WorkSpaces : notre test du "Desktop-as-a-Service" d'Amazon

Amazon WorkSpaces : test et avis Amazon propose désormais de louer, au mois, Windows 7 en mode cloud. Nous avons testé ce service AWS pour mesurer son potentiel. Voici nos résultats.

Si des logiciels peuvent être loués, et vendus sous forme de services, en mode "as-a-Service", pourquoi le plus célèbre d'entre eux, Windows, ne pourrait pas l'être ? Certains parient déjà sur ce "Windows-as-a-Service" aussi appelé "DaaS" pour "Desktop-as-a-Service".

Amazon propose ainsi déjà une offre dans ce domaine, baptisée WorkSpaces. Il s'agit de louer, au mois, l'OS-phare de Microsoft, qui est en fait hébergé dans un data center d'Amazon. Depuis quelques semaines, il est possible de choisir que le data center européen d'AWS (à Dublin) pour héberger son OS. Nous avons voulu tester ce service, pour savoir s'il s'agissait du "desktop du futur", et si cela pouvait dès aujourd'hui devenir notre espace de travail, puisque c'est le nom qui lui a donné Amazon ("WorkSpaces")

Windows-as-a-Service contre 37 dollars par mois

L'utilisateur a le choix entre plusieurs "WorkSpace Bundles". Il peut louer une machine performante, avec 1 CPU virtuel de 3,75 Go de RAM pour 37 dollars, ou deux fois plus performante pour 64 dollars. Y ajouter Office Professional 2010, et la suite de sécurité Trend Micro Worry-Free Business Security Services ajoute 15 dollars à la facture mensuelle. 

L'OS loué est Windows 7. Il est plus précisément issu, chez Amazon, d'un Windows Server 2008 R2. Le service peut sembler cher si on le compare au prix d'une licence Windows 7 classique (dont le coût correspond à moins de 4 mois d'abonnement à l'offre la moins chère d'Amazon WorkSpaces), même associée à une licence pour virtualiser. Bien sûr, comme pour toutes les offres SaaS, l'idée est de payer cet abonnement pour, aussi, ne pas devoir se charger de la maintenance et des coûts associés.

prix en irlande
Les quatre offres proposées depuis le datacenter irlandais d'Amazon, et leur prix, en dollars. © JDN

A noter aussi qu'Amazon WorkSpaces inclut en plus un service de synchronisation et de stockage de 50 Go minimum, baptisé WorkSpaces Sync (qui va bientôt s'appeler Zocalo), mais de nombreux utilisateurs n'en auront pas besoin puisqu'ils en ont souvent déjà un avec leur boite mail (Google Drive, ou OneDrive) quand ils n'ont pas de compte Dropbox.

Premier pas, premiers problèmes...

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En plus d'IE, Firefox et Adobe, la version Standard Plus (52 dollars) inclut Office 2010 et l'antivirus Trend Micro. © JDN

Un client doit être téléchargé pour faire fonctionner le service. C'est là que les ennuis commencent. Amazon prétend que des tablettes Android peuvent faire fonctionner le service. Pas de chance : le modèle Asus (Transformer) sur lequel nous avons voulu tester le service n'est pas compatible. Un petit tour sur le Play Store nous indique que nous ne sommes pas les seuls à ne pas pouvoir faire marcher le service sur des tablettes Android (des utilisateurs de Nexus indiquent ne pas y arriver non plus). Avant de déployer le service sur de tels terminaux, il faudra donc bien prendre soin de vérifier sa compatibilité, car elle semble pour l'heure limitée concernant les tablettes Android. Le service n'est par ailleurs pas prévu pour tourner sur smartphone. Il fonctionne en revanche sur iPad. Et s'il affiche sa compatibilité avec PC Windows 7 et 8, et Mac, ce n'est pas le cas avec Linux. Nous avons testé le service sur un PC Windows 7, même si ce genre de configurations ("Windows hôte de Windows") n'est sans doute pas la plus intéressante.

Les premiers pas sont laborieux. Il faut d'abord bien s'assurer que les ports requis soient ouverts (le port 4172 TCP/UDP notamment), ce qui n'est pas toujours le cas, en entreprise, ou chez des particuliers. 

