Kevin et Julia Hartz (Eventbrite) "Eventbrite démocratise la billetterie électronique pour les petits événements"

Les fondateurs du service de billetterie spécialiste des petits événements tirent un premier bilan de leur activité française et dévoilent leurs projets sociaux, mobiles et capitalistiques.

JDN. Créé en 2006 aux Etats-Unis, Eventbrite s'est lancé en France le 29 mars 2012. Quel premier bilan tirez-vous de votre activité dans l'Hexagone ?

Julia Hartz. Nous avons commencé par Paris, qui est certes la zone la plus densément peuplée mais fait également figure de "hub", puisque les petits événements y foisonnent. Nous nous étendrons ensuite au reste du pays, comme nous le faisons au Royaume-Uni à partir de Londres.

Nous ne communiquons pas encore de chiffres précis sur notre activité en France depuis notre arrivée. En revanche, avant de nous lancer en Europe, beaucoup d'Européens utilisaient déjà notre plateforme. Entre notre création en 2006 et notre lancement en France fin mars 2012, 2 115 événements avaient déjà été organisés en France grâce à notre solution de billetterie électronique, dont les deux tiers étaient gratuits. Sur cette période, nous avons vendu 98 250 tickets et enregistré 1,23 million de dollars de volume d'affaires en France (980 000 euros, ndlr). Après le lancement, l'activité a évidemment fortement augmenté : le nombre de billets vendus a augmenté de 78% entre mars et avril et le volume d'affaires de 69%. Le nombre d'événements payants organisés avec Eventbrite a progressé de 26% entre mars et avril et de 58% entre avril et mai.

 

Dans quels autres pays d'Europe êtes-vous présents ?

Julia Hartz. Nous sommes aujourd'hui actifs au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne, en France et depuis tout récemment en Allemagne et aux Pays-Bas. En octobre dernier nous avons d'ailleurs ouvert un bureau londonien afin d'ancrer notre présence européenne.

Or avant de nous lancer en Europe, 20% des ventes enregistrées sur notre plateforme provenaient déjà de l'étranger. C'était donc une très bonne base pour commencer.

 

Comment avez-vous débuté, en quoi consiste votre activité ?

Kevin Hartz. Lorsqu'on parle de billetterie, on pense le plus souvent aux grands événements sportifs et aux concerts. Eventbrite s'est attaqué à un marché qui n'était pas encore occupé, celui des petits événements, organisés par des conférenciers, des artistes, des organisations caritatives et autres, qui peuvent maintenant utiliser notre solution pour organiser leur billetterie.

Julia Hartz. Nous avons adopté un modèle de type freemium. Sur les 61 millions de tickets qu'Eventbrite a permis de distribuer en 2011, 70% étaient gratuits et 30% payants. Cette répartition nous convient bien, car les utilisateurs gratuits contribuent beaucoup à notre notoriété. Notre première source de client est constituée par les personnes qui ont assisté à un événement organisé avec Eventbrite. Cela nous permet de limiter nos investissements marketing pour nous concentrer sur notre technologie.

 

Quel impact les réseaux sociaux ont-ils eu sur votre croissance ?

Kevin Hartz. Ce sont incontestablement les médias sociaux qui nous ont permis de construire notre business. Aujourd'hui, Facebook constitue notre première source de trafic. Paradoxalement, nous avons aussi bénéficié de la crise économique, car en 2009 beaucoup d'Américains ont commencé à organiser des conférences ou des cours pour compléter leurs revenus. Cela a encore stimulé notre activité.

Julia Hartz. Entre notre lancement en 2006 et aujourd'hui, notre volume d'affaires a dépassé le milliard de dollars (Eventbrite se rémunérant par une petite commission, 1 milliard de dollars de volume d'affaires correspond à des revenus d'environ 50 millions pour le site, ndlr). Et nous continuons d'enregistrer une belle accélération, puisque rien que sur 2012 nous pensons atteindre le demi-milliard (à comparer à 400 millions de dollars en 2011 et 207 millions en 2010, ndlr).

 

Parvenez-vous à chiffrer ce que vous apportent les médias sociaux ?

Julia Hartz. Oui : lorsqu'un utilisateur partage un achat de ticket Eventbrite sur Facebook, cela génère 12 visites de son entourage et 2 euros de ventes supplémentaires. Même s'il s'agit d'une moyenne - sur les événements musicaux, on est plus proche de 10 euros - cet indicateur est identique partout en Europe et très semblable à celui que l'on enregistre aux Etats-Unis. Par ailleurs, nous avons dépassé le stade de la simple intégration de Facebook Connect. Aujourd'hui, l'articulation entre Eventbrite et Facebook fonctionne dans les deux sens. Par exemple, vous pouvez créer un événement Eventbrite et en faire un événement Facebook, mais l'inverse aussi. Ceci permet de profiter au maximum du levier le puissant : permettre de partager sa participation à un événement.

