Pourquoi l'histoire de Yamaha devrait inquiéter les vendeurs de matériel informatique

Certaines entreprises abandonnent leurs centres de données pour se tourner entièrement vers des solutions cloud, moins gourmandes en main d’œuvre et en argent.

"Le cloud computing changera le monde, que cela vous plaise ou non, nous a déclaré Vimal Thomas, vice-président de Yamaha Amériques. "Acceptez cette innovation avant qu'elle ne vous écrase."

Vimal Thomas est bien informé. Il a mené un projet sans précédent pour remplacer les 200 serveurs informatiques de Yamaha Amériques par le cloud d'Amazon, Amazon Web Services (AWS), abandonnant ainsi des centres de données de l'entreprise et économisant 500 000 dollars sur une année.

Presque toutes les entreprises utilisent des services de cloud computing comme AWS. Microsoft, Google et IBM proposent des services similaires. Ce marché connaîtra une croissance annuelle de 21% et pèsera 32 milliards de dollars en 2015. Le cloud représente près d'un tiers des dépenses totales en infrastructure IT, selon IDC.

Mais très peu d'entreprises abandonnent complètement la voie informatique traditionnelle au profit du cloud. La plupart ont recours aux deux solutions. Elles préfèrent garder leurs serveurs et logiciels à disposition dans un centre de données interne et attendre le moment où cette technologie coûtera trop cher ou ne sera plus assez sécurisée pour passer totalement au cloud. Elles continuent donc d'acheter leur propre matériel.

Vimal Thomas a déclaré à Business Insider qu'à la fin 2013, après avoir étudié le budget de Yamaha, il s'est rendu compte que conserver des machines n'était pas judicieux.
 

La fin d'un travail fastidieux

Comme bon nombre d'entreprises, Yamaha Amériques louait ses serveurs informatiques (60 sur une période de 30 mois). Ce matériel supportait près de 200 logiciels, et utilisait à la fois des systèmes d'exploitation Windows et Linux. Ces logiciels géraient des centaines d'applications, y compris la messagerie électronique, les applications Office et les applications financières pour n'en citer que quelques-unes.

Chaque mois, la location d'un ou deux de ces serveurs arrivait à échéance et un autre serveur venait en remplacement. L'équipe chargée de l'infrastructure IT devait alors sauvegarder les données puis tester et installer les applications pour que le nouveau serveur soit utilisable. C'était un travail fastidieux et les coûts de main d'œuvre étaient élevés. "Ce n'était pas possible de continuer de cette manière," a déclaré Vimal Thomas.

Le vice-président de Yamaha Amériques a envisagé d'embaucher pour ce travail, mais la facture aurait atteint la somme astronomique de 1 million de dollars par an uniquement pour la main d'œuvre, sans compter le loyer des nouveaux serveurs. Il a donc décidé de passer intégralement au cloud. En novembre 2013, il a lancé des appels d'offres auprès de différentes entreprises du cloud computing, y compris Amazon.

Amazon, qui demeure concentrer d'abord sur son activité de détaillant e-commerce, n'est pas connu pour son expertise en vente et en support client (même s'il s'améliore dans ce domaine). Le groupe a donc transmis la demande de Yamaha à son partenaire, 2nd Watch, qui a remporté l'appel d'offres. 2nd Watch a ensuite passé un an à accompagner Yamaha pour le transfert de toutes ses données, serveurs et applications vers AWS. L'entreprise cloud a également fourni à Yamaha des outils de gestion des coûts.

"Je peux dire combien l'infrastructure nous coûte par jour," explique Vimal  Thomas. Son équipe et lui peuvent désormais s'assurer que l'entreprise ne paye pas plus que nécessaire.
 

L'effet domino

En juillet 2014, toute l'activité IT de l'entreprise, utilisée par près de 450 employés aux Etats-Unis, fonctionnait sur le cloud d'Amazon à trois exceptions près :

  • L'application de comptabilité et celle de planification des ressources Oracle,
  • Le système téléphonique Cisco,
  • Quelques employés partageaient encore des fichiers dans des terminaux personnels.

Actuellement, Vimal Thomas est en train de transférer ces derniers éléments sur le cloud d'Amazon. Il vient de communiquer des appels d'offres à Box, Dropbox et d'autres entreprises de partage de fichiers, et en prépare d'autres pour des versions cloud de services de télécommunication disponibles chez Cisco, AT&T et autres. En ce qui concerne le système de planification des ressources d'Oracle, il espère également pouvoir le remplacer par une version cloud, peut-être l'an prochain. Selon lui, utiliser AWS a eu un "effet domino", et il veut désormais utiliser le cloud pour tout.

Ce changement a attiré l'attention du siège social de l'entreprise au Japon. Vimal Thomas et son équipe fournissaient déjà quelques services informatiques aux 150 employés de Yamaha Canada. La direction lui a demandé de prendre la tête de projets pour Yamaha Amérique du Sud et pour les filiales aux Etats-Unis.

"Au départ j'envisageais 500 000 dollars d'économies par an. Nous avons plus qu'atteint l'objectif. Ces économies ont été possibles grâce à l'absence de loyer à payer pour les serveurs et à l'élimination de nos centres de données, assure-t-il. Et grâce à AWS nous n'avons plus à payer de licences pour les logiciels Windows". Il y a un autre avantage : il est désormais possible de mettre en route un serveur instantanément en cas de besoin puis de le débrancher quand il ne sert plus. Les coûts de ses serveurs inutilisés "s'évanouissent dans la nature".

L'équipe de Thomas qui compte 22 personnes (dont seulement 6 travaillent sur les serveurs qui fonctionnent désormais sur le cloud d'Amazon) "effectue des tâches plus valorisantes", explique-t-il. Et dépense moins.

 

Information : Jeff Bezos a financé Business Insider à travers son fonds d'investissement Bezos Expeditions.

 

Article de Julie Bort. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : The story of Yamaha should terrify HP, Dell, Cisco, and anybody else who sells hardware

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