BI sociale à même d'interroger les réseaux sociaux. Toutefois, il faut bien se rendre compte que la demande est encore émergente et que l'on est au début d'un phénomène qui ne demande qu'à s'amplifier.

"Les acteurs traditionnels de la BI ont passé les 5 dernières années à intégrer les solutions qu'ils ont rachetées"

Aujourd'hui, on voit aussi émerger des outils de data vizualisation qui proposent une valeur ajoutée 1 000 fois supérieures à celle de la BI traditionnelle. Contrairement à la data vizualisation, les graphiques sous Excel n'apportent aucune valeur ajoutée si ce n'est un graphique brut et figé. Excel, c'est fini.



Des nouveaux entrants sont arrivés sur ce nouveau marché porteur, qui savent manipuler la linguistique et la sémantique, les données structurées et non structurées. Je pense à trois acteurs français des moteurs de recherche comme PolySpot, Sinequa et Exalead. Mais aussi à Tibco Spotfire.

Parmi les acteurs qui montent, on trouve aussi bien des solutions propriétaires comme Tableau Software qui est le premier à fournir un moteur de recommandation pour proposer aux utilisateurs un graphique adapté à leurs recherches. Il y a également de très belles choses du côté de Bime, BiBoard et Reboard.

Quid des offres des acteurs historiques comme SAP, IBM, Microsoft et Oracle ?

Les grands éditeurs comme Microsoft et Oracle se sont également rendus compte de l'importance de se doter d'un moteur d'indexation. Mais, d'autres ont pris du retard comme SAP-BO qui ne fait rien par exemple pour déterrer son superbe moteur Inxight, sans parler d'IBM qui n'a rien intégré du tout en la matière.

Dans le meilleur des cas, les acteurs traditionnels de la BI ont passé les 5 dernières années à intégrer les solutions qu'ils ont rachetées, et n'ont pas vu qu'ils se faisaient rattraper en termes d'innovation par des acteurs plus petits. Quand SAP met en avant sa technologie d'exécution en mémoire, tout le monde crie au génie. Mais il faut quand même se rappeler que l'anglais TMone, racheté par Cognos, proposait déjà il y a 20 ans un moteur d'analyse en mémoire.


La grande innovation de demain c'est la capacité des moteurs à scanner et indexer les documents en leur donnant du sens pour créer au final une vraie valeur ajoutée pour l'utilisateur. Malheureusement, nombreux sont les acteurs de la BI à ne pas avoir vu l'émergence de l'information non structurée, mille fois plus importante en termes de volumétrie que celles contenues dans les bases de données traditionnelles.


Renaud Finaz de Villaine est directeur marketing et communication de Micropole.

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