Les réseaux sociaux d’entreprise, révolution ou phénomène de mode ?

Yammer, Slack, Facebook At Work… Annoncés comme l’avenir de l’entreprise, les réseaux sociaux professionnels sont adoptés par un nombre croissant d’organisations. Ils offrent un levier puissant d’engagement et de collaboration. A condition d’être bien utilisés.

Les réseaux sociaux professionnels devaient révolutionner le monde du travail, mettre fin au carcan de l’e-mail professionnel, bousculer toutes nos habitudes. Ils  devaient ouvrir une nouvelle ère, celle de l’entreprise 2.0, fondée non plus sur une logique pyramidale, hiérarchique, mais sur une logique de réseau, avec une organisation intégralement connectée et collaborative. Le salarié ne serait plus un simple récepteur et exécutant, se contentant d’adhérer passivement aux valeurs de l’entreprise ; il deviendrait un émetteur, infusant ses propres valeurs, faisant valoir ses propres convictions. 

L’engouement était grand, les attentes également. En 2012, Microsoft faisait l’acquisition de Yammer, le pionnier des réseaux sociaux professionnels lancé en 2008, pour la somme colossale de 1,2 milliards de dollars. Preuve de l’intérêt pour le potentiel de ces nouvelles plateformes. 

Las, près de 14 ans après le lancement de Yammer, force est de constater que la révolution promise n’a pas encore eu lieu. Sous l’effet de mode, l’adoption par les entreprises a été large et rapide, mais ni les collaborateurs, ni les managers ne se sont appropriés l’outil. Selon une enquête, 58% des grandes entreprises françaises disposent d’un réseau social professionnel... mais seuls 25% des managers l’utilisent au quotidien (1).  Aux Etats-Unis, le constat est similaire : bien qu’installés chez plus de la moitié des entreprises, les réseaux sociaux professionnels n’étaient utilisés régulièrement par un grand nombre de collaborateurs que dans 25% des cas (2). 

Pourquoi un tel désintérêt ? Les réseaux sociaux d’entreprise ne seraient-ils finalement qu’un phénomène de mode, un simple gadget sans réel effet ? En réalité, leur mise en place bute sur deux difficultés principales. 

La première difficulté est la réticence du management et du top management à les utiliser pleinement. En effet, devant la perspective de ne plus maîtriser entièrement l’information, de réduire la distance entre eux et leurs équipes, les managers sont inquiets de perdre leur capacité à commander et à contrôler. Ils se bornent alors à utiliser ces outils comme un moyen supplémentaire de diffuser une information bien contrôlée, et non comme un espace d’échange et de collaboration. Or, l’expérience le montre : pour qu’une organisation collaborative se mette en place, il est crucial que les leaders participent. Les salariés ne sont pas dupes : si le management délaisse les réseaux sociaux d’entreprise et n’y voit pas d’intérêt à une utilisation régulière et engageante, ils les délaisseront également.

La seconde difficulté est liée à la mise en place même des réseaux sociaux professionnels. Ils sont encore trop souvent vus comme une solution « clé en main », un outil magique, qu’il suffirait d’installer pour que l’engagement des équipes monte en flèche. Les entreprises, ne souhaitant pas manquer ce qui apparaissait comme une révolution cruciale, se sont senties dans l’obligation d’utiliser ces plateformes, sans inscription dans un cadre plus global de transformation, sans même, parfois, une réflexion sur leur rôle ou leur intégration effective dans l’organisation et le travail quotidien. Or, si les réseaux sociaux d’entreprise sont un accélérateur de la collaboration et de l’engagement, ils ne peuvent, seuls, en créer les conditions. N’oublions pas que comme tout outil, leur valeur dépend de l’usage que l’on en fait…

Car, que ce soit en termes d’agilité, de flexibilité ou de performance, la valeur ajoutée des réseaux sociaux d’entreprise est démontrée dans les organisations qui ont déjà une culture de la collaboration, ou qui ont travaillé à instaurer cette culture. Une étude de McKinsey en 2012 estimait qu’ils permettaient un accroissement de la vitesse d’accès au savoir de 30%, une baisse des coûts de communication de 20%, et surtout une hausse de la productivité des collaborateurs de 20 à 25%. Ces réseaux sociaux sont également en phase avec les habitudes des générations Y et Z, qui arrivent sur le marché du travail, et qui ont grandi avec l’interactivité et l’horizontalité. 

Alors que les mutations de l’économie, les évolutions des relations de travail et les aspirations des nouveaux salariés imposent aux  entreprises d’engager leur transformation vers des structures plus collaboratives et plus transparentes, les réseaux sociaux professionnels sont appelés à devenir des éléments-clé de leur réussite.  Mais pour être utiles, pour réellement apporter la révolution promise, les réseaux sociaux d’entreprise ne doivent pas rester une initiative isolée. Ils doivent être au cœur d’un projet collectif répondant à un besoin de plus de collaboration, et s’inscrire ainsi dans la mise en œuvre du changement dans l’entreprise, pour que chacun, manager comme salarié, puisse s’approprier l’outil, l’exploiter au mieux, et créer les conditions d’une organisation véritablement collaborative. 

(1) Enquête OpinionWay réalisée pour Lecko auprès de 850 managers d’entreprises de près de 5 000 salariés 

(2) Etude d’Altimeter auprès d’un panel de 55 entreprises de plus de 250 salariés

Microsoft / Etats-Unis