La tour de Babel des standards de communication menace l’IoT

Microsoft et LG font partie de la AllSeen Alliance mais de trop nombreux consortiums essayent de développer leur propre langage pour faire dialoguer les objets connectés.

"Les opportunités de business dans l'IoT sont énormes. Mais pour que le développement du secteur soit optimal, il faut que les industriels décident ensemble d'un standard de communication entre les objets connectés" affirme Stéphane Curtelin, le directeur marketing de LG France.

Sur le seul territoire tricolore, 2 milliards d'appareils intelligents devraient être vendus entre 2015 et 2020, selon un rapport de GfK daté de décembre 2015. La domotique est l'une des principales verticales sur laquelle misent les entreprises pour se positionner sur ce marché en plein boom : une trentaine de produits IoT seront en moyenne présents dans chaque foyer d'ici 4 ans, précise l'institut.

Pour que ces prédictions optimistes se réalisent et que les clients passent à la caisse, il faut que leur machine à laver, leur réfrigérateur et leurs ampoules intelligentes parlent la même langue. "Non seulement le nombre d'appareils qui doivent pouvoir communiquer les uns avec les autres se multiplie, mais les acteurs qui travaillent ensemble pour les développer sont de plus en plus nombreux : entreprises spécialisées dans l'électronique, opérateurs télécoms, industriels… Dans un univers aussi complexe, créer des standards permet d'être plus efficace", souligne Stéphane Curtelin.

Plus de 200 industriels se sont regroupés au sein de la AllSeen Alliance pour créer un standard de communication

Plus de 200 industriels se sont donc regroupés au sein de la AllSeen Alliance, pour créer ensemble un standard de communication entre objets connectés. Le groupement d'entreprises - dont Microsoft, Qualcomm et Sharp font par exemple partie - est chapoté par la fondation Linux, une ONG qui veut faire rayonner les technologies open source. 8 nouveaux membres s'inscrivent en moyenne tous les mois depuis la création du consortium en décembre 2013. AllJoyn, le langage commun développé par l'organisation, est basé sur une technologie open source de Qualcomm qui était déjà opérationnelle en 2013.

Certains industriels membres de la AllSeen Alliance, comme Technicolor ou LG, disposaient déjà d'une solution permettant de faire communiquer entre eux leurs objets connectés. Ils ont abandonné leur système pour celui du consortium. Technicolor a investi environ 2,5 millions d'euros pour faire basculer de sa technologie propriétaire Qio à celle de Qualcomm l'ensemble de ses appareils intelligents. "Nous avons décidé que cet investissement était essentiel si nous voulions devenir un acteur clef du secteur", souligne Danny Lousberg, président de la AllSeen Alliance qui pilote les initiatives IoT chez Technicolor.

25 objets connectés différents sont aujourd'hui certifiés conformes par la AllSeen Alliance

Le standard AllJoyn est donc déjà utilisé sur le marché : "5 millions d'objets connectés (hors tablettes et smartphones) ont pour l'instant été créés sur cette base", affirme Danny Lousberg. Les consommateurs peuvent repérer les appareils intelligents qui fonctionnent ensemble grâce à un logo. 25 produits différents sont aujourd'hui certifiés conformes par la AllSeen Alliance aux Etats-Unis et en Corée du Sud. Ce logo n'est pas encore utilisé en Europe.

"Pour imposer une technologie, son état d'avancement opérationnel est essentiel dans le monde de la high-tech. Les développeurs cherchent des solutions fonctionnelles. Ils veulent un mode d'emploi clair pour développer leurs objets connectés. La AllSeen Alliance est la première à être parvenue à quelque chose de concret dans le monde de l'IoT", affirme Stéphane Curtelin, le directeur marketing de LG France.

Plusieurs autres groupements d'entreprises essayent pourtant d'imposer leur vision. La Open Connectivity Foundation est la principale rivale de la AllSeen Alliance. Samsung, Intel, Dell… Elle regroupe elle aussi des acteurs importants de l'IoT.

Apple, Google ou Amazon ont fait le choix d'une technologie propriétaire

Des institutions mondiales, comme l'Organisation internationale de normalisation (ISO), se sont également mobilisées autour de cette question. Elles sont financées par les pays participants, pas par des sociétés privées. "Leur travail est plus démocratique que celui des consortiums. Chez ISO, chaque pays peut donner son avis et participer au vote même s'il n'a pas un poids économique important. Au sein des groupements d'entreprises, c'est le plus gros qui emporte le morceau", souligne Claude Tetelin, président de la commission IoT de l'Association française de normalisation (Afnor), qui travaille avec ISO.

Certains groupes comme Apple, Google ou Amazon, ont fait de leur côté le choix d'une technologie propriétaire. "Ils veulent être les seuls à avoir accès aux données personnelles des utilisateurs de leurs objets connectés et être les seuls à savoir les traiter, car c'est de ces informations qu'ils tireront l'essentiel de leurs revenus", explique Claude Tetelin.

Une véritable guerre des standards est donc en cours dans le monde de l'IoT. "Cette cacophonie ne signifie pourtant pas qu'une technologie ne va pas s'imposer in fine. Nous sommes encore au début de l'histoire. La situation était la même lorsqu'Internet a commencé à se généraliser. Pourtant, les acteurs du secteur ont réussi à se mettre d'accord sur le standard du Wifi", espère le président de la AllSeen Alliance Danny Lousberg.

Une fois ce standard de communication décidé, les entreprises de l'IoT devront trouver un standard applicatif

Certaines entreprises de l'organisation, comme Microsoft, Qualcomm et Electrolux, ont décidé de rejoindre en février 2016 l'Open Connectivity Foundation. Peut-être un signe que les deux standards fusionneront un jour ? L'Organisation internationale de normalisation est attentive à ce qui se passe sur le marché. Elle pourrait opter pour un standard cohérent avec celui de la AllSeen Alliance qui est déjà très utilisé, même si rien n'est sûr pour le moment. "Deux écoles s'affrontent pour l'instant : les Américains veulent développer un standard conforme à ce qui existe sur le marché mais les Chinois ont une vision plus théorique et universitaire de la standardisation", tempère Claude Teletlin. La structure rendra sa décision fin 2017 ou début 2018.

Une fois ce standard de communication décidé, les entreprises de l'IoT devront s'atteler à une nouvelle tâche : trouver un standard applicatif, qui permettra aux objets connectés d'être commandés via une seule et unique application. Elles devront aussi trouver des règles communes de traitement des données, afin que les informations collectées par leurs appareils intelligents puissent être croisées entre elles et exploitées plus facilement. La route est encore longue.

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