Comment Atos prend le virage du cloud ?

En pariant sur sa maîtrise technologique et ses capacités d’orchestration IT partout dans le monde, Atos aborde le cloud comme un moyen de transformation des entreprises et non comme une fin en soi.

Atos est l'une des plus grandes Entreprises de services du numérique (ESN) dans le monde. Classé huitième des ESN au niveau mondial et deuxième en Europe après son OPA amicale sur Bull, le groupe dirigé par Thierry Breton est présent sur tous les continents, mais la France représente toujours son marché principal. Pesant 22% de son chiffre d'affaires, l'Hexagone est suivi dans ses résultats par l'Allemagne (19 % du CA). Atos est une société en bonne santé, qui a su capitaliser sur sa connaissance dans des métiers et domaines d'expertise très demandés - comme la cybersécurité et  les transactions financières via sa filiale de paiement électronique Worldline.

Canopy : une activité dédiée au cloud

Quant au cloud, il ne semble pas être une fin en soi pour l'entreprise, qui fait montre d'un positionnement très subtil lorsqu'on interroge ses représentants sur le sujet. Certes, le cloud est un élément important de la stratégie d'Atos. "Nous avons vu la tendance du cloud se dessiner et vers la fin de l'année 2010, nous avions déjà des solutions de cloud. Ensuite, nous avons accéléré avec la création de Canopy [une activité dédiée au cloud lancée en 2012 NDLR]", affirme Patrick Adiba, directeur exécutif, directeur commercial groupe et directeur Jeux Olympiques et Major Events chez Atos.

Bruno Pinna est directeur marketing et communication de la "Service Line" Consulting & Systems Integration d'Atos. © Atos

Une présence qui s'est affirmée au cours des années via des acquisitions, comme celle de Bull, et des partenariats prestigieux comme celui signé avec le Comité Olympique pour l'informatisation des jeux d'hiver et d'été. Comme le précise Bruno Pinna, directeur marketing et communication de la "Service Line" Consulting & Systems Integration, le cloud n'est pas seulement un moyen pour Atos d'aider les entreprises à assurer leur transformation numérique, "il apporte trois grands axes de valeur métier : l'innovation par la capacité de développer et de bénéficier de nouveaux services, l'agilité et l'efficacité en général, c'est-à-dire l'efficacité opérationnelle et l'efficacité en termes de coûts. Lorsqu'il y a une transformation numérique importante dans l'entreprise, le cloud en fait toujours partie". Et Patrick Adiba de renchérir : "très vite, nous nous sommes rendu compte que le vrai besoin était surtout lié à l'orchestration."

Le cloud c'est bien, son orchestration c'est mieux

Au-delà donc du cloud et de ce qu'il apporte aux entreprises, il existe, selon Atos, un domaine de compétences qui l'accompagne. Un domaine qui donne sa vraie valeur ajoutée au groupe. "Notre valeur ajoutée est d'accompagner nos clients dans leur transformation digitale, en leur apportant un ensemble de services cloud orchestrés par Atos, au sein d'un catalogue de services qu'on essaye de rendre le plus unique et le plus global possible, et faisant appel à des services qui peuvent être des services d'infrastructure pure, mais qui sont de plus en plus des services de nature applicative", précise Bruno Pinna.

Orchestrer des services cloud pour mettre en musique la transformation digitale

 

L'atout d'Atos réside ainsi dans cette capacité à mettre en place des infrastructures matérielles et logicielles et de les gérer de bout en bout pour le compte des clients. C'est un positionnement parlant pour beaucoup d'entreprises potentiellement clientes, mais aussi un argument choc face aux mastodontes du cloud qui mettent à la disposition des clients des infrastructures tentaculaires à bas coût, mais qui les laissent se débrouiller seuls quant à l'administration de ces infrastructures matérielles et applicatives. Et quand on leur demande des exemples de tels chantiers d'orchestration, les représentants d'Atos citent d'emblée leurs partenariats avec le Comité International Olympique.

"Les Jeux les plus connectés de l'histoire

Les Jeux Olympiques et Paralympiques, dont Atos est partenaire, sont devenus une vitrine du groupe en matière de savoir-faire sur le terrain du cloud. © Atos

Atos est un partenaire informatique historique des Jeux Olympiques et Paralympiques. A ce titre, le groupe est chargé de piloter l'infrastructure IT des Jeux. "Pour vous donner une idée, opérer l'informatique des Jeux Olympiques correspond à mettre en place l'infrastructure d'une entreprise de 200 000 employés qui aurait 4 milliards de clients", explique Patrick Adiba. "Nous avons mis en place et nous opérons l'infrastructure IT des JO, ses réseaux et ses applications."

Il y a deux ans, en accord avec le Comité Olympique, il a été décidé de passer à une solution en SaaS. Atos a dû transformer un système qui était on-premise en un système opéré à distance, à partir d'un centre de compétences qui se trouve en Espagne et une infrastructure cloud mondiale. "C'est beaucoup plus efficace, explique Patrick Abida, car au lieu de disséminer des équipes partout, nous avons une structure centralisée qui donne accès aux applications, à des équipes qui sont partout dans le monde. Nous travaillons déjà sur les JO Pyeongchang en Corée du Sud pour 2018 et nous démarrons les projets pour les JO de Tokyo pour 2020."

Les JO : un cas d'école pour Atos

L'objectif de cette transformation était d'améliorer l'efficacité opérationnelle, de faire des économies d'échelle afin de permettre au Comité international olympique de réinvestir l'argent économisé pour donner de meilleurs services aux spectateurs, aux fédérations, aux athlètes, etc. "C'est un exemple de projet où nous avons réalisé la boucle complète de la transformation digitale, supportée par le cloud. Les économies réalisées ont été de l'ordre de 30%. Elles ont pu être réinvesties par le Comité Olympique dans de nouvelles solutions, notamment autour du Big Data", conclut Patrick Adiba.

Ne dites plus cloud hybride, mais multicloud

Insensible aux débats opposant les partisans des différents clouds, privé, public et hybride, Atos estime que les trois correspondent à des choix d'entreprise et que ce sont les données qui comptent, pas la tuyauterie. "L'entreprise est organisée autour de la donnée", explique Bruno Pinna. "À la fin de la journée ce qui compte c'est la donnée du client, comment l'extraire, comment la valoriser, la protéger, la sauvegarder… Nous avons organisé l'ensemble de nos solutions autour de ça." Et Bruno Pinna d'ajouter : "ce qui nous importe, c'est cette capacité à mobiliser, à la fois des cloud privés et des cloud publics, à travers un catalogue de services unifiés. Le but est de permettre à l'entreprise d'être efficace sur la création, le déploiement et la consommation des services".

Les plus gros projets menés par Atos ces derniers temps sont de nature hybride, et ce à plusieurs titres. "Hybrides parce qu'ils combinent à la fois l'infrastructure et l'application dans un tout unique, et hybrides dans la nature même des clouds utilisés, car ils recourent à différents types de cloud. D'ailleurs, nos clients n'utilisent pas le terme de cloud hybride. Ils lui préfèrent la notion de multicloud. Ce que nos clients nous disent, c'est qu'ils sont amenés de plus en plus à utiliser différentes catégories de cloud. Ils veulent donc que leurs applications puissent être déployées à la fois sur des clouds privé ou public, voire que ces applications puissent interagir entre les deux environnements."

Bull / Atos