Combien rapporte le Cloud : le silence suspect des grands fournisseurs

Amazon, Microsoft, Google et IBM affirment tous que leurs offres Cloud enregistrent des croissances, mais sans donner aucun chiffre. Les rares informations qui filtrent ne sont guère enthousiasmantes.

Le Cloud Computing fait couler beaucoup d'encre, et les fournisseurs ne cessent d'évoquer le terme. Mais pourtant, aucun d'eux ne fournit de chiffres précis sur ce que leurs offres Cloud leur rapportent.

Cette absence brille particulièrement dans les résultats, fournis presque en même temps ces derniers jours par Microsoft, Google, et IBM, tous trois particulièrement actifs dans la promotion de leurs offres Cloud.

 

Microsoft : "au moins 100 000 entreprises utilisent Office 365"

 

Du côté de Microsoft tout d'abord, les deux offres Office 365 et Azure sont actuellement le fer de lance de l'éditeur sur le terrain du Cloud. Pourtant, le groupe ne souhaite pas communiquer les chiffres d'affaires précis de ces offres.

D'un point de vue comptable, l'offre Azure appartient à la division "Serveur et outil". Cette dernière affiche certes une croissance annuelle de 11%, mais elle comprend aussi SQL Server, Systems Center et Windows Server. Impossible donc de savoir combien Microsoft gagne ou, plus vraisemblablement, perd avec Azure.

Quant à Office 365, Microsoft communique bien quelques chiffres, mais discrètement, et ils concernent seulement le nombre d'utilisateurs. Le seul chiffre clair a été communiqué en septembre dernier :  Kevin Turner, COO de Microsoft, avait alors annoncé aux analystes financiers, que l'offre Office 365 comptait plus de 2,8 millions d'utilisateurs, trois mois après son lancement. C'est plus flou aujourd'hui. Commentant les derniers résultats trimestriels, le DAF de Microsoft, Peter Klein, a juste annoncé que "plus de 100 000 entreprises" utilisent la suite bureautique en ligne.

 

Le flou des Google Apps et Google App Engine

 

A titre de comparaison, l'offre rivale des Google Apps, qui existe depuis 5 ans, est déployée dans 4 millions d'entreprises, et est utilisée par 40 millions d'utilisateurs actifs selon Mountain View. Mais, Google n'en dit pas plus que Microsoft sur ce que lui rapporte (ou coûte) précisément cette suite qu'il héberge. Les derniers résultats financiers de Mountain View ne sont d'ailleurs pas plus détaillés sur Google App Engine, même s'ils mentionement bien que les datatenters sont une source importante de coûts.

 

IBM : "7 milliards de dollars issus du Cloud en 2015"

 

Ce n'est pas plus clair du côté d'IBM. Egalement positionné sur le marché de l'informatique dans les nuages, avec des offre à la fois matérielles et logicielles permettant de bâtir des Clouds, Big Blue loue aussi des logiciels en mode SaaS (Lotus, Smarter Commerce, etc.) ou des infrastructures en mode Cloud (Smart Cloud Enterprise).

Et là aussi, les résultats financiers sont des plus flous quant au chiffre d'affaires réalisé par ces offres. Certes, lors des résultats annuels d'IBM, Mark Loughridge, le DAF de Big Blue, a annoncé que le chiffe d'affaires issu du Cloud avait triplé en un an. Problème : cette affirmation ne se retrouve dans aucune ligne comptable des résultats, et il n'y a donc aucun montant de précisé. IBM ne souhaite pas le communiquer.

L'acteur centenaire a néanmoins annoncé en avril dernier vouloir atteindre les 7 milliards de chiffre d'affaires issu "du Cloud", sans autres précisions, en 2015. Où en est IBM ? Impossible de répondre. Seule information, assez mince : un haut responsable d'IBM, Steve Mills, a affirmé à nos confrères d'InformationWeek, en novembre dernier, que les logiciels en mode SaaS dégageaient "des centaines de millions de dollars". Il leur a également bien confirmé qu'IBM disposait et suivait attentivement, en interne, des indicateurs précis sur le chiffre d'affaires réalisé par les offres Cloud, indépendamment de ceux annoncés par les différentes unités dédiées aux logiciels, au matériel ou aux services, qui proposent toutes des offres Cloud.

 

Amazon opaque, et Salesforce dans le rouge

 

Autre fournisseur phare du Cloud Computing : Amazon, qui accepte de communiquer longuement sur le nombre d'objets stockés dans le nuage de son offre S3. Mais, le ténor est nettement moins disert sur les clients et les coûts de son service Elastic Compute Cloud (EC2). Globalement, le chiffre d'affaires réalisé par les services Cloud d'Amazon ne figurent pas tels quels dans les comptes du géant. Il indique précisément ses ventes de livres et de matériel high tech, et affiche une catégorie "autres" dans ses comptes publics. C'est dans cette catégorie que se rangent ses activités Cloud, aux côtés de bien d'autres offres. Seule certitude : cette catégorie "autres" est en forte croissance, mais pèse seulement 4% du chiffre d'affaires total d'Amazon

Alors, pour connaître ce que le Cloud Computing peut rapporter à son fournisseur, reste à se tourner vers un pure player coté, comme Salesforce notamment. Et il est intéressant de noter que ce dernier, qui multiplie les investissements, publie depuis quelques trimestres des résultats nets dans le rouge.

Microsoft / IBM