L'outil de Google pour "désavouer" les liens reçoit un accueil mitigé

Le moteur permet désormais aux SEO et webmasters de désactiver l'effet des liens entrants qu'ils jugent indésirable. Une possibilité attendue par beaucoup depuis la mise à jour Penguin, mais aussi redoutée par d'autres.

Certains SEO en rêvaient, Google l'a fait : comme promis, Mountain View propose désormais aux responsables de site de "désavouer" des liens qui pointent vers leurs pages. Concrètement, ce nouvel outil permet d'indiquer au moteur les liens entrants qu'un webmaster ne souhaite pas voir pris en compte par Google.

Il suffit de lister les URL où se trouvent les backlinks à désavouer, puis d'envoyer cette liste au moteur. De simples pages ou des domaines entiers peuvent être mis dans la liste. Chaque site ne peut avoir qu'une liste, mais cette dernière peut être actualisée. Une fois le fichier envoyé, il faut attendre que Google crawle à nouveau les URL listées avant que le "désaveu" soit effectif, "ce qui peut prendre plusieurs semaines", prévient Google. Ensuite, le moteur pourra "ignorer les liens", mais, "tout comme la balise canonical" précise le moteur, il s'agit d'une suggestion plus que d'une directive, Google se réservant le droit d'en tenir compte, ou pas.

La mise en place d'une telle fonctionnalité a principalement pour but de répondre à deux cas de figure, qui ont été au centre de l'actualité du SEO de ces derniers mois.

Nettoyer plus facilement les liens entrants toxiques

La première : cette fonctionnalité doit aider les webmasters et SEO à sortir des phases de pénalités que Google peut déclencher après avoir constaté la présence de liens "non naturels" (achetés, créés automatiquement, ou artificiellement, etc.) pointant vers leur site. Une sanction notamment au cœur de Google Penguin. Ce qui a posé problèmes, car pour sortir de la pénalité, les sites devaient jusqu'à présent "nettoyer" les liens toxiques qui pointaient vers eux, et donc demander à des sites tiers de supprimer ces liens.

google penguin
Désavouer les liens était une possibilité réclamée depuis la mise à jour Google Penguin, fin avril. © Julien Tromeur et capture Google 

Une opération pas toujours aisée, et qui a pu entrainer certains comportements pas toujours au goût de tout le monde : des webmasters ont ainsi commencé à facturer, à l'unité, les retraits de liens de leurs sites, quand d'autres brandissaient la menace juridique du référé pour accélérer le retrait des liens non désirés. L'arrivée de ce nouvel outil devrait donc permettre d'éviter ces écueils : le webmaster n'aura plus besoin qu'un site tiers retire les liens toxiques, il pourra le faire de lui-même. Ce soulagement vaut aussi pour les agences de référencement : "cela va rendre les audits de pénalités Google tellement plus faciles !", résume ainsi sur Twitter, l'expert en SEO Sébastien Monnier, de l'agence Woptimo.

Eviter le "Negative SEO"

Le deuxième cas de figure, également clairement mentionné dans l'annonce de Google, est plus rare : éviter qu'un site soit victime du Negative SEO. Si des liens artificiels peuvent déclencher une pénalité contre un site, pourquoi, en effet, ne pas diriger une avalanche de liens toxiques vers un site concurrent ? Face à cette inquiétude, Google a plusieurs fois affirmé "avoir travaillé dur" pour empêcher ce genre de scénario. Le moteur donne aujourd'hui un outil qui doit définitivement régler le problème : le webmaster qui se pense victime de Negative SEO n'aura qu'à "désavouer" les liens toxiques qu'un concurrent aura fait pointer vers son site.

Désavouer seulement après avoir reçu un avertissement ?

Google précise que ce nouvel outil, attendu depuis Penguin, et déjà mis en place entre-temps par son concurrent Bing, est "réservé à des webmasters avancés". En outre, la plupart d'entre eux n'auront jamais à s'en servir. Mountain View précise également que désavouer les liens ne doit se faire qu'après avoir reçu un avertissement pour liens non naturels, et après avoir essayé de demander au site tiers de retirer les liens.

Des voeux pieux, pour certains experts qui ne voient pas tous d'un bon œil l'arrivée de cet outil, et soulignent les usages détournés qui peuvent en être faits.

Premier risque souligné : que l'outil serve avant tout à pointer du doigt des sites que Google décrédibilisera ensuite. "Que va penser Google d'un site dont la plupart des liens sortants sont désavoués par d'autres webmasters ? J'imagine que ça pourrait être utilisé par l'algorithme Panda pour repérer des sites de mauvaise qualité, ou pour confirmer qu'ils sont de mauvaise qualité", spécule aujourd'hui Olivier Duffez, sur son site WebRankInfo. "Google va pouvoir fermer beaucoup de sites de mauvaise qualité où il était possible d'obtenir facilement des liens. Google pourra aussi repérer de nouveaux sites travaillant leur netlinking de manière trop poussée", fait également remarquer Aurélien Bardon, de l'agence Aseox.

Le site parodique Baume-référencement.com imagine de son côté déjà ceux qui sont "incapables de dissocier les bons liens (les vôtres) des mauvais (les autres)", et qui "vont vous jeter en pâture au monstre" Google. Sur le même ton, l'expert en SEO Vincent Lahaye voit également dans cet outil "un sacré fusible pour les agences de référencement contre les mauvais payeurs". En effet, rien n'empêchera non plus de faire un mauvais usage de cet outil, en demandant à Google de désavouer des liens qui étaient, en fait, bénéfiques au référencement du site...

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