La périlleuse et passionnante mission du Chief Digital Officer

La révolution numérique pousse les entreprises à se réorganiser. Une fonction transverse émerge alors : le Chief Digital Officer ou CDO. Mais prudence ! Mieux vaut bien réfléchir en amont la place des parties prenantes de cette transformation.

Disposer de la latitude nécessaire pour mener le changement 

Légitimement, le CDO s'attend à bénéficier des moyens et leviers nécessaires à la conduite du changement et à la diffusion d'une culture numérique. Cela suppose non seulement de disposer d'un budget assuré et agile mais aussi de maîtriser l'héritage organisationnel et technologique de l'entreprise. Et ce n’est pas toujours simple ! En effet, un œil neuf ne suffit pas forcément pour être efficace dans les choix d'évolution. Une vision transversale et la plus complète possible de l’ensemble des dispositifs numérique est nécessaire pour aller de l’avant.

À ce titre, le CDO pourrait avoir en face de lui un DSI qui aura la maîtrise non seulement des systèmes d'information de l'entreprise mais le plus souvent aussi une meilleure connaissance des processus existant ou à améliorer. Cette situation peut être vécue comme un frein du côté du CDO qui doit absolument synchroniser ses projets avec ceux du DSI !

Des CDOs qui quittent prématurément le navire...

Le grand mouvement des patrons leaders du numérique a été particulièrement agité cette année, on constate qu'environ un tiers des CDOs ne seraient plus en poste au bout de 2 ans. Dans son étude actualisée en 2016 « The rise (and fall?) of the CDO », le cabinet Deloitte prédit déjà une "déflation" du poste dans les années à venir... jusqu'à sa disparition. Budgets vampirisé par les SI ou le marketing, des directions métiers en mode shadow IT, un système d'information trop propriétaire ou au contraire déjà bimodal, le CDO fait face à un existant relativement complexe. Pour éviter ces fuites prématurées, il faut qu'il soit épaulé par le top management convaincu que le numérique est un point stratégique du développement de l'entreprise.

Intelligence collective ou leadership partagé

L'essentiel de sa mission initiale, outre la phase exploratoire, sera bien d'identifier les incohérences de l'écosystème numérique et d'élaborer une stratégie d'harmonisation et de développement du digital. Mais, il ne pourra le faire seul, il lui faudra mettre en mouvement l'organisation et faire le pari de l'intelligence collective. Accepter de partager le leadership numérique pour plus d'efficacité. En effet, dans ce nouveau mode de fonctionnement, l'équipe managériale doit assumer la co-responsabilité des résultats d'ensemble. Il s’agit de co-construire l’avenir digital de l’entreprise et créer de la valeur collectivement avec le numérique.

Faut-il cumuler la fonction SI et Numérique ?

En regard de cette notion de leadership partagé bénéfique, le cumul de la fonction SI et Numérique apporterait-il plus de fluidité dans le contexte d'accélération numérique... à l'image du groupe SNCF qui passe à une nouvelle étape de sa transformation digitale en créant une Direction Générale regroupant les responsabilités digitales et systèmes d’information. Ou encore du DSI et CDO du groupe Ortec qui prône une meilleure coordination de la transformation grâce à cette double casquette (source atout-dsi.com)... Selon une autre étude réalisée par PWC en 2015 « Strategy et analysis : the global CDO », pour maintenir une cohérence, le CDO doit être en charge de tous les aspects de la transformation digitale,  traduire une volonté de mettre en cohérence l'IT et le Digital selon une organisation bimodale au service des utilisateurs et d'une transformation "cœur business".

Quel que soit son nom, c’est le plus souvent un mélange de passion et de challenge qui motivera le leader de la transformation digitale au sein de votre entreprise… serait-ce la garantie d'une mutation réussie ?

Deloitte / Gestion du changement