Legalstart bouleverse le monde juridique... tout en douceur

La plateforme Legalstart propose aux TPE et PME de régler leurs formalités administratives en ligne en quelques clics, sans faire appel à des avocats ou experts-comptables.

Ce n'est pas un secret : les start-up qui bouleversent les secteurs traditionnels sont bien souvent confrontées aux réactions plus ou moins réfractaires des anciens acteurs. VTC, auto-écoles en ligne, location de logements entre particuliers… Régulièrement, la justice doit intervenir pour régler les conflits et notamment décider si, oui ou non, il y a exercice illégal de la profession -de taxi, d'avocat, de notaire…

Et pourtant. Legalstart, plateforme française lancée en mars 2014, qui permet aux TPE et PME de régler leurs formalités administratives en ligne et à moindre coût, sans passer par un avocat ou un expert-comptable, n'a jamais connu ce problème. Il faut dire que la start-up a reçu un soutien de poids : celui de l'Etat. En plein dans le choc simplification, destiné à simplifier et numériser les procédures pour les entreprises, les particuliers et les administrations, Legalstart est tombée à pic. La jeune pousse participe d'ailleurs au groupe de travail qui rassemble des membres du gouvernement, de l'administration (Insee, représentants des greffes de tribunaux de commerce…) et des chefs d'entreprise qui témoignent de la complexité des démarches administratives. "Nous mettons le doigt sur la complexité et intervenons en temps qu'experts de la dématérialisation", raconte Timothée Rambaud, cofondateur.

Que propose Legalstart ?

Timothée Rambaud, cofondateur. © Legalstart

La plateforme destinée aux professionnels dématérialise donc les formalités administratives des entreprises, souvent longues, complexes et onéreuses. "Nous sommes partis du constat que 85% du contenu des documents juridiques est standard, se souvient le CEO. Nous nous sommes dit qu'il devait donc être possible de développer un système basé sur des arborescences de contrats et des algorithmes pour automatiser la personnalisation des 15% restants."

Legalstart propose ainsi de générer automatiquement, grâce à des questionnaires simples, des documents juridiques comme des contrats de travail, des pactes d'actionnaires ou les papiers de création de la structure. La plateforme réalise également les formalités administratives si elles sont nécessaires (enregistrement de la marque à l'INPI, déclaration d'embauche à l'Urssaf…).

De l'information juridique, pas du conseil

Le site propose aussi des services d'informations juridiques sous la forme de questionnaires pour aider à la prise de décision sur divers sujets : dois-je créer une SARL ou une SAS, choisir un contrat de cadre ou non-cadre, puis-je lancer une procédure d'injonction pour factures impayées ?...  "Attention, ce n'est pas du conseil juridique, tient à préciser Timothée Rambaud. Ce n'est pas personnalisé, c'est un arbre de décisions. Par exemple, nous allons vous dire que statistiquement, 92% des gens qui ont répondu comme vous au questionnaire ont créé une SAS plutôt qu'une SARL." Une distinction qui évite au site de tomber dans du conseil illégal.

Outre ces outils, Legalstart a lancé une assistance par chat ou téléphone avec des juristes de formation capables de donner des réponses aux questions juridiques des professionnels. "Et quand il y a vraiment besoin de conseils, les internautes peuvent contacter les avocats que nous référençons gratuitement sur le site", précise le fondateur. Avant d'ajouter : "On ne se positionne pas du tout de manière frontale vis-à-vis des avocats. On automatise uniquement ce qui est standard."

Rentable depuis le premier jour

Gain de temps et bas coût pour les entreprises

Il n'empêche que les fondateurs ne se privent pas de comparer leurs prix avec ceux des avocats et cabinets d'expertise comptable. "Par exemple, créer une société coûte 149 euros sur Legalstart (hors frais administratifs pour la greffe et l'annonce légale). Le prix serait multiplié par dix en faisant appel à un avocat ou expert-comptable dans la région parisienne." Surtout, Timothée Rambaud rappelle que Legalstart représente un "énorme gain de temps pour les professionnels qui se seraient autrement chargés seuls de toutes les formalités".

Legalstart se rémunère à la transaction. Lancée en mars 2014, la plateforme revendique plus de 10 000 clients. "Nous nous sommes lancés sur fonds propres et love money et nous sommes rentables depuis le premier jour", se félicite Timothée Rambaud. Les fondateurs réfléchissent à une levée de fonds… Mais pas avant 2016. "Cela pourrait nous aider à nous exporter à l'étranger et à créer de nouveaux services."

Une offre B2B pour les avocats et experts comptables

Un à deux nouveaux services par mois

Car c'est bien sur ce dernier point que Legalstart mise. La plateforme s'est lancée en proposant un service : celui de la création d'entreprise. Depuis, bien d'autres se sont ajoutés à la liste, depuis le recouvrement de factures jusqu'au dépôt de marque en ligne. En août, un outil de radiation de sociétés verra le jour. Objectif : lancer un à deux nouveaux services chaque mois.

Et la start-up travaille même sur une offre B2B à destination des avocats et experts comptables. "Ils pourront accéder au service Legalstart en marque blanche, avec plus de modularités que sur la plateforme grand public", explique Timothée Rambaud.

Legalstart compte 17 collaborateurs, et devrait en embaucher au moins dix autres avant la fin de l'année. La jeune pousse espère suivre les traces de son homologue américain Legalzoom -"la société représente plus d'un tiers des créations de sociétés aux Etats-Unis", glisse Timothée Rambaud.

Juridique / Dématérialisation