Kevin Hartz. Au début, nous nous sommes concentrés sur le partage post-achat. Nous travaillons maintenant le pré-achat dans une optique de découverte. Par exemple, je regarde un événement et je vois qui de mes amis y va. Cela m'incite évidemment beaucoup à m'y rendre aussi. Cette nouvelle fonctionnalité est active depuis 3 mois. Notre taux de transformation est déjà de 10%. C'est très haut pour l'e-commerce, mais nous pensons pouvoir l'accroître encore en utilisant des mécanismes sociaux supplémentaires.

 

Quels sont vos projets en matière de mobile ?

Kevin Hartz. Après les réseaux sociaux, le mobile est la seconde révolution dont nous allons essayer de tirer profit, en la mettant au service de l'acheteur mais également de l'organisateur de l'événement.

Julia Hartz. Avec notre application, l'organisateur peut scanner les tickets grâce à son iPhone ou à son smartphone sous Android. Toujours à l'entrée de l'événement, il peut également accepter des paiements en branchant à son smartphone un tout petit lecteur à l'intérieur duquel on fait glisser la bande magnétique de la carte bancaire. Il peut évidemment prendre des espèces, mais l'avantage pour lui d'utiliser notre application est qu'il va savoir qui assiste à son événement et pouvoir les cibler ensuite. Cette dimension de collecte de données permise par Eventbrite intéresse beaucoup les organisateurs d'événements. En plus du fait qu'elle est gratuite et leur évite d'avoir à tenir un guichet de caisse.

Kevin Hartz. Il faut avoir à l'esprit que beaucoup de systèmes de billetterie tournent toujours sous DOS ! Nous sommes véritablement en train de réinventer tout cela.

 

Vous intéressez-vous aussi à de plus gros clients ?

Kevin Hartz. Certains viennent nous voir. Par exemple, le concert newyorkais des Black Eyed Peas, l'été dernier, qui a accueilli 60 000 personnes, a été organisé avec Eventbrite. Mais notre cœur de cible reste constitué des petits événements, plus adaptés aussi à notre équipe commerciale, qui ne compte après tout qu'une vingtaine de personnes !

 

Comment voyez-vous l'avenir capitalistique d'Eventbrite ?

Kevin Hartz. Le business angel Jeff Clavier a été le premier à entrer à notre capital. Depuis, nous avons levé cinq fois des fonds, soit 80 millions de dollars au total, notamment auprès de Sequoia et de Tiger Global. Nous avons été très efficients capitalistiquement parlant, puisque nous en avons encore 55 millions à la banque. Cela nous permettra de donner de grands coups d'accélérateur en fonction des opportunités que nous rencontrerons, par exemple si le climat économique s'améliore en Europe du Sud.

A plus long terme, nous ne souhaitons plus lever de fonds et nous ne désirons pas vendre. Nous avons la ferme intention d'introduire Eventbrite en bourse afin de rester indépendants et de bâtir une société qui sera toujours là dans 30 ans. Vous imaginez le drame, si il y a quatre ans Yahoo avait racheté Facebook ? Toutes proportions gardées bien sûr : nous ne nous prenons pas non plus pour Facebook !

Julia Hartz. Kevin a déjà créé d'autres start-up mais en ce qui me concerne, Eventbrite est mon premier bébé. Ma stratégie de sortie, c'est la mort !

 

Kevin Hartz, fondateur et PDG d'Eventbrite, a déjà fondé Xoom Corporation (transferts d'argent internationaux) et ConnectGroup (accès haut débit pour l'industrie hôtelière). Il a également été investisseur en capitaux d'amorçage et conseiller de nombreuses start-up, y compris PayPal, Pinterest, Flixster, Airbnb, Yammer, Milo ou encore Lookout. Il conseille aussi des étudiants sur la création d'entreprises par le biais de Youniversity Ventures.

Julia Hartz est présidente et co-fondatrice d'Eventbrite. Elle a débuté sa carrière dans la production télévisuelle (MTV Networks et FX Networks) avant de se lancer au côté de son mari Kevin Hartz dans la création d'entreprise avec Eventbrite. En tant que présidente, elle se concentre sur le bien-être, le rendement et la croissance de l'équipe. Elle s'efforce de promouvoir la culture d'entreprise ayant servi à définir Eventbrite et de la maintenir dans un fort contexte de croissance.

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