Pourquoi la Roumanie détourne le marché de l’emploi informatique français, voire européen ?

Le gouvernement roumain profite de l'été pour créer un véritable dumping parmi les SSII. L'aide apportée aux multinationales américaines pour s'implanter en Roumanie aura des conséquences sur tout le marché informatique européen et principalement français.

Le gouvernement socialiste de M. Ponta favorise les multinationales américaines de l’informatique à Bucarest sans aucune réaction européenne. Autrement dit, peut-il casser l’équilibre fragile des SSII tout en demandant de participer au marché européen ?  Être acteur du jeu européen sans en respecter les règles ?

Quelles décisions gouvernementales ?
Dés  septembre 2012,  pour toute création de 200 postes dans le domaine de la production industrielle, de l’énergie, des télécom et de l’IT le gouvernement paiera entre 40 % et 50% du coût salarial de ces ingénieurs ou techniciens (plusieurs milliers d’emplois peuvent être couverts). A priori c’est juste une nouvelle mesure favorisant l’embauche dans un pays touché par la crise financière et économique européenne. A regarder de plus prés plusieurs questions : Pourquoi favoriser ce  secteur en forte croissance en Roumanie depuis janvier 1997 (source Gécodia.fr) ?
Toutes les SSII de Roumanie embauchent, forment et multiplient les séances de «séductions» à la sortie des écoles d’ingénieurs faute de candidats. Au niveau mondial, la Roumanie de par sa francophonie et sa géographie est un des pays qui peut faire «un peu» d’ombre à l’informatique indienne pour ce qui est de l’outsourcing francophone. Dans un même temps, le gouvernement multiplie les coupes budgétaires (par exemple, réduction de 60% des investissements en juin  2012): , ainsi que les recherches de sources de revenu (il y a des bruits sur le passage du système actuel de charge sur les salaires  – tranche unique de 40% - a un système  progressif, le projet de la nouvelle loi de la santé prévoit une augmentation des charges des sociétés).
Donc pourquoi favoriser l’un des seuls secteurs en développement constant en Roumanie ? Incohérence?

Quelques observations estivales
IBM, Microsoft, Intel, Oracle et HP s’implantent durablement en Roumanie. Comme par hasard IBM arrête toute activité au Vietnam (outsourcing francophone) et s’installe à Bucarest  en septembre prochain, comme par hasard l’AMCHAM (la chambre de commerce américaine à Bucarest), dirigée par les directeurs d’Oracle et IBM  Roumanie, est a l’origine de cette initiative, comme par hasard ANIS, l’association professionnelle des SSII, qui a soutenu cette initiative  a comme vice-président le directeur de ventes Oracle (N° 1 mondial des bases de données).
Bref, pour faire simple, tout semble être organisé en pleine période estivale pour favoriser, attirer, courtiser .. les multinationales américaines de l’informatique à s’implanter en Roumanie donc en Europe dans des conditions dépassant largement le cadre de l’aide habituelle de tout Etat.  

Les conséquences pour l’emploi français et européen ?
Devant le silence de la Commission européenne et du gouvernement français, ces sociétés américaines ont les coudées franches pour faire des propositions qui vont déstabiliser un secteur en pleine mutation voire en  récession :« au deuxième trimestre, en France, les déclarations d'embauche dans l'informatique ont plongé de 19 %, selon l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss)».
Les propositions de ces géants de l’informatique risquent donc de happer le marché du logiciel avec des coûts salariaux baissés de 40% à 50%. Le gouvernement roumain organise une sorte de hold up policé et politiquement correct alors qu’en France ce secteur montre des signes tangibles de  fragilité. Plus discret que le «coup d’état» de début juillet 2012 mais économiquement plus efficace car pour l’instant, tout se passe avec le blanc seing français et européen...

Acoss