Ensuite, le clavier n'est pas un Azerty. C'est dommage qu'un tel service, à envergure européenne, ne propose pas de choisir "simplement" sa configuration de clavier avant de se lancer. Tout est aussi réglé comme si l'ordinateur était basé en Irlande (l'IP étant d'ailleurs assez logiquement située dans ce pays) : par défaut, c'est donc par exemple la déclinaison irlandaise de Google qui sera utilisée... Autant de paramètres inadaptés qu'il faudra donc changer dans les réglages. Cela donnera aussi un peu de travail au service informatique, et empêche surtout le service d'être véritablement, "plug and play".

Un service qui n'est pas véritablement plug and play

Avant d'inviter un utilisateur à télécharger un client et à utiliser le service, le responsable informatique devra donc effectuer quelques réglages. Mais la console d'administration est simple et intuitive, et l'aide en ligne, en anglais, semble assez bien faite. Autre bon point : cette console peut aussi afficher le détail, utile, des factures en cours. Le lancement du service peut être assez rapide (entre 30 minutes et 2 heures avant d'être utilisable). Les réglages peuvent être un peu plus longs s'il faut relier le poste WorkSpaces à un Active Directory.

set up
Il est possible de rapidement lancer le service, fonctionnel en moins de deux heures. Des réglages avancés, plus longs, permettent d'être relié à un Active Directory. © JDN

Passé ce démarrage difficile, d'autres limites apparaissent

Une fois le service lancé, un autre problème est apparu, et il est très gênant : la distance entre l'ordinateur et le data center d'Amazon fait que le curseur de la souris est très instable. Il bouge même tout seul... Un problème pénible, qui rend presqu'inutilisable le service à la souris. Dommage. Puisque ce souci empire si l'on choisit un data center d'Amazon situé aux Etats-Unis, on n'ose pas imaginer les problèmes que rencontrerait un WorkSpaces lancé à une distance encore plus grande (ce qui pourrait par exemple être le cas d'un employé nomade se déplaçant souvent loin).

Hormis cet agaçant problème de souris, le service en lui-même est assez performant pour télécharger très rapidement des documents ou exécuter des applications, même gourmandes en mémoire. Mais là encore, des limites sont vite apparues : lire une vidéo YouTube en HD saccade énormément. Et une tâche aussi simple qu'une impression peut également être compliquée : il faut passer du temps à configurer en amont le WorkSpaces pour le relier à un Active Directory, sinon, seules les impressions de pages web depuis Chrome seront possibles (via Google Cloud Print).

Des usages encore à définir

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Les débits des "WorkSpaces" sont plus qu'honorables... © JDN

Reste aussi une offre dont la cible n'est pas claire. A quoi ou à qui peut-elle servir ? En l'état, les scénarios d'usage ne sont pas tous convaincants. Il n'est pas possible, pour d'évidentes raisons de licence, de louer cet OS et de s'en servir à plusieurs en même temps. Il n'est pas possible non plus de s'en servir avec Linux. C'est aussi dommage, car cela aurait permis, par exemple, à des parcs entiers d'utiliser Linux tout en bénéficiant d'un accès ponctuel à quelques WorkSpaces Windows mutualisés, et utilisés dans des cas précis (pour des applications non compatibles par exemple).

Reste l'usage sur terminaux tactiles. Mais dans ce cas, pourquoi d'abord ne pas proposer un Windows 8 plus adapté au tactile, et ensuite mieux travailler la compatibilité sur les terminaux Android ? Interrogé à ce sujet, Amazon ne nous a rien promis de plus sur ce terrain.

Nous avons également demandé à Amazon quels usages étaient visés en priorité. Le géant nous a listé ses cibles : les travailleurs mobiles, les travailleurs à distance, les étudiants, les saisonniers ou les développeurs, et les prestataires locaux ou distants. Pas sûr cependant qu'un travailleur nomade s'éloignant trop du data center irlandais, puisse profiter suffisamment confortablement du service, comme expliqué plus haut. Pas sûr non plus qu'un étudiant consente à payer longtemps autant après avoir comparé le prix de ce service avec une machine Windows 7. Les autres cas d'utilisation cités peuvent être plus réalistes s'ils restent ponctuels, mais force est de constater qu'aujourd'hui, ce service devra encore être amélioré pour convaincre une cible plus grande.... ce que ne manquera sans doute pas de faire Amazon dans les prochains mois.

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