SEO, Webperf, soldes, mobile… : dans les coulisses techniques de laredoute.fr

SEO, Webperf, soldes, mobile… : dans les coulisses techniques de laredoute.fr Le célèbre site marchand explique pourquoi, et comment il a travaillé sa rapidité d'affichage et sa webperf. Le site mobile fait partie des projets majeurs pour 2017, mais pas AMP ou le HTTPS.

C'est la conséquence d'un véritable défi, et d'une "conquête des temps de réponse", selon les termes du DSI de La Redoute, Jacques Guilmain : aujourd'hui, le site laredoute.fr brille souvent dans nos classements webperf. Il affiche en effet souvent parmi les meilleures performances des ténors du e-commerce en France, à la fois en termes de temps de chargement, de poids et de nombre de requêtes.

Les pages web, et chacun des éléments qu'elles contiennent, ont été décortiqués, pour voir comment gagner en rapidité. Même l'infrastructure informatique matérielle a fait l'objet d'examens et d'optimisation afin d'améliorer la performance web. Pour faire face à ces défis, le site utilise désormais toute une batterie d'outils, comme Dynatrace, ou encore Elastic Search couplé à Kibana. "Il y a trois ans, le site ne disposait pas de tels équipements", se souvient le DSI, mesurant les progrès réalisés depuis.

© laredoute.fr - capture

Les leviers actionnés

Pourquoi s'être lancé dans cette voie ? "Les internautes acceptent de moins en moins d'attendre. Si le temps de chargement est trop long, ils zappent, et risquent d'aller ailleurs, chez la concurrence", craint Jacques Guilmain. Les études d'opinion conduites ont aussi montré que la rapidité des pages faisait monter les notes d'appréciation du site.

Bien sûr, les leviers classiques ont été actionnés. Concernant le poids de page, exemplaire, un travail a évidemment été conduit sur les images. "Le studio a été sensibilisé, car c'est très facile aujourd'hui de prendre des photos de 25 millions de pixels, mais il faut éviter qu'elles arrivent sur le site trop lourdes… Il faut donc trouver le bon compromis entre qualité de l'image, et poids réduit au maximum", explique le DSI. Tout aussi classique, mais plus difficile : les CSS ont aussi dû être optimisées. Les polices trop "ésotériques" ont également été chassées.

Astuces pour les soldes, et pour gérer les scripts des "third parties"

Reste le problème, très épineux, des fameux "third parties", "dont les appels peuvent représenter 70% du temps de réponse", a pu calculer le DSI. "Alors", poursuit-il, "on peut bien se concentrer sur les 30% restants, c'est un travail conséquent, et parfois difficile, à conduire en interne, mais c'est faisable. Cependant, la plus belle marge de progression n'est pas là". Certes, mais elle est là où c'est plus difficile d'agir : chez les tiers. Et "il y a les partenaires, mais aussi les partenaires de partenaires. Et tous n'ont pas de SLA, avec par exemple l'assurance, garantie, que leur temps de réponse ne dépassera pas une demi-seconde".

Pour faire face à ce problème, La Redoute peut employer une solution assez radicale : si le partenaire est trop lent… il pourra ne plus être appelé. Tout simplement. "S'il met plus de 250 ms à répondre, alors ce partenaire pourra être désactivé pendant 15 minutes du site", détaille Alexandre Marlot, chef de projet technique Front End, et… responsable temps de réponse chez La Redoute. Un levier sévère qui ne peut évidemment pas concerner les partenaires critiques, mais qui peut notamment être actionné pendant les soldes. "Cela arrive régulièrement", et pendant les soldes "c'est déjà arrivé pour une solution d'AB testing" par exemple.

"Les recommandations de Google ont vite fait de remplir une feuille de route, mais les suivre n'est pas toujours rentable" (Jacques Guilmain - La Redoute)

Ce n'est pas la seule petite astuce que La Redoute utilise pour améliorer sa webperf lors de la période, particulièrement critique, des soldes -  et surtout lors du premier jour. Certaines fonctionnalités peuvent en effet être désactivées du site, comme le suivi de commande (un mail de confirmation est toutefois envoyé, évidemment). D'autres petites fonctionnalités discrètes peuvent manquer, comme le téléchargement du catalogue.

Une meilleure webperf a-t-elle amélioré le SEO su site du site marchand ? "Une baisse des temps de réponses permet aux robots de Google de mieux crawler le site", confirme Alexandre Marlot. "Ils repassent plus souvent, et vont plus en profondeur", poursuit le chef de projet technique Front End de l'e-marchand. Des conséquences qui ont souvent été observées par les responsables de sites comptant beaucoup de pages, et qui viennent d'être très officiellement admises, et même détaillées par Google dans un billet posté il y a peu sur un de ses blogs officiels.

Pas assez à gagner avec HTTPS et AMP ?

Ce n'est pas pour ça que La Redoute fonce tête baissé dans toutes les recommandations de Google. Par exemple, le site se montre peu intéressé par le HTTPS. "Ce n'est pas une top priorité", annonce le site. Les gains de webperf promis par le HTTP2, qui requiert le HTTPS, n'ont pas motivé les responsables du site. "D'après les tests réalisés, passer au HTTP2 aurait un impact assez faible sur notre webperf, de moins de 10%". Cela ne suffit donc pas à motiver la migration vers HTTPS. Sans compter que "cela n'a pas été simple du tout pour les gros sites américains qui y sont passés", fait aussi valoir Alexandre Marlot.

Le site mobile de la Redoute est responsive. © capture

La menace que fait planer Google, qui voudrait que Chrome alerte les utilisateurs lorsqu'ils sont sur un page HTTP, ne pèse donc pas sur la roadmap, aujourd'hui, de laredoute.fr. "Nous faire peur ne suffit pas", rétorque le DSI. "Qu'est-ce que nous pouvons y gagner ? Qu'est-ce que cela va nous apporter de passer au HTTPS ? Les recommandations de Google ont vite fait de remplir une feuille de route, mais les suivre n'est pas toujours rentable", tacle Jacques Guilmain, qui se demande, aussi, si Google osera prendre le risque de faire clignoter tout le temps son navigateur avec des alertes à cause des pages HTTP. Les utilisateurs pourraient en effet s'en lasser, et aller voir ailleurs…

La réaction est un peu la même face à l'AMP, que Google pousse également dans le secteur de l'e-commerce. "Nous avons regardé rapidement. Il y a peu de références chez les e-commerçants français. Ce n'est pas encore une tendance. Et puis, nous avons déjà bien optimisé nos pages, et là encore, nous ne gagnerions sans doute pas grand-chose avec AMP", argumente le chef de projet technique Front End.

Vers un site responsive "Mobile First"

Le chantier qui occupe, en priorité, la direction technique, c'est aujourd'hui le mobile – qui pèse entre 35 et 40% du trafic du site en France (mais déjà plus de 60% en Grande Bretagne). Ce projet important devra aider la version "m.laredoute.fr", nativement responsive avec Bootstrap, à triompher de la version "www.laredoute.fr". A terme, l'idée est en effet de faire disparaître la version visible sur le "www" au profit de celle de la version "m", qui prendra le dessus - et que l'on retrouvera donc sur le "www". Une vraie démarche "mobile first", donc... Cet essor de la version "m" du site doit se faire avant la fin 2017.

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