Alex Klein (Kano) "Nos ordinateurs sont dédiés à l'apprentissage du code"

Créé en 2013, l'anglais Kano propose des kits à monter soi-même pour construire des ordinateurs dont les applications permettent d'apprendre la programmation. Son cofondateur précise ses ambitions.

JDN. Kano s'est lancé en 2013 grâce une campagne Kickstarter réussie qui a permis de lever 1,5 million de dollars. Que proposez-vous ?

Alex Klein est le cofondateur de Kano © Kano

Alex Klein. Kano fabrique et vend des ordinateurs à assembler soi-même, tels des Legos. Nos machines sont vendues sous forme de kit qu'un enfant de 6 ans est capable de monter. Une fois l'ordinateur prêt au démarrage, celui-ci va aider son utilisateur à apprendre la programmation via différents jeux et activités. Notre entreprise est basée à Londres et compte moins d'une cinquantaine d'employés. Kano a levé 15 millions de dollars l'année dernière. Nous avons la chance de compter parmi nos soutiens Steve Wozniak, le cofondateur d'Apple qui a participé à notre campagne Kickstarter, ainsi que Jim Breyer, l'un des premiers VC à avoir investi dans Facebook.

 

Quelles sont les différences entre un ordinateur Kano et un PC traditionnel ? Où se situe votre valeur ajoutée ?

Kano est entièrement dédié à l'apprentissage de la programmation. Nos utilisateurs peuvent ainsi apprendre à coder en composant de la musique, en produisant de l'art ou en développant des applications. Certains créent par exemple leur propre version des célèbres jeux  Minecraft et Snake.

Notre valeur ajoutée, c'est avant tout notre communauté ! Les projets créés par nos utilisateurs sont en effet partagés sur notre plateforme, ce qui permet à tous de s'en inspirer et d'échanger les expériences. Le contenu est constamment renouvelé. Pour vous donner une idée, ce sont plus de 15 millions de lignes de code qui ont déjà été publiées sur notre site. 

 

Que trouve-t-on dans ces kits ? Quels sont vos principaux marchés ?

Ces kits sont tous équipés du Raspberry Pi, et sont assemblés en Chine où nous gérons intégralement la fabrication.  Nous maîtrisons à la fois le software et le hardware. Nous avons ainsi créé notre propre OS, basé sur Linux. Notre premier kit sans écran est vendu 150 dollars. Près de 85 000 de ces kits ont été écoulés dans 86 pays. La Grande Bretagne et les Etats-Unis représentent nos deux plus gros marchés, alors que la France compte, elle, pour environ 4% de nos ventes.

 

"Comprendre comment les machines fonctionnent"

Quelle clientèle ciblez-vous ?

Les curieux de tout âge. Notre ambition n'est pas simplement d'apprendre aux enfants à coder, nous voulons que n'importe qui puisse comprendre comment les machines fonctionnent au lieu de simplement les acheter. En clair, nous voulons faire de nos utilisateurs des créateurs plutôt que des consommateurs. Et nos clients ne sont pas exclusivement des jeunes : de plus en plus d'adultes se demandent comment fonctionne la technologie qui les entoure. La plus jeune personne à avoir assemblé l'un de nos ordinateurs avait 5 ans, et la plus veille 81 ans !

 

Quelle est votre stratégie de distribution ?

Nous vendons sur notre site Internet et sur Amazon, et ciblons également les écoles, qui comptent pour la moitié de nos clients. Certaines ont même entièrement réadapté leurs programmes scolaires autour de Kano. L''ordinateur leur permet de rendre le contenu des cours plus attrayant. Les professeurs l'utilisent pour enseigner la programmation mais aussi pour d'autres cours plus généralistes.

 

Quels sont vos arguments pour convaincre ces écoles de laisser leurs élèves utiliser un ordinateur dans la salle de classe ?

Il n'est pas rare aujourd'hui d'entendre dire que tous les jeunes devraient apprendre à coder à l'école. Or, les professeurs se retrouvent souvent démunis pour proposer ce type de cours. Le message que nous leur faisons passer est donc le suivant : Kano est une solution tout-en-un qui devrait plaire à vos étudiants mais qui est également assez simple pour que vous puissiez l'utiliser. Vous n'avez donc pas besoin d'être un développeur Web pour dispenser un cours de programmation.

 

"Chaque jeune devrait suivre des cours de programmation"

Pensez-vous que la programmation Web devrait être enseignée à l'école ?

Je suis entièrement d'accord pour dire que chaque jeune devrait apprendre à coder. Mais la question qui se pose souvent est : à la place de quelle matière ? Pourtant, plutôt que d'enseigner la programmation comme une matière distincte, elle devrait être intégrée à des matières existantes, comme par exemple la physique.

 

Les jeunes de demain seront donc tous programmeurs ?

Je ne crois pas. Nous avons tous des centres d'intérêt différents et je ne suis pas sûr que tout le monde ait envie de rédiger des centaines de lignes de code chaque jour. Pour autant, je pense que chaque jeune devrait suivre au moins une fois dans sa vie des cours de programmation. De la même manière qu'avoir certaines bases en arithmétique et en grammaire vous aide dans votre vie de tous les jours, l'apprentissage du langage informatique permet de mieux comprendre la société qui vous entoure, à l'heure où les ordinateurs y occupent une place de plus en plus importante.

 

Quelle est la suite pour Kano ?

Nous voulons être le fabricant de l'ordinateur de demain, qui sera une machine que vous assemblerez et programmerez vous-même. Les jeunes s'approprient plus facilement l'ordinateur qu'ils viennent de créer, c'est ce que des psychologues ont appelé "l'effet Ikea". Outre cette cible jeune, nous voulons permettre à chacun de comprendre comment un ordinateur fonctionne. Si nous arrivons à mettre en œuvre notre vision, nous ne toucherons plus simplement les jeunes ou les makers, mais un public bien plus large !

© Kano

Alex Klein est le cofondateur et CEO de Kano Computing, une start-up londonienne spécialisée dans la conception d'ordinateurs à assembler soi-même. L'entreprise est née en 2013 après une campagne Kickstarter réussie. Avant cela, Alex était rédacteur et reporter. Il a notamment écrit pour Newsweek, The New Republic et New York Magazine. Il est diplômé d'un BA de l'université de Yale et d'un Master en philosophie de l'université de Cambridge.

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